La France brûle, compte ses feux et cherche ses coupables
117 000 hectares brûlés, 275 interpellations, un pays entier sous vigilance
La France compte ses feux comme d'autres comptent leurs morts. Ce jeudi 30 juillet, le bilan national franchit un nouveau seuil, 14 131 départs de feu et 117 000 hectares partis en fumée depuis le début de la saison, dont 42 000 pour le seul mégafeu de Gironde, déclenché le 22 juillet.
Gironde, un monstre qui ne progresse plus mais ne meurt pas
Dans le massif landais, le mégafeu parti de Saumos le 22 juillet a ravagé 42 000 hectares. Mercredi 29 juillet, pour la troisième journée consécutive, sa surface n'a pas évolué, une stabilité que la préfecture reconduit ce jeudi matin. Une nuit sans incident notable autorise un optimisme prudent chez les pompiers, selon le commandant Matthieu Jomain, du service départemental d'incendie et de secours de la Gironde.
Quatre-vingt-quatre mille personnes ont été autorisées jeudi à rentrer chez elles dans neuf communes situées entre Bordeaux et l'océan, Mios, Le Barp, Cestas, Saint-Jean-d'Illac, Martignas-sur-Jalles, Saint-Médard-en-Jalles, Saint-Aubin-du-Médoc, Salaunes et Sainte-Hélène. L'autoroute A63 rouvre à 14 heures. Plus de la moitié des 220 000 personnes évacuées depuis le début du sinistre ne sont désormais plus concernées par les mesures de précaution.
Sous la surface, pourtant, rien n'est réglé. Trois mille trois cents sapeurs-pompiers, mille cinq cents militaires et mille deux cent cinquante policiers et gendarmes restent mobilisés pour traiter une lisière de 240 kilomètres et empêcher toute reprise. Selon un bilan arrêté au 27 juillet, quatre-vingt-huit pompiers avaient déjà été blessés depuis le début de l'épisode, et plus de 240 bâtiments avaient été détruits par les flammes, un chiffre que la suite de la lutte pourrait encore alourdir.
Le feu qui couve sous la terre
Dans les tourbières de Saumos, d'Andernos ou du Porge, les sapeurs-pompiers redoutent un phénomène qu'ils connaissent depuis l'incendie de Landiras en 2022, celui du feu zombie. Les racines continuent de brûler en profondeur, invisibles, capables de resurgir des semaines voire des années plus tard. L'extinction complète, selon les pompiers girondins, ne sera acquise qu'avec les pluies de l'hiver.
Var, Corse, Pyrénées-Orientales, une France qui brûle par tous les bouts À une vingtaine de kilomètres du feu du Gros Bessillon, combattu pendant huit jours, un nouvel incendie s'est déclaré mercredi en fin de journée près de Brignoles, dans le Var. Fixé à minuit puis maîtrisé à trois heures du matin après avoir parcouru 130 hectares, il a entraîné plus de 600 évacuations.
En Haute-Corse, le feu de Corte a parcouru près de 900 hectares avant d'être stabilisé. Dans les Pyrénées-Orientales, l'incendie de Trévillach, qui a détruit près de 5 000 hectares, est désormais fixé, tandis qu'un foyer distinct a forcé l'évacuation de plusieurs centaines de riverains à Sainte-Marie-la-Mer et à Canet-en-Roussillon. En Seine-et-Marne, une reprise de feu dans la forêt de Fontainebleau, déjà éprouvée par des incendies historiques à la mi-juillet, a été fixée dans la nuit après avoir brûlé six hectares.
275 interpellations et un ministre qui hausse le ton
Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a fait état, ce jeudi, de 275 interpellations et 31 détentions liées aux incendies depuis le début de la saison. Neuf départs de feu sur dix seraient d'origine humaine. Parmi les personnes interpellées, 70% des cas relèveraient d'actes criminels, a précisé le ministre.
« Tous les moyens déployés sur le terrain ne pèsent pas grand-chose » face à ces incendiaires, a-t-il averti, promettant une politique pénale extrêmement répressive. Pour la première fois dans cet épisode, des effectifs de la police nationale ont été engagés aux côtés des pompiers, gendarmes et militaires.
Bordeaux, quand la détresse attire les prédateurs
Au parc des expositions de Bordeaux, où sont hébergés les sinistrés, le syndicat de police Alliance dénonce des vols et cambriolages commis dans les communes ravagées par les flammes. Son secrétaire général a dû faire patrouiller des CRS jour et nuit pour protéger les affaires personnelles de familles qui ont déjà tout perdu, certains évacués rapportant même s'être vu réclamer de l'argent pour accéder aux sanitaires du centre d'accueil.
Une crise qui touche aussi les têtes
Le directeur du centre hospitalier universitaire de Bordeaux a annoncé jeudi renforcer l'offre de soins en santé mentale, avec des psychiatres, des psychologues et des infirmiers spécialisés supplémentaires. Il anticipe l'arrivée, dans les prochaines semaines, de populations traumatisées par la perte de leur logement.
L'économie à l'arrêt, les indépendants réclament un fonds
Un quart des salariés empêchés de travailler ces derniers jours sont retournés à leur poste jeudi, selon le ministre de l'Économie, qui indique que le nombre de salariés concernés est passé de 82 000 à 61 500 en l'espace de quelques jours. Le président de l'organisation représentant artisans et petites entreprises réclame la création d'un fonds de reconstruction ouvert aux contributions privées comme publiques, avec une possible incitation fiscale, pour soutenir en priorité les indépendants qui, sans être évacués, se retrouvent sans clientèle.
La Grèce, miroir du même été
Le même jeudi, environ 8 000 personnes ont été évacuées de la station balnéaire d'Agia Galini, en Crète, où un incendie attisé par des vents atteignant 125 kilomètres à l'heure a coûté la vie à deux pompiers. La vice-préfète de la région de Rethymnon a parlé d'une journée noire. En France comme en Grèce, la même mécanique se répète, chaleur extrême, vent, sécheresse, et des massifs qui s'embrasent presque simultanément d'un bout à l'autre de la Méditerranée.
"Quatorze mille cent trente et un départs de feu, cent dix-sept mille hectares brûlés et deux cent soixante-quinze interpellations, ce sont les chiffres qui résument, à eux seuls, la saison des incendies de cet été."
Bilan communiqué par le ministère de l'Intérieur, le 30 juillet 2026
Une accalmie qui se déplace, pas qui s'installe
La Gironde et les Landes sont repassées jeudi en vigilance verte, un répit après une semaine à plus de 40 degrés. Mais l'épisode caniculaire ne disparaît pas, il se déplace. Les Alpes-de-Haute-Provence, les Hautes-Alpes, les Alpes-Maritimes, le Var, le Vaucluse et la Corse entière basculent en vigilance orange dès midi ce jeudi. Le ministre de l'Intérieur le résume à sa manière, les feux de Corte, un autre foyer actif dans les Pyrénées-Orientales et celui de Côte-d'Or restent stabilisés, mais aucun n'est encore fixé.
Un pays retient son souffle sans pouvoir l'exhaler tout à fait. Le vent tourne, la chaleur se déplace, et la France, d'une région à l'autre, continue de compter ses hectares.