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Le chômage reste stable, dit France Travail. Stable par rapport à quoi ?

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Le chômage reste stable, dit France Travail. Stable par rapport à quoi ?

+0,8 % au second trimestre 2026. Ou -0,2 % selon comment on compte. Les deux chiffres sont vrais. Aucun ne décrit le marché du travail.

La Dares publie ce mardi 28 juillet 2026 les statistiques du chômage pour le second trimestre 2026. Le communiqué officiel annonce une hausse de 0,8 % des inscrits en catégorie A. Le même communiqué, deux paragraphes plus bas, propose un autre chiffre : -0,2 %. Les deux sont exacts. Aucun n'est simple.

Un chiffre qui mesure la réforme autant que le chômage

La France dispose depuis janvier 2025 d'un thermomètre à double lecture. La loi dite « plein emploi », entrée en vigueur le 1er janvier 2025, a imposé l'inscription automatique à France Travail de tous les bénéficiaires du RSA, des jeunes en contrat d'engagement (CEJ), en parcours PACEA ou en accompagnement intensif (AIJ). Avant cette réforme, ces populations n'apparaissaient pas dans les statistiques de France Travail. Elles y sont depuis, mécaniquement, sans qu'aucun d'entre eux n'ait perdu un emploi pour autant.

L'effet a été spectaculaire sur les chiffres bruts. Au premier trimestre 2025, la catégorie A - les personnes sans emploi tenues de rechercher activement - avait bondi de 8,7 % en un seul trimestre et de 12,8 % sur un an, selon les données de l'IFRAP.

L'OFCE a estimé que sur ce bond, la moitié provenait de l'inscription automatique des allocataires du RSA, près de 40 % des nouvelles règles d'actualisation, et moins de 10 % de la dégradation réelle du marché du travail. En d'autres termes : neuf dixièmes de la « hausse du chômage » au premier trimestre 2025 n'étaient pas du chômage - c'était de la comptabilité.
« Neuf dixièmes de la hausse du chômage au premier trimestre 2025 n'étaient pas du chômage. C'était de la comptabilité. »

Pourquoi -0,2 % est aussi vrai que +0,8 %

Ce mardi 28 juillet 2026, la Dares publie ses chiffres du deuxième trimestre 2026. La hausse brute en catégorie A est de 0,8 %. Mais depuis un an, la Dares accompagne systématiquement ce chiffre d'une série corrigée des effets de la réforme et du décret sanction de juin 2025. Lorsqu'on neutralise ces deux distorsions réglementaires, l'évolution trimestrielle devient -0,2 %, soit 5 000 inscrits de moins. Les catégories ABC corrigées affichent +0,4 %.

La Dares elle-même est explicite : « Ce sont ces évolutions qui reflètent le mieux la situation conjoncturelle du marché du travail. » Autrement dit, le service statistique du ministère du Travail recommande de ne pas lire son propre chiffre le plus visible. Ce n'est pas une contradiction - c'est une honnêteté méthodologique rare, qui mérite d'être saluée et amplifiée, parce que le chiffre brut est celui que reprennent la presse et les communicants, tandis que la série corrigée disparaît dans les notes techniques.
« La Dares recommande de ne pas lire son propre chiffre le plus visible. Ce détail dit tout sur comment les statistiques du chômage fonctionnent en France. »

Le décret sanction et les 42 300 radiations disparues

Le second facteur qui brouille la lecture est encore moins commenté que la réforme RSA. En juin 2025, un décret a instauré la « suspension-remobilisation » : avant de rayer un demandeur d'emploi des listes pour manquement à ses obligations, France Travail doit désormais lui appliquer une phase préalable de suspension. Sur le papier, c'est une procédure plus équitable. Dans les statistiques, l'effet est sidérant.

Au premier trimestre 2025, avant le décret, France Travail radiait en moyenne 45 000 personnes par trimestre pour non-respect de leurs obligations. Au premier trimestre 2026, un an après l'entrée en vigueur du décret, le chiffre est tombé à 2 700. Une baisse de 94 %.

Ce n'est pas que les demandeurs d'emploi sont devenus subitement plus assidus : c'est que la procédure s'est allongée, que les contrôles ont ralenti, et que des dizaines de milliers de personnes qui auraient été radiées restent mécaniquement dans les listes. Leur présence, comme celle des allocataires du RSA, gonfle le numérateur sans dire quoi que ce soit sur leur retour à l'emploi.

« 45 000 radiations par trimestre en 2025. 2 700 un an plus tard. Ce n'est pas que les chômeurs travaillent mieux. C'est que le comptage a changé. »

La catégorie G, ou le chômage qui n'entre dans aucune case

Il existe enfin une réalité statistique que les communiqués mentionnent rarement en titre : la catégorie G. Créée avec la réforme de janvier 2025, elle regroupe les demandeurs d'emploi nouvellement inscrits, notamment les allocataires du RSA, en attente d'orientation et pas encore classés dans une catégorie active. Au quatrième trimestre 2025, elle comptait encore environ 800 000 personnes. Au troisième trimestre 2025, elle en comptait 900 000.

Ces centaines de milliers de personnes ne figurent pas dans les chiffres qui font les manchettes - catégories A, B et C - mais elles existent dans les fichiers de France Travail, elles cherchent du travail ou en ont besoin, et leur sort réel est inconnu des statistiques hebdomadaires.

La Dares est consciente du problème. Elle note que « leur nombre diminue en fonction de l'avancement de leur répartition dans d'autres catégories ». En clair : il faut attendre qu'ils soient orientés pour savoir où les compter. Pendant ce temps, ils sont dans une sorte de sas statistique où leur situation réelle reste opaque. Dans un marché du travail qu'on dit « stable », 600 000 à 900 000 personnes ne sont visibles pour aucun indicateur standard.

Ce que le marché dit lui-même

Les chiffres non statistiques sont parfois plus lisibles que les statistiques. L'Insee a enregistré une baisse de 0,2 % sur un an des emplois dans le secteur privé au quatrième trimestre 2025, selon les données d'ASH. Cette diminution touche tous les secteurs sauf le tertiaire non marchand - administrations, santé, enseignement. Elle est particulièrement marquée dans la construction et l'agriculture.

Les intentions de recrutement des entreprises sont redescendues à leur niveau de 2018, avec 2,3 millions de postes prévus, soit 6,5 % de moins qu'en 2025, selon les données compilées par ASH.

Ce tableau-là ne passe pas par les catégories de France Travail. Il vient directement des entreprises qui embauchent moins, des secteurs qui produisent moins, et d'une croissance « relativement atone » pour reprendre les termes de la Dares elle-même. Il dit que le marché du travail se contracte lentement, pas qu'il explose - mais qu'il ne crée pas les volumes d'emploi nécessaires pour absorber une population active qui, elle, continue de croître. Ce n'est pas une crise.

C'est une friction structurelle que les indicateurs de France Travail, réformés pour mieux suivre les chercheurs d'emploi, peinent à rendre visible tant qu'on ne lit que le chiffre de une.

« Les entreprises prévoient 6,5 % d'embauches en moins qu'en 2025. Ce chiffre ne passe par aucune catégorie de France Travail. »
« La catégorie G contient entre 600 000 et 900 000 personnes invisibles pour tous les indicateurs standards. Le chômage stable, c'est aussi eux. »

Quand la statistique mesure la politique autant que le réel

La conclusion qui s'impose après lecture des séries longues est inconfortable pour tous les camps. Pour ceux qui veulent alarmer : le marché du travail ne s'effondre pas, les chiffres corrigés restent proches de l'équilibre, et la France n'est pas en récession d'emploi au sens classique.

Pour ceux qui veulent rassurer : les données brutes cachent une distorsion massive liée aux réformes, le décret sanction a effacé des dizaines de milliers de radiations qui auraient autrement sorti des gens des listes pour les faire revenir aux réalités, et des centaines de milliers de personnes restent dans un sas statistique sans diagnostic.

Ce que ce statu quo annoncé révèle, en réalité, c'est le résultat d'une décision prise en 2025 : rendre les statistiques du chômage plus représentatives de la réalité sociale en intégrant les exclus du RSA, au prix d'une lisibilité qui demande désormais toujours deux lectures pour produire un sens. C'est une amélioration du système d'information - et une dégradation de la communication publique. Le chômage ne se lit plus, il se déchiffre.

« Amélioration du système d'information, dégradation de la communication publique : le chômage ne se lit plus, il se déchiffre. »

Le chiffre de ce mardi 28 juillet 2026 est +0,8 %. Ou -0,2 %. Selon qu'on lit le communiqué ou les notes. La différence tient à deux réformes et à une parenthèse technique. C'est dans cette parenthèse que vit la réalité du marché du travail français.

Par la rédaction • L'Appel · L'Appel
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