À Couchey, le vignoble brûle et les pompiers dorment dehors ce soir
En une soirée, un feu de forêt a doublé de surface au-dessus des Grands Crus de Bourgogne. La nuit s'annonce longue pour plus d'une centaine de sapeurs-pompiers.
À 15h15, une colonne de fumée s'élève au-dessus des vignes de la Côte de Nuits. Depuis la gare de Dijon, on la voit encore. En quelques heures, ce panache visible depuis Mâlain va devenir l'un des plus gros incendies que la Côte-d'Or ait connus cet été.
Un départ de feu dans la Combe Vaulon
Le feu se déclare ce mercredi en milieu d'après-midi dans la Combe Vaulon, un vallon boisé escarpé qui surplombe la commune de Couchey, juste au sud de l'agglomération dijonnaise. Le maire de la commune, Gilles Carré, confirme rapidement qu'un incendie important progresse au-dessus de son village, avec des agriculteurs déjà présents sur place pour épauler les secours.
La progression est rapide. À 17h22, un premier bilan chiffre les dégâts à six hectares. Trois heures plus tard, la préfecture de Côte-d'Or annonce que 50 hectares ont été parcourus par les flammes. Entre ces deux points de situation, la surface brûlée a été multipliée par plus de huit.
« Six hectares à 17h22. Cinquante hectares trois heures plus tard : la vitesse de propagation dit à elle seule la gravité du sinistre. »
Un terrain qui refuse le contact
Le colonel Larry Chatillon-Ouvrard, directeur du SDIS 21, décrit au micro d'ICI Bourgogne les difficultés rencontrées sur le terrain : le feu est dense, situé dans un secteur escarpé qui empêche, à l'heure où il parle, les sapeurs-pompiers d'entrer en contact avec la périphérie des flammes. Cette configuration du relief explique pourquoi l'incendie a pu doubler puis quadrupler de surface en quelques heures malgré la mobilisation rapide des secours.
La météo n'arrange rien. Un vent de sud-ouest soufflant à 35 kilomètres par heure pousse le feu vers Marsannay-la-Côte, tandis que le thermomètre affiche plus de 38 degrés à Longvic, juste au nord. Depuis ce mercredi matin, les huit massifs forestiers de Côte-d'Or sont classés en risque sévère d'incendie, conséquence directe du retour de la canicule et d'une vigilance jaune qui touche tout le département.
« Un secteur si escarpé que les pompiers ne peuvent même pas toucher la périphérie du feu : le relief combat autant que les flammes elles-mêmes. »
Une mobilisation qui grossit d'heure en heure
Les effectifs suivent la même courbe que l'incendie. D'abord une centaine de sapeurs-pompiers, puis 101, puis 110 selon le dernier point de situation, épaulés par 18 engins dont 16 camions-citernes feux de forêt. Face à l'ampleur du sinistre, la Côte-d'Or ne suffit plus : des renforts arrivent du Doubs, de Saône-et-Loire, de Haute-Saône, de Haute-Marne et de Meurthe-et-Moselle.
Deux hélicoptères bombardiers d'eau Condor, dépêchés depuis Châteauroux, multiplient les rotations, se ravitaillant dans le lac Kir de Dijon - ce qui a conduit à l'interdiction des activités nautiques sur le plan d'eau le temps de l'intervention.
Vingt-sept gendarmes et dix véhicules complètent le dispositif pour sécuriser le périmètre. La préfète de la région Bourgogne-Franche-Comté et de la Côte-d'Or, Violaine Demaret, a activé le Centre opérationnel départemental pour coordonner l'ensemble des opérations. Malgré cette mobilisation considérable, aucun blessé n'est à déplorer à ce stade parmi les secours ou la population.
Une vingtaine de personnes à la salle des fêtes
Aucun ordre d'évacuation formel n'a été donné, ni par la préfecture ni par le SDIS 21. Mais dans les rues les plus proches du sinistre, une vingtaine d'habitants ont été invités par précaution à quitter leur domicile et à rejoindre la salle des fêtes de Couchey, où une distribution d'eau a été organisée. Christophe Étienne, premier adjoint au maire, décrit une population inquiète que les élus tentent de rassurer : un commerce local a lui aussi mis de l'eau à disposition des riverains rassemblés.
Vers 18 heures, en voyant les fumées se dissiper au-dessus de leur quartier, certains habitants ont fait le choix de rentrer chez eux. D'autres sont restés, incertains, tandis que les flammes continuaient de se déplacer vers Marsannay-la-Côte. Sur les hauteurs du village, une distribution de bouteilles d'eau se poursuivait encore en fin d'après-midi devant la mairie.
« Personne n'a ordonné l'évacuation. Mais une vingtaine de familles ont préféré, d'elles-mêmes, aller chercher refuge à la salle des fêtes. »
« Les renforts venus de cinq départements ne sont pas là pour quelques heures. Le combat continuera après la tombée de la nuit. »
Une nuit de garde sur la Côte de Nuits
La Combe Vaulon domine l'un des vignobles les plus réputés de Bourgogne. Couchey, Marsannay-la-Côte et Chenôve forment ensemble l'appellation Marsannay, connue pour ses pinots noirs et ses chardonnays produits sur la Côte de Nuits. Ce mercredi soir, ce n'est plus la vigne qui inquiète les riverains, mais la forêt qui la surplombe.
Selon les pompiers eux-mêmes, la lutte ne s'arrêtera pas avec la nuit. Les renforts venus de cinq départements voisins ne sont pas là pour quelques heures : les équipes s'attendent à rester mobilisées au moins jusqu'au jeudi matin. Un dispositif de protection a été positionné en amont autour des premières habitations de Marsannay-la-Côte, prêt à intervenir si le vent venait à pousser le front plus loin pendant la nuit.
Sur le plateau de Chenôve, la colonne de fumée visible depuis la gare de Dijon commence à peine à faiblir quand tombe le soir. Cinquante hectares brûlés, cent dix pompiers sur le front, une population qui attend. La nuit dira si la Combe Vaulon a fini de donner ses hectares au feu, ou si elle en a encore à céder.