En Gironde, deux pompiers meurent alors que les incendies d’été deviennent historiques
Wilfried Schmitter et Anthony Berthôme sont morts en intervention à Mérignac. Depuis, l'incendie de Gironde à lui seul a triplé de volume, portant à près de 98 000 hectares le total brûlé cette année en France - un record.
Deux pompiers professionnels sont morts en luttant contre un incendie de bâtiment. Quelques jours plus tard, le pays entier compte ses hectares brûlés par dizaines de milliers, et pour la première fois cet été, le chiffre est devenu trop grand pour être encore rassurant.
Deux pompiers morts à Mérignac, un hommage qui dépasse déjà 100 000 euros Mardi, deux sapeurs-pompiers professionnels, Wilfried Schmitter et Anthony Berthôme, ont perdu la vie en intervenant sur un incendie de bâtiment à Mérignac, en Gironde. Une cagnotte en ligne lancée pour leur rendre hommage et soutenir leurs familles a dépassé les 100 000 euros dès vendredi.
nous souhaitons rendre hommage à leur mémoire et apporter un soutien, aussi modeste soit-il, à leurs familles et à leurs proches dans cette terrible épreuve
- texte de la cagnotte en hommage aux deux pompiers
Deux autres blessés ont été recensés à Lège-Cap-Ferret, dont un grave, selon le maire de la commune, Philippe de Gonneville. Sur le seul front de l'incendie de Saumos, les autorités ont par ailleurs fait état à plusieurs reprises de sapeurs-pompiers blessés ou incommodés, portant le bilan cumulé à 42 pompiers affectés depuis le début de l'épisode selon le dernier décompte de samedi.
Saumos : un feu qui a triplé de volume en quatre jours L'incendie parti mercredi 22 juillet à Saumos, au nord du bassin d'Arcachon, illustre à lui seul la rapidité de cette crise. Les bilans successifs communiqués par la préfecture racontent une progression presque heure par heure : 14 000 hectares et 53 maisons détruites vendredi en début de soirée, puis 19 000 hectares et 100 bâtiments détruits une heure plus tard, avant d'atteindre 40 000 hectares samedi midi selon le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez.
Un feu qui gagne mille hectares par heure à son pic d'intensité, selon la préfecture elle-même : c'est cette vitesse, plus que la seule surface finale, qui a transformé un incendie de forêt en course contre la montre pour évacuer une agglomération entière.
La préfète de la Nouvelle-Aquitaine, Sophie Brocas, a qualifié le sinistre de feu « XXL, imprévisible et vorace ». Environ une cinquantaine de maisons et un camping ont été détruits sur la seule presqu'île du Cap-Ferret, entièrement évacuée par la route et par bateau. Le feu s'est ensuite dirigé vers l'agglomération bordelaise, provoquant l'évacuation préventive de communes limitrophes comme Saint-Médard-en-Jalles, Le Haillan, Mérignac et Eysines.
À Lacanau, à quinze kilomètres de la ligne de front, la tension se lit dans les petits détails du quotidien : des touristes, faute de taxis ou de VTC disponibles, tentent l'auto-stop pour rejoindre Bordeaux, tandis que les rares chauffeurs encore en activité facturent plus de 200 euros la course, la demande ayant explosé face à une offre réduite.
Des origines diverses, deux enquêtes judiciaires ouvertes
Contrairement à une image parfois répandue d'un été simplement plus chaud, l'origine humaine domine largement ces sinistres. Selon le commandant de gendarmerie de Grasse, Mathieu Jarnigon, neuf incendies sur dix trouvent leur source dans une activité humaine, volontaire ou non.
Pour l'incendie de Saumos, le parquet de Bordeaux privilégie la piste accidentelle : le feu aurait été déclenché par une débroussailleuse utilisée par des ouvriers d'Enedis, dans le cadre de travaux pourtant autorisés par arrêté préfectoral au moment des faits. À La Teste-de-Buch, en revanche, une enquête pour destruction volontaire par incendie a été ouverte après la découverte d'un briquet sur une parcelle de 663 mètres carrés ravagée jeudi soir, sans interpellation à ce stade.
Deux hommes ont par ailleurs été placés en garde à vue pour des faits susceptibles de mise en danger de la vie d'autrui : l'un, âgé de 29 ans, interpellé à Lège-Cap-Ferret alors qu'il fumait en zone forestière et frappé d'une interdiction de paraître de six mois dans trois départements ; l'autre, 26 ans, arrêté à Lacanau après avoir été surpris en train de fumer, ayant selon les enquêteurs allumé un barbecue la veille près de son campement.
Landes, Var : deux autres fronts loin d'être fixés
Dans les Landes, l'incendie de Biscarrosse, déclenché jeudi par un véhicule ayant accidentellement pris feu sur une route départementale, a rapidement dévoré plus de 3 500 hectares. Selon le préfet Gilles Clavreul, 105 habitations et bâtiments ont été touchés par les flammes, voire détruits. Plus de 500 pompiers, appuyés par des Canadair et des Air Tractor portugais, luttent pour fixer ce foyer qualifié de « très soudain, très violent, très rapide ».
Dans le Var, l'incendie de Pontevès, parti le 21 juillet d'un champ avant d'embraser le massif du Gros Bessillon, connaît depuis plusieurs jours des reprises répétées, en particulier autour de Correns et du Vallon de la Puade. Environ 2 700 à 3 250 hectares ont été parcourus selon les bilans successifs, sans qu'aucune maison n'ait été détruite à ce stade - un point que les autorités locales tiennent à souligner malgré l'intensité des opérations.
Une France criblée de feux, du Tarn aux Hautes-Alpes
Au-delà des trois foyers majeurs du Sud-Ouest, la carte des incendies de l'été 2026 s'étend bien plus largement. Dans le Tarn, un premier feu a détruit 600 hectares près de Castres avant d'être totalement fixé ; un second s'est déclaré vendredi soir à Caucalières, forçant l'évacuation d'une centaine d'habitations par précaution. En Haute-Garonne, deux incendies distincts ont frappé la périphérie de Toulouse en 48 heures, à Castelginest puis à Plaisance-du-Touch, plaçant tout le département en vigilance rouge.
Plus loin des projecteurs médiatiques, un feu de montagne dans les Hautes-Alpes, déclenché par la foudre, a parcouru 460 hectares dans un secteur escarpé et difficile d'accès, sans mettre en danger la moindre habitation. Dans les Pyrénées-Orientales, un départ de feu dans le massif du Canigou, à près de 1 800 mètres d'altitude, reste actif sur environ cinq hectares. Dans la Drôme et l'Ardèche, un incendie déclenché par la foudre fin juin, un temps fixé puis reparti sous l'effet d'une souche encore incandescente sous le sol, illustre une autre réalité : selon l'Office national des forêts, il faudra « dix ans minimum ou plus » pour que la forêt brûlée y renaisse.
Du massif du Canigou aux Hautes-Alpes, en passant par Toulouse et le Tarn : cet été, la carte des incendies français ne se résume plus à la façade atlantique et au pourtour méditerranéen, elle s'est étendue à la quasi-totalité du territoire.
L'Espagne, elle aussi, submergée par les flammes
La crise ne s'arrête pas à la frontière. En Espagne, où sévissent «les pires incendies de son histoire» selon les autorités, deux foyers distincts à l'ouest de Madrid - à San Martín de Valdeiglesias et à Villa del Prado - ont fusionné en un seul brasier de 6 000 hectares. À proximité, en Castille-et-León, l'incendie d'Ávila a parcouru 9 000 hectares, menaçant de fusionner à son tour avec celui de Madrid selon le préfet régional Nicanor Sen Vélez, qui y voit «une très mauvaise nouvelle». Un homme a été arrêté, soupçonné d'avoir déclenché le feu d'Ávila avec un engin agricole. Au total, environ 26 000 personnes ont été évacuées côté espagnol.
Un coût qui dépasse déjà le seul bilan écologique
Sur la presqu'île du Cap-Ferret, entièrement évacuée, la centaine de restaurants, hôtels et cafés vidés par l'évacuation fait déjà craindre le pire pour la saison touristique. « Pour le tourisme de notre côte atlantique, c'est une catastrophe touristique que l'on vit une fois de plus », a résumé sur franceinfo Franck Chaumès, président de la branche restauration de l'Umih Gironde, qui dit déjà travailler à obtenir des aides pour la profession.
À Bordeaux même, une confusion a éclaté vendredi soir sur le sort de l'aéroport : le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a affirmé sur TF1 que la plateforme de Bordeaux-Mérignac avait été fermée par mesure de sécurité en raison du panache de fumée, une information aussitôt contredite par la direction de l'aéroport, qui a assuré au Parisien que les vols se poursuivaient normalement ce soir-là.
Sur le plan sanitaire, l'Agence régionale de santé de Nouvelle-Aquitaine a déclenché son plan blanc départemental et procédé à l'évacuation d'au moins huit établissements sensibles en Gironde et dans les Landes - foyers pour personnes handicapées, Ehpad, cliniques - dont un Ehpad de Lège-Cap-Ferret où un résident a dû être hospitalisé.
Une controverse politique en toile de fond
La gestion de la crise a également viré à la polémique autour du déploiement tardif d'un avion militaire A400M équipé d'un kit de largage de produit retardant. Jean-Luc Mélenchon a reproché au gouvernement d'avoir ignoré son alerte lancée dix jours plus tôt ; la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon a rétorqué que le dispositif, annoncé le 10 juillet, ne devait entrer en service que le 29, avant que le Premier ministre Sébastien Lecornu ne demande son déploiement anticipé dès samedi.