mercredi 29 juillet 2026, 16:06 📌 Ajouter L'Appel sur Google
⚡ DERNIÈRES
L'Art

Une porte s’ouvre dans la cave d’un magasin de meubles, et personne n’en ressort tout à fait le même

La voix de ceux qui n'ont pas de voix
Actualités

Une porte s’ouvre dans la cave d’un magasin de meubles, et personne n’en ressort tout à fait le même

Un couloir sans fin né d'un simple récit d'internaute, un objet qui exauce les vœux et dévore celui qui le possède, un astronaute qui ne se souvient même plus pourquoi il doit sauver la Terre : cet été, les salles obscures racontent trois façons de perdre pied.

La porte n'a rien de spectaculaire. Une moquette jaunâtre, un néon qui bourdonne, un silence trop épais pour un sous-sol de magasin de meubles. Et pourtant, quiconque la franchit dans Backrooms n'en revient jamais exactement comme il était entré. Une psychothérapeute s'y aventure pour sauver un patient perdu dans cet espace qui semble n'obéir à aucune règle. Elle ne sait pas encore que cette histoire, née d'un simple post oublié sur un forum, va devenir l'un des phénomènes les plus inattendus de l'année.

 Une légende de forum devenue décor de cinéma

Rien, sur le papier, ne prédestinait cette histoire à remplir des salles. Elle vient d'une image postée il y a quelques années par un internaute anonyme : une pièce vide, légendée d'une phrase glaçante promettant que quiconque « sort de la réalité » de la mauvaise manière peut s'y retrouver piégé, sans limite ni sortie. Le réalisateur Kane Parsons en a d'abord tiré une web-série, puis ce long métrage porté par Renate Reinsve et Chiwetel Ejiofor, sans studio derrière lui, sans stratégie marketing démesurée, sans nom connu au générique avant le tournage.

Le film a fini par imposer son propre langage à des spectateurs qui, quelques mois plus tôt, n'avaient jamais entendu parler de cette légende née par hasard sur un écran d'ordinateur.

« Elle ne sait pas encore que cette histoire va devenir l'un des phénomènes les plus inattendus de l'année »

 Un vœu exaucé, un homme qui se perd dedans

Ailleurs sur les affiches de l'été, un jeune homme trouve un objet capable de réaliser ses désirs les plus fous, dans Obsession. Il souhaite l'amour d'une femme, l'obtient sans effort, et découvre trop tard que ce bonheur offert plutôt que conquis se transforme en une emprise qu'il ne contrôle plus. Il ne cherchait qu'à être aimé. C'est précisément ce désir, poussé jusqu'à sa rupture, qui devient la véritable menace du film.

Aucun monstre extérieur, ici, ni créature tapie dans l'ombre. Seulement un homme, un vœu, et la lente découverte que certaines choses ne devraient jamais s'obtenir aussi facilement.

 Il ouvre les yeux et ne se souvient de rien, sinon qu'il doit sauver le monde Dans le noir d'un vaisseau spatial perdu à des années-lumière de tout repère, un homme reprend connaissance sans nom, sans souvenir, sans savoir pourquoi il se trouve là. Ryan Gosling incarne cet astronaute amnésique dans Project Hail Mary, adapté du roman d'Andy Weir, dont la mémoire lui revient par fragments, en même temps que l'ampleur de ce qui repose sur ses épaules : une Terre qu'il ne se rappelle même plus avoir quittée. Depuis sa sortie en mars, la critique internationale continue de le citer parmi les propositions de science-fiction les plus abouties de la décennie.

Plus loin encore dans ce même vertige, un homme et son chien avancent à travers un territoire qui a cessé de ressembler à ce qu'ils connaissaient, dans The Dog Stars que Ridley Scott adapte du roman de Peter Heller. Aucune explosion, aucun effet spectaculaire : seulement la lente reconstruction d'une confiance que la fin du monde avait emportée avec elle.

 Quand ceux qui survivent deviennent plus inquiétants que ce qui les menaçait Dans 28 Years Later : le temple des morts, ce ne sont plus les infectés rongés par la rage qui glacent le sang. C'est l'absence d'humanité chez les survivants eux-mêmes, ceux qui ont traversé trop d'horreurs pour se souvenir de ce qu'ils défendaient au départ. Nia DaCosta prend ainsi le contre-pied du film dont elle hérite : la vraie menace ne rôde plus dehors, elle s'est installée à l'intérieur du camp censé protéger les survivants.

Un camp d'été de water-polo pour garçons, une tradition cruelle de harcèlement visant un jeune paria accusé de porter une maladie imaginaire : c'est dans ce décor a priori sans rapport avec l'horreur que The Plague a créé la surprise du dernier Festival de Cannes. La frontière entre le jeu sadique et une contagion réellement surnaturelle finit par s'effacer, jusqu'à ce que plus personne, dans la salle, ne sache où placer la limite.

Ce que ces histoires ont en commun, une fois la lumière rallumée Un couloir sans fin. Un vœu qui se retourne contre celui qui le formule. Un homme qui ne se souvient de rien, sinon qu'il doit tout sauver. Des survivants plus effrayants que ce qu'ils ont survécu. Aucune de ces images ne ressemble aux monstres habituels du cinéma grand public. Toutes racontent, à leur façon, la même chose : la peur de perdre le contrôle de ce qu'on croyait pourtant familier, sa propre maison, son propre désir, sa propre mémoire, ses propres semblables.

Reste une question que le générique de fin ne résout jamais tout à fait : en sortant de la salle, combien de spectateurs ont vraiment eu l'impression de refermer la porte derrière eux ?

Par la rédaction • L'Appel · L'Appel
Partager :
100%