En sortant de la salle, ils n’ont pas attendu la rue pour sortir leur téléphone : que s’est-il vraiment passé à la première projection de L’Odyssée ?
Des billets vendus un an à l'avance, épuisés en une heure, et des critiques qui peinent, depuis quelques jours, à trouver les mots pour décrire ce qu'ils viennent de voir : Christopher Nolan tient peut-être son plus grand film
Une salle de cinéma à Londres, le 6 juillet. Les lumières se rallument, et avant même d'atteindre la sortie de secours, plusieurs spectateurs ont déjà le téléphone à la main. Ce n'est pas un réflexe anodin : ces spectateurs-là sont critiques de cinéma, et ce qu'ils viennent de voir, c'est L'Odyssée, le nouveau film de Christopher Nolan. En quelques minutes, les premiers mots tombent sur les réseaux sociaux. Ils ne se ressemblent presque tous que sur un point : aucun n'est mesuré.
Des billets envolés un an avant que quiconque n'ait vu une image Le détail donne le vertige : les premières places pour les séances événement en IMAX 70mm s'étaient vendues en l'espace d'une heure, un an avant la date de ces mêmes séances. Personne, à ce moment-là, n'avait vu la moindre image du film. Seule la promesse d'un nouveau Nolan, après le triomphe planétaire d'Oppenheimer, près d'un milliard de dollars de recettes et sept Oscars, suffisait à remplir les salles.
Le pari, cette fois, est différent. Nolan s'attaque à L'Odyssée d'Homère, l'un des textes fondateurs de la littérature occidentale, avec un budget et une ambition à la mesure de sa réputation : quatre-vingt-onze jours de tournage entre le Maroc, la Grèce, l'Italie, l'Écosse, l'Islande et Malte, l'intégralité du film capturée avec les toutes nouvelles caméras IMAX. Rarement une adaptation aussi ancienne aura mobilisé une machine de production aussi contemporaine.
« Bouleversant, terrestre, spectral, empreint d'humour et de grandeur à la fois »
Joshua Rothkopf, critique cinéma au Los Angeles Times
Pourquoi Homère, pourquoi maintenant
Nolan lui-même a expliqué ce choix au magazine britannique Empire, évoquant une œuvre mythologique qu'il avait vue traitée, enfant, par les effets spéciaux artisanaux de Ray Harryhausen, sans jamais bénéficier du budget et du sérieux qu'autorise aujourd'hui une grande production hollywoodienne.
« Je cherchais les manques de la culture cinématographique, ce qui n'avait jamais été fait »
Christopher Nolan, réalisateur, au magazine Empire
Le film raconte le retour d'Ulysse, incarné par Matt Damon, vers son épouse Pénélope, jouée par Anne Hathaway, et leur fils Télémaque, confié à Tom Holland, après la chute de Troie. À leurs côtés, un casting XXL réunit Robert Pattinson, Lupita Nyong'o, Zendaya, Charlize Theron, John Leguizamo, Samantha Morton et Himesh Patel.
Une scène d'horreur signée Nolan, une première en vingt-cinq ans de carrière Ce qui revient, projection après projection, dans les réactions publiées ces derniers jours, c'est la surprise devant un Nolan qui explore un registre inédit : l'épouvante pure. Le rédacteur en chef cinéma du Hollywood Reporter, qui suit le réalisateur depuis Memento, assure n'avoir jamais vu, en un quart de siècle, une séquence d'horreur aussi pleinement assumée signée de sa main.
Les interprètes récoltent, eux, une pluie d'éloges presque unanime. Robert Pattinson, dans un rôle plus trouble, s'impose comme la révélation la plus commentée.
« Fourbe, manipulateur, et un plaisir de tous les instants à regarder »
Erik Davis, critique cinéma chez Fandango
Anne Hathaway, elle, est décrite par plusieurs voix comme la grande favorite de la prochaine saison des Oscars, tandis que Tom Holland et Himesh Patel sont cités, à plusieurs reprises, comme les révélations les plus inattendues d'un casting qui n'en manquait pourtant pas.
Une voix plus mesurée au milieu du concert d'éloges
Toutes les réactions ne relèvent pas de l'unanimisme absolu. Le critique du site américain IndieWire, réputé pour son exigence, tempère l'enthousiasme général tout en reconnaissant la puissance du film.
« Trop maladroit pour être du meilleur Nolan »
David Ehrlich, critique cinéma chez IndieWire
Il précise toutefois que le dernier acte du film rachète, à ses yeux, les quelques lourdeurs de la mise en place, une nuance qui tranche avec le ton dithyrambique de la majorité des premières réactions, sans pour autant les contredire frontalement.
Ce que ces quelques jours ne peuvent pas encore garantir
Il faut néanmoins garder une prudence de rigueur : ces réactions ne sont pas des critiques complètes, mais des impressions à chaud, publiées en quelques lignes sur les réseaux sociaux à la sortie de projections presse encore rares. Les estimations initiales plaçaient les recettes du premier week-end américain entre 80 et 100 millions de dollars, un chiffre que l'engouement de ces derniers jours pourrait bien revoir à la hausse d'ici la sortie, prévue le 17 juillet.
Reste la question que seul le public, et non les critiques les mieux placés, pourra trancher dans les prochains jours : L'Odyssée est-elle en train de devenir l'un de ces rares films dont on se souviendra comme on se souvient encore de la première fois où l'on a vu Lawrence d'Arabie sur grand écran, ou l'enthousiasme de la première semaine retombera-t-il, comme c'est parfois le cas, une fois la salle rendue à un public moins acquis d'avance ?