Dans les rues vides de Gironde, les gendarmes traquent déjà les pillards
Plus de 1 200 gendarmes patrouillent dans les communes évacuées de Gironde et des Landes pour empêcher les cambriolages. Samedi soir, l'un d'eux interpellait un homme avec 44 bouteilles de grands crus volées dans le coffre de sa voiture.
Des rues désertes, des volets clos, une épaisse fumée qui masque le soleil. Et, au milieu de ce décor de fin du monde, des patrouilles qui ne cherchent plus seulement des retardataires à évacuer, mais des pilleurs venus profiter du chaos.
Un dispositif chiffré à plus de 1 200 gendarmes
Selon un communiqué officiel de la gendarmerie nationale, plus de 1 200 gendarmes sont aujourd'hui mobilisés en Gironde et dans les Landes, aux côtés des sapeurs-pompiers, pour assurer la mise en sécurité des habitants et la sécurisation des zones sinistrées.
Leur mission se joue sur deux tableaux. Sur les axes routiers, ils fluidifient la circulation pour laisser passer les secours et empêchent toute intrusion dans les zones dangereuses. Dans les communes désertées, ils patrouillent en véhicule et à pied, appuyés par des moyens aériens et des drones, pour surveiller les habitations abandonnées à la hâte.
Plus de mille deux cents gendarmes déployés sur deux départements : c'est, à elle seule, une mobilisation d'une ampleur rarement atteinte pour sécuriser des maisons que leurs propriétaires ont dû quitter en quelques minutes.
Concrètement, les militaires multiplient les vérifications des habitations pour détecter des signes d'effraction, procèdent à des contrôles d'identité et fouillent les coffres de véhicules en cas de présence suspecte dans une zone interdite d'accès.
Quarante-quatre bouteilles dans le coffre, samedi soir à Eysines
La menace n'a rien de théorique. Samedi vers 18 heures, une patrouille de police - la commune d'Eysines relève de la zone police, distincte de la gendarmerie - contrôle un homme stationné devant une propriété privée, dans ce secteur partiellement évacué en raison de l'incendie.
Dans son véhicule, les policiers découvrent 44 bouteilles de grands crus. L'homme, connu des services de police et de justice selon plusieurs sources concordantes, est interpellé et placé en garde à vue pour vol par effraction.
Le préjudice est important
- une source proche du dossier, à franceinfo
Ce n'est pas un hasard si le butin choisi touche au vignoble : la Gironde compte parmi les départements les plus exposés de France aux vols visant les exploitations viticoles, un phénomène déjà documenté bien avant les incendies de cet été.
Une insécurité déjà connue, avant même les incendies
Selon une question écrite adressée à l'Assemblée nationale par la députée Edwige Diaz, la Gironde a enregistré 7 968 cambriolages en 2023, soit une hausse de 3,5 % sur un an et un taux de 8,6 faits pour 1 000 logements - l'un des plus élevés de France, juste derrière Paris et les Bouches-du-Rhône.
Le document parlementaire cite plusieurs communes déjà touchées par des séries d'intrusions avant l'été 2026, dont Eysines elle-même - précisément la commune où le vol de grands crus vient d'avoir lieu ce week-end - aux côtés de Bègles, Saint-Médard-en-Jalles et Pessac, quatre villes du département figurant parmi les plus cambriolées de France.
Eysines figurait déjà, avant les flammes, parmi les communes les plus cambriolées de France. L'incendie n'a pas créé le risque : il lui a offert des maisons vides et des rues sans témoins.
Sur le terrain, convaincre les derniers habitants de partir
Au-delà de la lutte contre les pillages, les gendarmes s'assurent aussi qu'aucun habitant ne reste dans une zone menacée. À Saint-Jean-d'Illac, l'une des cinq communes évacuées à l'ouest de l'agglomération bordelaise dans la nuit de vendredi à samedi, une quinzaine de gendarmes venus de Périgueux patrouillent dans des rues quasiment désertes, entre commerces fermés et lotissements silencieux.
Selon la préfecture de la Gironde, l'incendie parti de Saumos a désormais brûlé 42 000 hectares et contraint plus de 220 000 personnes à évacuer leur logement ou leur lieu de villégiature depuis mercredi. Au moins 152 maisons ont été détruites dans la seule commune du Porge, selon les propos rapportés par son maire.
Des rues vides, des maisons ouvertes sur elles-mêmes, et deux uniformes qui s'y croisent : celui des secours, venus protéger des vies, et celui des forces de l'ordre, venues protéger ce que ces vies laissent, malgré elles, derrière elles.