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À Berlin, une ville entière pleure ceux que la fierté n’a pas pu protéger

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À Berlin, une ville entière pleure ceux que la fierté n’a pas pu protéger

Un jour après l'attentat qui a endeuillé le Christopher Street Day, des milliers de Berlinois ont prié, pleuré et déposé des fleurs. Du chancelier à l'inconnu qui ne trouve plus ses mots, portrait d'une ville qui cherche, ensemble, comment continuer.

La veille, la même rue vibrait de musique et de drapeaux arc-en-ciel. Ce dimanche, des bougies tremblent dans la pénombre d'une église, et des inconnus se serrent dans les bras sans se lâcher.

Deux églises, une même douleur

Au-dessus de l'autel de l'église Sainte-Marie, au cœur de Berlin, un drapeau arc-en-ciel a remplacé les ornements habituels. La lumière des bougies vacille sur les visages. Beaucoup pleurent sans chercher à le cacher ; d'autres restent debout, enlacés, en silence.

À quelques kilomètres de là, devant l'église évangélique de la Sainte-Croix, à Kreuzberg, deux voitures de police sont garées en travers de l'entrée, comme une barrière de protection. Un office CSD y était prévu depuis longtemps ce dimanche matin. Un fidèle confie son soulagement d'y trouver les forces de l'ordre.

Deux voitures de police en guise de barrière devant une église : un jour après avoir défilé librement, une partie de la communauté a dû, ce dimanche, se sentir protégée avant de pouvoir prier.

Dans les deux lieux de culte, la même scène se répète : des bancs pleins, des visages fermés par le chagrin, et ce besoin, presque physique, de ne pas rester seul ce dimanche-là.

Devant le véhicule accidenté, des tournesols et des larmes

Sur les lieux mêmes de l'attaque, derrière le ruban de police, le fourgon blanc reste visible, immatriculé à Berlin, la carrosserie profondément cabossée. Un couple s'approche de la barrière, dépose deux tournesols, puis se réfugie dans les bras l'un de l'autre. Ils pleurent.

Un groupe de jeunes venus de Thuringe et de Saxe dépose à son tour des fleurs, par respect pour la victime, les blessés et leurs proches.

Des inconnus venus d'autres régions d'Allemagne, simplement pour déposer une fleur : la douleur de Berlin, ce dimanche, n'appartenait déjà plus à une seule ville.

D'autres visiteurs, hagards, ne trouvent presque plus les mots. Un homme s'arrête un instant devant le site, lâche une seule phrase avant de repartir, incapable d'en dire davantage.

Certains visiteurs ne trouvaient plus la force de parler, incapables d'aller au-delà d'une seule phrase avant de repartir en silence.

Non loin, dans le Tiergarten, des jeunes filles déposent elles aussi des fleurs au pied des arbres. L'une d'elles ouvre un carnet laissé sur place, y écrit quelques mots, puis le referme et le tend à la suivante.

« Vous n'êtes pas seuls » : la solidarité d'un témoin

Resté sur les lieux jusque tard dans la nuit de samedi à dimanche, un témoin a tenu à remercier publiquement les secours et les organisateurs du Christopher Street Day pour la rapidité de l'évacuation. Ses mots, adressés directement à la communauté, ont depuis largement circulé.

Je sais que beaucoup d'entre vous ont peur en ce moment. Je ne vais pas vous mentir, j'ai peur aussi. Mais avec cette peur, ce chagrin, cette colère, vous n'êtes pas seuls. Parlez-vous les uns aux autres.

- un témoin présent lors de l'attaque

Ce sentiment de fraternité forcée par le drame traverse aussi les témoignages recueillis à distance. Un membre de la communauté queer berlinoise confiait que la veille encore, au Christopher Street Day, l'objectif était de montrer au monde qui ils étaient - avant que la peur ne revienne, plus lourde qu'avant.

De la scène au monde entier, une vague de solidarité

Au-delà de Berlin, les réactions se sont multipliées tout au long du dimanche. L'animateur et personnalité publique Riccardo Simonetti, 33 ans, a raconté sur Instagram avoir été pris de nausée en apprenant la nouvelle, soulagé que ses proches aillent bien, mais bouleversé qu'une telle actualité ne relève plus, en 2026, du cauchemar mais de la réalité.

À des centaines de kilomètres de là, les organisateurs du Christopher Street Day de Stuttgart, où une parade s'était elle aussi tenue la veille dans la joie, ont fait part de leur effroi sur les réseaux sociaux, adressant leurs pensées aux victimes, aux proches et aux témoins de l'attaque.

Le président fédéral Frank-Walter Steinmeier s'est dit lui-même « bouleversé et horrifié », rappelant que les personnes présentes au Christopher Street Day voulaient simplement, ce jour-là, célébrer pacifiquement qui elles étaient.

Semer la haine, répétait-on ce dimanche du côté des autorités fédérales, ne récolte jamais la peur - seulement, à la longue, davantage de solidarité.

Un député du parti Die Linke, porte-parole pour les questions queer au Bundestag, a résumé dans une phrase brève ce que beaucoup ressentaient ce dimanche : ses pensées allaient aux victimes et à leurs proches.

Une promesse, prononcée la voix brisée

C'est dans l'église Sainte-Marie que le moment le plus inattendu de la journée s'est produit. Le chancelier fédéral Friedrich Merz, qui avait suscité la controverse en 2020 en jugeant l'orientation sexuelle sans importance tant qu'elle ne concernait pas des enfants, a pris la parole en des termes personnels, la voix se brisant à plusieurs reprises.

Nous ferons tout pour protéger la liberté de notre pays et de notre société. Tout !

- Friedrich Merz, chancelier fédéral

Il a ensuite exhorté la communauté à ne pas se laisser réduire au silence, à continuer de célébrer sa fierté malgré tout. L'assemblée a applaudi longuement - un instant que plusieurs personnes présentes ont qualifié, entre elles, de véritablement inattendu.

Une imane berlinoise, Seyran Ates, a elle aussi pris la parole dans cette église chrétienne, devant une communauté queer en deuil.

Qui tue un homme, c'est comme s'il avait tué l'humanité entière. Qui sauve un homme, c'est comme s'il avait sauvé l'humanité entière.

- Seyran Ates, imane, citant le Coran

Une bougie, un tournesol, un carnet où glisser quelques mots : à Berlin, ce dimanche, le deuil n'a pas eu besoin de grandes phrases. Il s'est dit, simplement, dans les gestes de milliers d'inconnus qui refusaient de rentrer seuls chez eux.

Par la rédaction • L'Appel · L'Appel
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