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Nawal remplissait son panier chaque mois, la nouvelle loi change la donne

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Nawal remplissait son panier chaque mois, la nouvelle loi change la donne

Derrière les textes de loi et les débats parlementaires, des milliers de familles aux revenus modestes découvrent que leurs habitudes d'achat sur Shein et Temu vont devenir plus coûteuses - et parfois impossibles à remplacer.

Dix articles minimum dans le panier, chaque mois, depuis des années. Nawal ne savait pas, avant qu'on lui en parle, qu'une loi venait de rendre cette habitude plus chère - et bientôt, pour certains modèles, tout simplement introuvable.

 Le panier du mois, une habitude bien rodée

Nawal a son rituel. Chaque mois, elle se connecte, remplit son panier - accessoires, chaussures, petits objets pour la maison - et valide sans trop réfléchir au prix total. Rarement moins de dix articles. C'est, dit-elle, ce qui lui permet d'habiller toute la famille et de renouveler la maison sans jamais dépasser un budget qu'elle connaît par cœur.

Chaque mois, je remplis mon panier - au moins dix articles, entre accessoires, chaussures et objets pour la maison

 Nawal, cliente régulière de plateformes de mode en ligne

Le mois dernier, pourtant, quelque chose a coincé. Nawal préparait la fête de fin d'études de l'un de ses enfants et comptait, comme d'habitude, y trouver de quoi habiller toute la famille pour l'occasion. Les prix avaient changé. Certains articles avaient disparu du catalogue. D'autres coûtaient sensiblement plus cher qu'à son dernier passage.

J'avais une fête de fin d'études à préparer, ces décisions ont tout gâché. Tout a augmenté, et je ne retrouve pas les mêmes modèles dans le commerce près de chez moi.

 Nawal

Nawal n'avait entendu parler d'aucune loi. Elle a simplement constaté que ce qui fonctionnait depuis des années ne fonctionnait plus tout à fait de la même manière - sans savoir qu'un texte voté à Paris, conçu pour peser sur des multinationales chinoises, venait de recalculer, sans le lui dire, le budget mode de sa famille.

 Nawal n'est pas seule : ce que disent les chiffres du panier Les données du secteur confirment que son cas n'a rien d'isolé. Selon des analyses de marché citées par la presse spécialisée, le panier moyen d'une commande Shein s'élève à environ 35 euros, contre 11,90 euros pour une commande AliExpress - des montants nettement inférieurs à la moyenne tous sites confondus du commerce en ligne français, autour de 62 à 67 euros par visite au premier semestre 2025, selon la Fédération du e-commerce et de la vente à distance (Fevad).

Cet écart n'est pas un hasard : c'est précisément ce qui explique le succès de ces plateformes auprès des ménages qui, comme celui de Nawal, doivent habiller plusieurs personnes avec un budget serré. Selon l'Insee, les 20 % de ménages aux revenus les plus modestes consacrent une part de leur budget nettement supérieure aux dépenses contraintes que les ménages aisés - une réalité qui laisse mécaniquement moins de marge pour l'habillement, poussant vers les prix les plus bas du marché.

Le panier à 35 euros de Shein n'est pas un choix de consommateur exigeant : pour beaucoup de familles, c'est le prix d'entrée qui rend l'habillement de plusieurs enfants tout simplement possible chaque mois.

 Pourquoi les familles nombreuses sont les plus exposées

La mécanique de la nouvelle taxe, calculée à l'article, frappe plus durement les foyers qui achètent en volume que les acheteurs occasionnels. Une pénalité de 12 euros par article - le plafond prévu dès 2026 pour certains produits - représente peu de chose sur un achat isolé. Répétée sur dix articles chaque mois, comme le fait Nawal, elle peut représenter, une fois pleinement appliquée, plusieurs dizaines d'euros de surcoût mensuel pour un budget qui n'a, par définition, aucune marge de manœuvre supplémentaire.

C'est là que le raisonnement des parlementaires, centré sur la responsabilité environnementale des multinationales chinoises, rencontre une réalité sociale qu'il n'avait pas pour vocation première de traiter : les familles nombreuses et les foyers aux revenus modestes ne consomment pas ainsi par goût de la surconsommation, mais parce que c'est, très concrètement, ce qui reste accessible.

 Une alternative locale qui n'existe pas toujours

La remarque de Nawal sur l'absence des mêmes modèles dans le commerce de proximité n'est pas anecdotique. Dans de nombreuses villes moyennes, l'offre en magasin reste plus restreinte, en tailles comme en références, que le catalogue quasi infini des plateformes chinoises - 470 000 produits disponibles en permanence chez Shein, contre quelques centaines dans une enseigne traditionnelle. Pour une famille qui doit habiller plusieurs enfants de tailles différentes, ce choix réduit n'est pas un détail : c'est parfois un obstacle concret à l'achat.

Interrogée sur une éventuelle marche arrière du gouvernement, Nawal pose la question sans grand espoir de réponse claire.

Vous croyez qu'ils peuvent revenir sur cette décision ?

Nawal

 Ce qu'en disent Shein et Temu

Sollicitées par Reuters au moment du vote définitif, les entreprises visées ont réagi de manière très inégale. Shein a transmis une déclaration officielle, prudente et exclusivement juridique, ne disant pas un mot des conséquences pour les consommateurs comme Nawal.

certaines mesures semblent maintenir des difficultés d'articulation avec le cadre européen

 un porte-parole de Shein, à WWD et Reuters

L'entreprise y indique poursuivre son analyse juridique du texte une fois les actes réglementaires publiés, sans prendre position sur le fond des critiques environnementales ou sociales qui lui sont adressées. Temu et AliExpress, de leur côté, n'ont tout simplement pas répondu aux sollicitations de Reuters - un silence qui contraste avec la déclaration, mesurée mais réelle, de leur concurrent Shein.

Ce silence relatif des plateformes n'a rien d'anodin : il intervient alors que Shein reste déjà sous le coup de plusieurs contentieux ouverts en France, entre les amendes de 2025 et 2026 et les procédures encore pendantes devant la Commission européenne et la justice française. Pour l'entreprise, chaque prise de position publique s'ajoute potentiellement au dossier.

Difficile, à ce stade, de lui répondre autrement que par un geste d'incertitude. La loi est promulguée, son calendrier d'application fixé jusqu'en 2027, et rien n'indique aujourd'hui qu'elle sera revue. Reste que son histoire pose, à sa manière, une question que les débats parlementaires ont surtout traitée sous l'angle environnemental et commercial : que devient le pouvoir d'achat des familles nombreuses lorsque le moins cher devient, lui aussi, hors de portée ?

Par Khalid Al Shibani • L'Appel · L'Appel
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