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Coupé du monde par les flammes, le Cap Ferret évacué par la mer

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Coupé du monde par les flammes, le Cap Ferret évacué par la mer

19 000 hectares brûlés, 100 bâtiments détruits, 110 000 évacuations dans le Sud-Ouest : Emmanuel Macron a demandé à l'armée un renfort maximal face à un incendie que le feu a fait basculer vers l'agglomération bordelaise elle-même

« On a été évacués à 4 heures, on a reçu des SMS. » Dans la nuit de jeudi à vendredi, Barbara fuit Lège-Cap-Ferret avec ses enfants, direction le parc des expositions de Bordeaux. À l'aube, l'ordre est tombé pour la presqu'île tout entière : onze villages, des milliers de vacanciers et de résidents, tous priés de partir « dans les meilleurs délais et dès à présent ». Le feu parti mercredi de Saumos vient de franchir la D106, unique route reliant le Cap Ferret au reste de la Gironde. Pour rejoindre la terre ferme, il ne reste plus que la mer.

 Une presqu'île évacuée par bateau

Vers 7 heures vendredi matin, les navettes maritimes sont réquisitionnées au départ des jetées du Grand Piquey, du Canon, du Port de la Vigne et de Bélisaire, pour rejoindre Arcachon, de l'autre côté du bassin. Aldric, touriste au Cap Ferret, raconte avoir été dirigé « vers la jetée dans le calme » : en une heure, une bonne partie des évacués avait déjà rejoint Arcachon. Selon la mairie d'Arcachon, 1 500 personnes en provenance de la presqu'île ont été accueillies par cette voie dès la matinée.

Karine, habitante de Lège-Cap-Ferret depuis 44 ans, a dû quitter sa maison dans la précipitation jeudi après-midi, le feu à 200 mètres de chez elle.

« On se dit que quand on va rentrer on ne va retrouver que des cendres »

Karine, habitante de Lège-Cap-Ferret

Xavier, lui, avait anticipé et rempli sa voiture avant de prendre la route à 1 heure du matin, déplorant ceux qui attendent le dernier moment pour fuir alors que le vent se lève. Des bus ont par ailleurs été affrétés pour transporter les personnes sans véhicule vers Andernos-sur-Mer, Lanton, Biganos ou Bordeaux.

 Dix-neuf mille hectares, cent bâtiments détruits, deux blessés

Le dernier bilan communiqué par la préfecture de la Gironde fait état de 19 000 hectares de forêt détruits et de 100 bâtiments réduits en cendres. Le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, a évoqué une situation « totalement inédite », qualifiant ce sinistre de feu convectif, c'est-à-dire un incendie qui s'auto-alimente, d'une ampleur jamais observée jusqu'ici en France.
« On n'avait jamais vu ça, un feu convectif de cette ampleur »

Laurent Nuñez, ministre de l'Intérieur

Le maire de Lège-Cap-Ferret, Philippe de Gonneville, a fait état de deux blessés sur le territoire de sa commune, l'un grièvement touché, l'autre plus légèrement. Les habitants relogés sont dirigés vers Lanton, Marcheprime, Mios, Biganos et Audenge.

 Macron mobilise l'armée, Lecornu réunit une cellule de crise

Face à l'ampleur du sinistre, le président Emmanuel Macron a demandé vendredi aux armées de « se mobiliser pour venir en renfort maximal de la sécurité civile », selon son entourage. Dans la foulée, le Premier ministre Sébastien Lecornu a convoqué, à sa demande, une cellule interministérielle de crise à 22 heures, réunissant les ministères de l'Intérieur, des Armées, de la Santé, des Transports et de l'Environnement.
« Se mobiliser pour venir en renfort maximal de la sécurité civile »

Emmanuel Macron, selon son entourage

 Le feu menace désormais l'agglomération bordelaise elle-même

C'est le développement le plus préoccupant de la journée : la préfète Sophie Brocas a annoncé que l'incendie avait pris une « ampleur inédite » et se dirigeait désormais vers la métropole bordelaise, annonçant de nouvelles évacuations pour plusieurs dizaines de milliers de personnes supplémentaires, notamment à Saint-Médard-en-Jalles, commune de 33 000 habitants au nord-ouest de Bordeaux, ainsi qu'à Martignas, Saint-Jean-d'Illac et Saint-Aubin.
« Chacun doit se préparer à partir »

Sophie Brocas, préfète de la Nouvelle-Aquitaine et de la Gironde

Les fumées de l'incendie du Médoc survolaient déjà Bordeaux vendredi soir, donnant à la ville une atmosphère brumeuse visible sur les réseaux sociaux, et l'odeur de brûlé s'est même fait sentir jusqu'à Royan, de l'autre côté de l'estuaire de la Gironde. Une confusion est apparue concernant l'aéroport de Bordeaux-Mérignac : le ministre Nuñez a affirmé qu'il avait été fermé par mesure de sécurité, tandis que ses dirigeants, contactés par Le Parisien, assuraient que les vols se poursuivaient normalement vendredi soir. Le maire de Bordeaux, Thomas Cazenave, s'est voulu rassurant, reconnaissant une odeur de fumée tenace en ville tout en affirmant que le feu n'était pas à ses portes, et a ouvert le parc des expositions pour accueillir les évacués.

 Un plan blanc, des maisons de retraite évacuées en urgence

L'Agence régionale de santé de Nouvelle-Aquitaine a déclenché le plan blanc départemental dès la nuit du 23 juillet. Quatre établissements ont déjà été évacués à Lège-Cap-Ferret : le foyer Alice Girou pour adultes handicapés, le centre de soins médicaux La Pignada, l'Ehpad Les Tchanqués, où un résident a été hospitalisé et 49 autres transférés vers d'autres établissements du groupe, ainsi qu'une résidence seniors. D'autres évacuations « sans délai » concernent la clinique Wallerstein et deux Ehpad à Arès, ainsi qu'un Ehpad à Andernos. Dans les Landes, l'Ehpad de Biscarrosse a lui aussi été évacué.

◆ Un second incendie à Biscarrosse, des chevaux lâchés dans les rues Au sud du bassin d'Arcachon, un incendie distinct, déclenché jeudi après-midi vers 15h45 par un véhicule qui a pris feu sur la départementale 652, a parcouru plus de 2 600 hectares près de Biscarrosse, dans les Landes. Le préfet du département, Gilles Clavreul, a fait état de 105 habitations et bâtiments touchés par les flammes, certains détruits, et d'environ 31 000 personnes évacuées au total : 18 000 à Biscarrosse, 5 000 depuis un camping de Parentis, et 8 000 de plus en cours d'évacuation vendredi soir à Parentis-en-Born, où le feu progresse désormais.

« Très soudain, très violent, très rapide »

Gilles Clavreul, préfet des Landes, à propos de l'incendie de Biscarrosse Cinq pompiers ont été légèrement blessés ou incommodés sur ce front, tandis qu'aucune victime n'est à déplorer dans la population civile, a précisé le préfet. Des scènes insolites ont marqué l'évacuation : un centre équestre proche de Biscarrosse a relâché ses chevaux plutôt que de risquer de ne pouvoir les évacuer à temps, certains ayant été aperçus galopant en pleine rue pour fuir les flammes.

 Deux hommes interpellés, une enquête pour incendie volontaire

Le parquet de Bordeaux a annoncé deux gardes à vue distinctes pour des faits susceptibles de mise en danger de la vie d'autrui : un homme de 29 ans surpris en train de fumer en zone forestière à Lège-Cap-Ferret le 23 juillet, désormais interdit de paraître en Gironde, dans les Landes et le Lot-et-Garonne pendant six mois, et un homme de 26 ans interpellé à Lacanau après avoir été vu fumer et avoir allumé un barbecue la veille près de son campement.

Une enquête distincte pour destruction volontaire par incendie a par ailleurs été ouverte après un feu survenu jeudi vers 21h30 à La Teste-de-Buch, près de la caserne des pompiers du Pyla, qui a détruit une parcelle de 663 m². Un briquet a été retrouvé sur les lieux, mais aucune interpellation n'a eu lieu à ce stade.

 L'origine du feu de Saumos : une débroussailleuse autorisée Les premières investigations, confiées à la brigade de recherches de la gendarmerie de Lesparre-Médoc, privilégient l'hypothèse accidentelle pour le départ de feu de Saumos. Selon le parquet de Bordeaux, l'incendie aurait été provoqué par une machine de débroussaillage utilisée le 22 juillet vers midi par des ouvriers intervenant pour le compte d'Enedis, le gestionnaire du réseau électrique. Le parquet précise que l'usage de cet engin était autorisé par arrêté préfectoral au moment où l'incendie a démarré, écartant à ce stade toute infraction délibérée dans le déclenchement initial du sinistre.

 Cent mille euros pour les familles des deux pompiers de Mérignac La cagnotte lancée en hommage à Wilfried Schmitter et Anthony Berthôme, les deux sapeurs-pompiers professionnels décédés mardi à Mérignac, a dépassé les 100 000 euros ce vendredi, selon le site qui l'héberge, destinée à soutenir leurs familles et leurs proches.

 L'Espagne vit, elle aussi, le pire incendie de son histoire

De l'autre côté des Pyrénées, la région de Madrid affronte simultanément sa pire crise d'incendies jamais enregistrée. La présidente régionale Isabel Díaz Ayuso a fait état d'au moins 19 000 personnes évacuées ou confinées, un bilan porté à près de 26 000 en fin de journée avec de nouvelles évacuations touchant notamment Fresnedillas de la Oliva et Robledo de Chavela. Deux des trois foyers actifs à l'ouest de Madrid, ceux de San Martín de Valdeiglesias et de Villa del Prado, ont fusionné en un seul brasier baptisé « Sierra de l'ouest » par les secours espagnols, qui l'ont déclaré « hors de contrôle », avec plus de 6 000 hectares déjà parcourus et au moins 43 maisons détruites.
« Nous n'avions jamais vécu quelque chose comme ça »

Isabel Díaz Ayuso, présidente de la région de Madrid

Le préfet de Castille-et-León a averti qu'il ne restait « que peu de temps » avant que ce brasier madrilène ne fusionne à son tour avec un autre incendie de 9 000 hectares actif dans sa région, celui d'Ávila, où un homme a été arrêté, soupçonné d'avoir provoqué le départ de feu à l'aide d'un engin agricole. Face à cette double crise transfrontalière, l'Union européenne a annoncé le déploiement de quatre avions bombardiers d'eau supplémentaires en Espagne, en plus des trois déjà engagés en France depuis la veille.

 Une pluie qui n'éteint rien, mais qui pourrait aider

Un élément météorologique inattendu est venu, vendredi soir, perturber la progression du sinistre girondin : des orages ont commencé à balayer la Gironde et le nord des Landes, apportant de fortes précipitations entre Biscarrosse et le Cap Ferret. Ces pluies ne suffiront pas à éteindre l'incendie, mais elles devraient faire grimper les taux d'humidité pendant la nuit, un facteur potentiellement favorable au travail des pompiers. Le risque n'est pas pour autant écarté : des rafales de vent pouvant atteindre 80 km/h restaient attendues, et le département a été placé en vigilance jaune orage à partir de 17 heures.

Dans le Var, un front distinct mobilise également les secours depuis mardi : l'incendie de Pontevès, qui a désormais parcouru 2 700 hectares, a connu vendredi de nouvelles reprises de feu au sud et au nord du Gros Bessillon, ainsi que de nouveaux départs près de Correns, forçant nombre d'évacuations supplémentaires au quatrième jour des opérations. Plusieurs autres foyers, plus modestes, restaient actifs vendredi en France : 460 hectares dans les Hautes-Alpes, cinq hectares en altitude dans le massif du Canigou, dans les Pyrénées-Orientales, et un départ de feu près de Castres, dans le Tarn, où une centaine d'habitations ont été évacuées par précaution.

Par la rédaction • L'Appel · L'Appel
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