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Vingt-sept morts dans un bar de Bangkok – la même tragédie que l’Asie et l’Europe refusent d’apprendre à éviter

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Vingt-sept morts dans un bar de Bangkok – la même tragédie que l’Asie et l’Europe refusent d’apprendre à éviter

D'un disjoncteur à Chatuchak jusqu'aux artifices de Kočani, le même scénario mortel se répète depuis vingt ans

Vingt-sept corps sortis d'un bar en une seule nuit. Un court-circuit, peut-être, à l'origine. Et déjà, avant même la fin du dénombrement des victimes, le même mot revient dans la bouche des pompiers thaïlandais - encore.

 Une nuit à Chatuchak

Il était près de minuit, dimanche, quand le feu a pris au Rong Beer Na Ladprao, un bar-restaurant très fréquenté du quartier de Chatuchak, au nord de Bangkok. Un musicien qui se produisait sur scène a raconté avoir vu de la fumée s'échapper d'un disjoncteur, juste avant que le courant ne coupe et qu'une explosion ne retentisse. En quelques minutes, une épaisse fumée noire a envahi la salle.

Beaucoup de clients ont couru vers le fond de l'établissement, vers des toilettes sans issue - un réflexe de panique qui s'est révélé fatal pour une partie d'entre eux. Il aura fallu environ une demi-heure aux pompiers pour maîtriser les flammes. Le bilan communiqué sur place par le Premier ministre thaïlandais Anutin Charnvirakul s'élève à au moins vingt-sept morts et plusieurs dizaines de blessés, dont certains transportés à l'hôpital. La cause exacte du sinistre reste, à ce stade, sous enquête officielle.

Dès les premières heures, les autorités de Bangkok ont demandé à l'ensemble des bars, restaurants et lieux de loisirs nocturnes de la capitale de revoir leurs procédures de sécurité incendie, plans d'évacuation compris. Une équipe de médecine légale a commencé à examiner les lieux, tandis que la police annonçait son intention d'interroger les propriétaires et le personnel de l'établissement sur le respect - ou non - des normes de sécurité en vigueur.

Vingt-sept morts, une demi-heure de flammes, et une question qui revient à chaque fois - comment un simple court-circuit peut-il tuer autant de monde en si peu de temps ?

 Un scénario que la Thaïlande a déjà vécu

Ce n'est pas la première fois que Bangkok pleure ses noctambules. Le 1er janvier 2009, un feu d'artifice intérieur avait embrasé le plafond du night-club Santika, dans la capitale thaïlandaise, tuant 66 personnes et en blessant plus de 200 - un drame resté, pendant quinze ans, la pire catastrophe du genre dans le pays.

En août 2022, à Sattahip, un incendie déclenché dans le pub Mountain B avait tué une quinzaine de personnes. L'enquête avait alors révélé un bâtiment agrandi illégalement et une seule issue réellement praticable - l'entrée principale - tandis que les deux portes de service restaient bloquées, l'une verrouillée, l'autre coincée par un réfrigérateur. Le gouverneur de Bangkok avait ordonné, dans la foulée, une vague de contrôles dans les cinquante districts de la ville ; quatre-vingt-trois établissements avaient alors été jugés à risque et fermés.

 Une tragédie qui ne connaît pas de frontières

Le schéma n'est pas propre à la Thaïlande. En mars 2025, un incendie déclenché par des feux d'artifice sur scène avait ravagé le Club Pulse, dans la ville macédonienne de Kočani, tuant une soixantaine de jeunes et en blessant plus de 150 - un établissement non autorisé, dépourvu d'extincteurs suffisants et de sorties de secours adaptées, dont l'exploitation avait été rendue possible, selon l'enquête, par la corruption de plusieurs fonctionnaires locaux depuis interpellés.

La liste ne s'arrête pas là. En 2015, le club Colectiv de Bucarest, en Roumanie, avait connu un sort identique - des artifices déclenchant un incendie meurtrier qui avait fait 64 morts. À Rhode Island, aux États-Unis, en 2003, une scène surchargée de matériaux inflammables avait causé la mort d'une centaine de personnes prises au piège d'un couloir devenu un goulot d'étranglement. Le bilan le plus lourd reste toutefois brésilien - 242 morts au club Kiss, à Santa Maria, en 2013, une partie des victimes retrouvées entassées contre une sortie verrouillée.

 Ce que ces incendies ont en commun

D'un continent à l'autre, le même schéma revient avec une régularité glaçante - une source d'ignition banale, un court-circuit, un feu d'artifice, une salle bondée, et des issues de secours insuffisantes, bloquées ou tout simplement absentes. Ce n'est presque jamais l'incendie lui-même qui tue le plus grand nombre. C'est l'écart entre la capacité affichée d'un lieu et sa capacité réelle à évacuer les gens qui s'y trouvent.

À Kočani, l'enquête a fini par établir que l'établissement fonctionnait sans autorisation, et que cette situation avait perduré grâce à la complicité de plusieurs responsables locaux, depuis interpellés. À Sattahip, c'est une extension de bâtiment non déclarée et des issues de secours condamnées qui ont scellé le sort des victimes. Le fil conducteur n'est donc pas seulement technique - il est aussi administratif. Des inspections qui existent sur le papier, des licences accordées sans contrôle réel, et des contrôles renforcés uniquement après le drame, jamais avant.

À Bangkok, comme à Kočani ou Sattahip avant elle, l'enquête déterminera sans doute une cause technique précise. Mais l'histoire de ces incendies, répétée depuis Rhode Island jusqu'en Roumanie, pointe vers une autre cause, plus difficile à corriger - des règles de sécurité qui existent sur le papier, et que personne, jusqu'au jour du drame, ne prend la peine de faire respecter.

Reste la question qui plane, immuable, au-dessus de chaque nouveau bilan macabre - combien de bars, ce soir encore, rouvriront leurs portes sans que quiconque n'ait vérifié où mènent leurs issues de secours ?

Par la rédaction • L'Appel · L'Appel
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