Un président qui referme un chapitre s’adresse une dernière fois à ses armées
Sommet de la Coalition des volontaires à l'Hôtel des Invalides, Volodymyr Zelensky reçu à Paris, cinq cents soldats étrangers appelés à ouvrir le défilé du 14 juillet. Emmanuel Macron a prononcé lundi son traditionnel discours aux armées dans un contexte que peu de ses prédécesseurs ont connu, celui de sa propre sortie de scène programmée.
Il y a neuf ans, un jeune président fraîchement élu s'exprimait pour la première fois devant les plus hautes autorités militaires françaises à l'Hôtel de Brienne. Lundi 13 juillet, c'est un homme en fin de mandat qui a prononcé son ultime discours aux armées avant l'échéance présidentielle de 2027, dans une France qui accueillait le même jour Volodymyr Zelensky et une vingtaine de dirigeants alliés.
Une capitale sous tension diplomatique
Avant même que le chef de l'État ne prenne la parole devant les armées, Paris avait accueilli, ce même lundi, un sommet de la Coalition des volontaires réunissant au moins vingt-cinq chefs d'État et de gouvernement à l'Hôtel des Invalides. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky y a participé, aux côtés notamment de nouveaux membres, la Moldavie et la Macédoine du Nord ont rejoint cette coalition initiée par Paris et Londres, qui en regroupe désormais plus d'une trentaine.
L'objectif affiché par l'Élysée était double, amplifier le soutien militaire à l'Ukraine et accentuer la pression sur la Russie, tout en poussant à une reprise des négociations de paix. Les dirigeants réunis entendaient consolider les engagements pris lors des sommets du G7 à Évian et de l'Otan à Ankara, où les pays occidentaux se sont engagés à fournir à l'Ukraine, pour la seule année 2026, une aide militaire évaluée à 70 milliards d'euros. Le renforcement de la défense antiaérienne ukrainienne, notamment via une production sous licence de missiles intercepteurs Patriot sur le sol ukrainien, figurait parmi les dossiers centraux de la journée.
Vingt-cinq chefs d'État et de gouvernement réunis à Paris le même jour que le discours aux armées, un télescopage diplomatique rare à la veille d'une fête nationale.
Cinq cents soldats étrangers dans le défilé
Signe de cette convergence entre le rendez-vous militaire national et l'agenda ukrainien, quelque cinq cents soldats appartenant aux États membres de la Coalition des volontaires ouvriront mardi le défilé du 14 juillet sur les Champs-Élysées. Une participation étrangère de cette ampleur demeure une singularité pour un défilé militaire organisé par une démocratie occidentale à l'occasion de sa fête nationale.
Ce choix traduit une volonté assumée par l'exécutif français de transformer la parade annuelle en démonstration politique autant que militaire. Le message adressé à Moscou, mais aussi implicitement à une administration américaine jugée à Paris moins constante dans son soutien à Kiev, tient en une formule reprise dans plusieurs cercles diplomatiques, celle d'un réveil stratégique de l'Europe qui n'attend plus l'aval de Washington pour organiser sa propre sécurité.
Le poids d'un effort budgétaire déjà voté
Le discours de cette année s'inscrit dans la continuité d'un chantier engagé depuis plusieurs mois. Le 1er juillet, l'Assemblée nationale avait déjà approuvé, par 375 voix contre 113, après un vote favorable du Sénat la veille, une actualisation de la loi de programmation militaire portant l'investissement consacré aux armées à 436 milliards d'euros à l'horizon 2030, soit 36 milliards de plus que l'enveloppe initialement prévue.
L'actualisation de la loi de programmation militaire, déjà votée début juillet, porte l'effort de défense français à 436 milliards d'euros d'ici 2030.
Cette hausse, qui vise à terme 2,5 % du produit intérieur brut consacré à la défense, avait suscité des réserves jusque dans les rangs favorables au texte, la députée socialiste Anna Pic avait notamment déploré l'absence de clarté sur le financement des 36 milliards supplémentaires, tandis que les groupes La France insoumise, écologiste et communiste avaient voté contre, en désaccord avec l'orientation générale de la politique militaire menée. Le rapporteur du texte, le sénateur Les Républicains Cédric Perrin, avait quant à lui jugé les moyens proposés encore insuffisants au regard des menaces identifiées.
Une allocution chargée d'une portée particulière
Au-delà du contenu budgétaire et diplomatique, cette édition du discours aux armées revêt une charge symbolique inédite, elle marque la dernière participation d'Emmanuel Macron à cet exercice en tant que chef de l'État, avant l'échéance présidentielle de 2027. Un président qui, depuis l'Hôtel de Brienne il y a neuf ans, avait fait du renforcement de l'effort de défense une constante de ses deux mandats, clôture ainsi ce rituel annuel dans un moment où la guerre en Ukraine, loin de s'éteindre, continue de redessiner les équilibres stratégiques du continent européen.
Le télescopage entre ce discours, le sommet ukrainien tenu aux Invalides et la présence programmée de troupes étrangères dans le défilé du lendemain dessine ainsi les contours d'une fête nationale résolument tournée vers l'extérieur, à un moment où la trajectoire politique intérieure française, avec la perspective de la présidentielle de 2027 déjà évoquée par plusieurs responsables politiques, commence elle aussi à s'esquisser.