Des automobilistes ont roulé à contresens pour fuir les flammes : la région parisienne a vu, ce dimanche, ses tout premiers avions bombardiers d’eau
Deux incendies distincts ont franchi deux autoroutes et une ligne à grande vitesse en Seine-et-Marne, forçant l'État à déployer, pour la première fois de son histoire, des Dash venus du sud de la France au-dessus de l'Île-de-France
Sur la bande d'arrêt d'urgence de l'autoroute A6, des voitures font demi-tour à la hâte, d'autres roulent à contresens pour s'éloigner du mur de fumée qui s'élève au-dessus de la forêt de Fontainebleau. Il est un peu plus de 20h45 ce dimanche 12 juillet quand l'autoroute est officiellement coupée dans les deux sens, sur une vingtaine de kilomètres entre Noisy-sur-École et Nemours. À 22 heures, le feu qui a démarré en fin d'après-midi a déjà parcouru 300 hectares. Les pompiers le qualifient, sans détour, de « très virulent ».
Un talus, puis toute une forêt
Tout commence vers 16h40 en bordure de l'autoroute, sur la commune de Noisy-sur-École, au cœur du massif des Trois Pignons qui jouxte la forêt de Fontainebleau. Les flammes, encore modestes à cette heure, ne semblent d'abord concerner qu'un simple talus routier.
« Le feu est parti du bas-côté et s'est propagé à la forêt »
Un porte-parole des pompiers de Seine-et-Marne
En quelques heures à peine, ce foyer isolé se transforme en incendie majeur. Vers 20 heures, les premiers bilans font état d'une quinzaine d'habitations évacuées par précaution et d'environ 16 hectares parcourus par les flammes. Deux heures plus tard à peine, la surface brûlée a été multipliée par près de vingt, atteignant 300 hectares selon le dernier point communiqué par le service départemental d'incendie et de secours.
Une première historique dans le ciel francilien
Face à l'ampleur de l'embrasement, les autorités ont pris une décision sans précédent dans la région parisienne : l'envoi de deux avions bombardiers d'eau de type Dash, l'un depuis Bordeaux, l'autre depuis Nîmes, appuyés par deux hélicoptères bombardiers d'eau supplémentaires. Jusqu'ici, ce type d'appareil, habituellement réservé aux grands massifs du sud de la France, n'avait jamais été mobilisé au-dessus de l'Île-de-France.
« Ce déploiement de bombardiers en Île-de-France est une première »
- Eric Brocardi, lieutenant-colonel, porte-parole de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France Une centaine de sapeurs-pompiers sont mobilisés de part et d'autre de l'autoroute coupée. Le commandant Paul Laurain, porte-parole des pompiers du département, a prévenu dès dimanche soir que l'opération ne se réglerait pas en quelques heures.
« De fortes chances que ce chantier s'étale sur plusieurs jours »
Paul Laurain, commandant, porte-parole des pompiers de Seine-et-Marne
Un second incendie, une autoroute et un TGV à l'arrêt
Ce brasier n'est pas isolé. Quelques heures plus tôt, vers 13h45, un premier feu s'était déjà déclaré plus au sud, à l'ouest de la commune des Écrennes, dans un champ de chaume asséché par la sécheresse et la chaleur. Attisé par le vent, il a rapidement franchi l'autoroute A5 puis la ligne à grande vitesse Sud-Est, obligeant à fermer temporairement l'autoroute, la voie ferrée et deux routes départementales, tandis qu'un poste de commandement était installé au Châtelet-en-Brie.
Ce premier incendie, qui a lui aussi détruit environ 300 hectares de chaume, a finalement été fixé en fin d'après-midi. Mais les perturbations ferroviaires, elles, se sont prolongées bien après que les flammes ont cessé de progresser.
« Les détournements vers d'autres voies entraînent d'importants retards sur plusieurs TGV »
Philippe Tabarot, ministre des Transports
Une forêt déjà à bout de forces
Ces deux incendies dominicaux s'ajoutent à un troisième foyer, plus modeste mais toujours actif, qui couve depuis samedi matin dans un autre secteur de la forêt de Fontainebleau : 4,2 hectares de végétation détruits, un feu fixé mais non éteint, qui avait mobilisé jusqu'à 80 pompiers de Seine-et-Marne et de l'Essonne samedi après-midi, appuyés par un hélicoptère venu de Savoie.
L'Office national des forêts avait, ces derniers jours, tiré la sonnette d'alarme sur l'état du massif, où des chênes centenaires meurent directement de la chaleur accumulée pendant les canicules successives de cet été, avant même qu'aucune flamme ne les atteigne. Une fragilité qui rend chaque nouveau départ de feu plus difficile à circonscrire que le précédent.
Ce dimanche soir, alors que les Dash entament leurs premières rotations au-dessus des Trois Pignons, une question domine les échanges entre pompiers mobilisés sur le terrain : combien de temps une forêt déjà affaiblie par la sécheresse pourra-t-elle continuer à absorber des incendies d'une telle ampleur, sans que l'un d'eux ne finisse par lui être fatal ?