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Yémen : des morts et des blessés, dont des enfants, dans des bombardements houthis sur Taïz, alors que de violents combats précèdent une offensive majeure

La voix de ceux qui n'ont pas de voix
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Des civils tués puis blessés en quatre jours par des tirs attribués aux Houthis, vingt frappes aériennes gouvernementales en trois heures, dix-neuf routes déclarées dangereuses. La province de Taïz vit son escalade la plus grave depuis la trêve de 2022, alors que Riyad prépare une offensive.

Six civils, dont deux enfants et une femme, ont été blessés vendredi par des tirs d'artillerie attribués aux rebelles houthis contre des quartiers résidentiels du centre de Taïz, selon des sources locales et l'agence officielle yéménite Saba, deux jours après la mort de cinq civils, dont un enfant de 12 ans, dans des bombardements imputés au mouvement dans la même province, selon le gouvernement yéménite.

Les obus de vendredi sont tombés sur les secteurs de l'ancien aéroport et de Wadi Al-Qadi, endommageant plusieurs habitations, selon les mêmes sources. Un autre enfant a été blessé par un tireur embusqué attribué aux Houthis près du rond-point d'Asifra, au nord de la ville, puis transporté à l'hôpital.

Mercredi 30 septembre, la ministre yéménite des Affaires juridiques, Ishraq al-Maqtari, avait fait état de cinq morts dans plusieurs bombardements, selon l'agence turque Anadolu reprise par A News. Un garçon de 12 ans a été tué par un obus de mortier dans le quartier de Salah alors qu'il rentrait de l'école, quatre personnes sont mortes dans la ville d'Al-Turbah frappée par un missile balistique, et une femme a été tuée et son enfant blessé dans le secteur d'Al-Ahyuq, dans le district d'Al-Wazi'iyah.

Aucune réaction des Houthis à ces accusations n'a été relevée dans les sources consultées. Les bilans n'ont pas pu être vérifiés de manière indépendante.

Un garçon de 12 ans tué par un obus de mortier en rentrant de l'école.

- Selon la ministre yéménite Ishraq al-Maqtari

vingt frappes en trois heures

Le gouvernement yéménite, reconnu par la communauté internationale, a, de son côté, nettement intensifié ses opérations aériennes. Son porte-parole militaire, le colonel Majed Al-Nazili, a annoncé que l'aviation avait mené 20 frappes en trois heures contre des positions, des rassemblements, des véhicules et des équipements attribués aux Houthis dans la province, selon Reuters.

Les secteurs visés comprennent Himyar, Bani Bakari, Sama, Al-Aqroudh, la rue des Soixante, Al-Amour, Midi Bani Hassan et Al-Wazi'iyah. Le gouvernement affirme que les frappes ont atteint leurs cibles. Une série antérieure de 13 frappes aurait détruit un char et plusieurs véhicules dans les secteurs d'Al-Radhaa, Al-Aqroudh, Bani Bakari, Al-Kadha, Jabal Naaman, Al-Ajram et Al-Marzam, selon des sources gouvernementales.

Selon Reuters, il s'agit de l'escalade la plus grave entre l'Arabie saoudite et les Houthis alignés sur l'Iran depuis la trêve négociée par les Nations unies en 2022. Le quotidien Asharq Al-Awsat fait état de combats d'une intensité inédite depuis des années, et de 468 frappes aériennes gouvernementales sur trois fronts depuis le début de l'escalade, un chiffre qui n'a pas pu être vérifié de manière indépendante.

Les médias proches des Houthis ont, de leur côté, fait état de frappes sur Saada, Sanaa, Ibb et Amran, selon Euronews en arabe.

des combats sur une dizaine de fronts

Au sol, des affrontements ont été signalés depuis l'aube à Bani Omar, Rasin, Bani Bakari, Al-Kadha, Sama, Al-Aqroudh, Al-Zanouj, Asifra, sur le front nord de la ville, ainsi qu'à Himyar, dans le district de Maqbanah, et à Jabal Han.

Selon des sources militaires progouvernementales, les forces gouvernementales et la « résistance populaire » ont repoussé plusieurs attaques et repris des positions à Bani Omar, notamment le village d'Aswan et les abords de l'école Al-Irshad, dans le district de Jabal Habashi, après une avancée houthie la veille. À Rasin, elles disent avoir repoussé un assaut appuyé par des dizaines de véhicules et de blindés.

Ces mêmes sources affirment avoir capturé près de 20 combattants houthis et saisi deux blindés à Sama, et évoquent une trentaine de combattants houthis tués et une cinquantaine de blessés à Al-Aqroudh. Plus au sud, les Brigades des Géants disent avoir détruit deux véhicules militaires, dont un blindé, près de Kahboub, à proximité du détroit de Bab el-Mandeb. Ces bilans émanent d'une seule partie et n'ont pas été confirmés de manière indépendante. Les Houthis n'ont pas communiqué de bilan de leurs pertes.

Selon Asharq Al-Awsat, 23 obus de mortier ont en outre été tirés sur des villages du secteur de Dhubab, à l'ouest de Taïz, sans bilan précis.

Les bilans viennent d'un seul camp. Aucun n'a été vérifié de façon indépendante.

dix-neuf routes à éviter

Face à l'intensification des combats, les forces armées yéménites ont demandé aux civils, aux conducteurs et aux transporteurs d'éviter jusqu'à nouvel ordre 19 axes routiers de la province et des zones voisines. Elles affirment que les Houthis s'en servent pour acheminer combattants et ravitaillement militaire.

Parmi ces axes figurent la route reliant Sanaa à Dhamar, Ibb, Al-Qa'idah et Al-Hawban, celles qui mènent d'Al-Hawban vers Al-Dimnah, Al-Rahedah, Haifan et Al-Qubaytah, ainsi que les liaisons d'Al-Kadha vers Mawza, Al-Wazi'iyah et Mokha, et d'Al-Wazi'iyah vers Dhubab. Reuters précise que la principale route reliant le sud de Sanaa à Taïz est concernée.

La mesure est particulièrement lourde pour Taïz, ville longtemps assiégée dont les habitants dépendent de quelques routes pour la nourriture et les médicaments. Début septembre déjà, un missile balistique avait frappé un bus et un camion sur la route de Hijjah Al-Abd, qui relie Taïz à Aden, faisant plusieurs victimes civiles, selon Yemen Monitor.

aden sous tension

À Aden, capitale provisoire du gouvernement, cinq fortes explosions ont été entendues à l'aube vendredi, selon des sources locales citées par Yemen Monitor. Les premières informations évoquaient des projectiles balistiques et des drones visant des installations du district d'Al-Burayqah, dont des positions de la coalition et des forces du « Bouclier de la nation », ainsi qu'une cimenterie. L'origine exacte des explosions n'a pas été confirmée. Une intense activité de la défense antiaérienne a suivi.

Dans la journée, Abdulrahman Al-Muharrami, membre du Conseil de direction présidentiel, a présidé une réunion militaire avec les responsables des opérations conjointes et les commandants de la septième division des forces du Sud. Il a affirmé que les fronts de Sabihah, de Taïz et de Kahboub connaissaient une intensification des opérations, et a ordonné de renforcer la préparation et la vigilance sur les lignes de contact.

riyad prépare une offensive

L'escalade de Taïz intervient alors que l'Arabie saoudite prépare une offensive contre les Houthis, a rapporté Reuters vendredi en citant six sources informées, dont des responsables du Golfe et du Yémen et des diplomates occidentaux.

Deux options sont à l'étude, selon l'agence. La première est un assaut limité sur la côte, autour du détroit de Bab el-Mandeb. La seconde est une offensive plus large sur plusieurs fronts, dans les provinces d'Al-Bayda, de Marib, de Taïz et d'Al-Jawf. L'opération serait menée par des forces yéménites encadrées par Riyad, avec un appui aérien saoudien, et pourrait mobiliser plus de 100 000 soldats yéménites. Le calendrier évoqué va d'une semaine à l'après-élections de mi-mandat américaines, début novembre.

Toujours selon Reuters, les États-Unis fourniraient du renseignement et des informations de ciblage. Le Pakistan a déployé entre 30 000 et 40 000 soldats en Arabie saoudite pour la défense des frontières et l'interception aérienne, et a envoyé à Aden quatre avions cargo chargés de systèmes de défense aérienne, d'artillerie légère et de drones. La France a annoncé l'envoi de systèmes défensifs et de militaires pour protéger le port saoudien de Yanbu. Les Houthis n'ont pas répondu aux sollicitations de l'agence.

L'ancien ambassadeur américain Michael Ratney a estimé, selon Reuters, que l'opération serait probablement « assez limitée » et viserait surtout à reprendre des zones côtières. Une réunion d'urgence des membres du Pacte de défense de La Mecque, dont l'Arabie saoudite, la Turquie et le Pakistan, doit par ailleurs se tenir à Riyad, notamment pour examiner la possibilité d'un dialogue politique avec les Houthis.

Plus de 100 000 soldats yéménites pourraient être mobilisés, selon Reuters.

pourquoi taïz compte

Selon Reuters, le contrôle de Taïz donnerait aux Houthis une domination complète sur le nord du Yémen, renforcerait leur emprise sur la côte de la mer Rouge et leur permettrait de menacer davantage les accès à Aden et au détroit de Bab el-Mandeb, par lequel transite une part importante du commerce maritime mondial.

Les tensions entre Riyad et les Houthis se sont aggravées ces dernières semaines. L'Arabie saoudite accuse le mouvement d'avoir visé une station de distribution électrique d'Al Madinah Al Munawwarah alimentant la Mosquée du Prophète et dit avoir intercepté un drone houthi au sud de La Mecque. Les Houthis démentent. Une source militaire houthie a affirmé à Reuters que ces accusations visaient à masquer l'« échec » saoudien à prouver des accusations antérieures.

une crise humanitaire aggravée

Selon le Programme alimentaire mondial (PAM), cité par Reuters, 74 % des familles vivant dans les zones contrôlées par le gouvernement souffrent d'une forme de faim. La reprise des combats a déplacé des dizaines de milliers de personnes, dont beaucoup arrivent autour d'Aden et de Taïz sans eau ni nourriture suffisantes.

Le PAM assiste environ 1,4 million de personnes et considère quelque 152 000 nouveaux déplacés comme particulièrement vulnérables. Il dit avoir besoin de 109 millions de dollars supplémentaires pour maintenir ses opérations essentielles.

Les civils sont touchés des deux côtés de la ligne de front. Le 27 septembre, une frappe contre un marché de la province de Taïz a fait sept morts et 40 blessés, dont des enfants, selon le ministère de la Santé contrôlé par les Houthis. Des sources militaires gouvernementales citées par Reuters ont affirmé qu'un camp militaire houthi venait d'être installé à proximité. Les Nations unies ont récemment averti que des camps de déplacés et des centres de santé avaient été touchés.

Soixante-quatorze pour cent des familles des zones gouvernementales souffrent de la faim, selon le PAM.

ce qui reste incertain

Plusieurs éléments restent à établir : l'origine des explosions d'Aden, l'ampleur réelle des pertes dans les deux camps, les gains territoriaux revendiqués par chaque partie, ainsi que la date et l'ampleur de l'offensive saoudienne évoquée par Reuters. Aucune annonce officielle n'a confirmé à ce stade son déclenchement.

Sur le terrain, la population de Taïz, déjà marquée par des années de siège, voit de nouveau les obus tomber sur ses quartiers et ses routes se fermer, avant même que la bataille annoncée n'ait commencé.

Par Abdulaziz Al-Sabri L’APPEL · L'Appel
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