Plus de 5 000 interpellations en cinq jours, une mobilisation en recul de 30 %, un lycéen de Tours qui a perdu l'usage d'un œil, et un ministre qui promet un plan contre les absences de professeurs. Les syndicats enseignants appellent à la grève mardi.
La police a interpellé 1 747 personnes vendredi en marge des blocages de lycées, portant à plus de 5 000 le nombre d'interpellations depuis lundi, a annoncé le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez, alors que la mobilisation a reculé de 30 % par rapport à la veille et que les syndicats enseignants appellent à la grève mardi 6 octobre.
« Il y a eu 735 établissements concernés par la mobilisation, c'est 30 % de moins », a déclaré le ministre vendredi soir sur TF1, cité par Le Figaro. Des violences urbaines ont été recensées aux abords de 158 établissements, avec des jets de projectiles et des personnes prises à partie, qu'il s'agisse de policiers, d'enseignants, de journalistes ou de passants, a-t-il précisé. Selon lui, les forces de l'ordre interviennent lorsqu'il y a des débordements.
Le ministre de l'Éducation nationale, Édouard Geffray, a fait état de trois membres du personnel blessés vendredi, contre 31 la veille.
Le nombre d'interpellations reste élevé malgré la baisse du nombre d'établissements touchés. La veille, jeudi, le ministère de l'Intérieur avait recensé 1 949 interpellations, un record depuis le début du mouvement.
Il y a eu 735 établissements concernés, c'est 30 % de moins.
- Laurent Nuñez, ministre de l'Intérieur, sur TF1
tours, un œil perdu
À Tours, le lycéen de 16 ans blessé mercredi lors du blocage du lycée Balzac a perdu l'usage de son œil droit, a indiqué vendredi la procureure de la ville, Catherine Sorita-Minard, à l'AFP, confirmant une information du quotidien La Nouvelle République. L'adolescent est toujours hospitalisé et a été entendu vendredi par l'Inspection générale de la police nationale (IGPN), qui mène l'enquête.
La procureure avait indiqué mercredi que ses lésions étaient « compatibles avec l'impact d'une balle de défense de type LBD ». Selon la préfecture d'Indre-et-Loire, l'élève a été pris en charge alors que les forces de l'ordre, venues avec les pompiers éteindre plusieurs incendies, étaient visées par des jets de projectiles. Les circonstances exactes du tir restent à établir par l'enquête.
Le cas de Tours est l'un des quatre dossiers confiés à l'IGPN depuis le début du mouvement pour des blessures de mineurs, avec ceux de Saint-Ouen-l'Aumône, de Sevran et d'Argenteuil.
un plan contre les absences de professeurs
Après avoir reçu vendredi, pour la première fois, les organisations lycéennes, Édouard Geffray a annoncé le lancement dès la semaine prochaine d'un « plan d'action » destiné à accélérer « sensiblement » le remplacement des professeurs absents. Les remplacements seront prioritaires dans les classes à examen, notamment en première et en terminale, selon Le Figaro.
Sur les rythmes scolaires, autre revendication majeure des élèves, le ministre a promis « un travail de fond », tout en reconnaissant qu'il ne pourrait pas trancher pour la rentrée 2027, notamment en raison de l'élection présidentielle. « Nous avons des lycéens qui sont souvent consultés, mais pas toujours entendus », a-t-il reconnu, en appelant à travailler sur la « démocratie scolaire ».
Il a défendu son budget pour 2027, en hausse de 1,2 milliard d'euros, à plus de 64 milliards d'euros. Selon lui, ce budget permettra de réduire le nombre d'élèves par classe dans le primaire comme dans le secondaire, et de créer 300 postes d'infirmiers, de psychologues et d'assistants sociaux.
Les organisations lycéennes ont jugé ces annonces insuffisantes. À la sortie de la réunion, leurs représentants ont dit avoir obtenu « un certain nombre de réponses » sur le temps scolaire, la santé mentale et l'état des bâtiments, mais pas d'« engagements concrets ». Elles appellent à poursuivre la mobilisation.
Des lycéens souvent consultés, mais pas toujours entendus.
- Édouard Geffray, ministre de l'Éducation nationale
les enseignants appellent à la grève
Les syndicats d'enseignants de la FSU, dont le SNES-FSU, majoritaire dans le second degré, ainsi que le SNUEP-FSU et le SNEP-FSU, appellent les personnels à la grève mardi 6 octobre, en soutien aux revendications des lycéens. Dans leur communiqué, ils réclament davantage de moyens pour l'enseignement secondaire public, des effectifs suffisants, des bâtiments rénovés et des classes moins chargées. Ils dénoncent aussi la « répression policière », qui « doit cesser ».
Les syndicats demandent aux enseignants d'être présents aux abords des établissements pour permettre une mobilisation pacifique et tenir à l'écart les éléments violents extérieurs. La CGT et Solidaires ont également appelé à rejoindre la journée de mardi.
une réponse judiciaire « pédagogique »
Dans les Hauts-de-Seine, où près de 200 personnes ont été placées en garde à vue en lien avec les blocages, le procureur de Nanterre, Yves Badorc, a plaidé pour une réponse judiciaire « rapide » et « dissuasive », mais aussi « pédagogique », dans un entretien à l'AFP. Selon lui, près de 90 % des adolescents mis en cause n'ont aucun antécédent judiciaire, et la plupart ont été interpellés pour violences sur personne dépositaire de l'autorité publique.
Près de la moitié des jeunes poursuivis dans le département ont été déférés. Parmi eux, 57 % ont fait l'objet d'une mesure alternative aux poursuites, comme un stage de citoyenneté ou une réparation pénale. Un peu plus de 16 % des gardes à vue se sont terminées par un classement sans suite. Une seule jeune majeure, âgée de 18 ans, a comparu mercredi selon la procédure de comparution immédiate, un choix de poursuite « politique » selon son avocat. Elle sera jugée début décembre.
« Il faut qu'on puisse comprendre pourquoi des élèves qui n'ont jamais eu de problème peuvent aller et souhaitent d'abord aller au contact des policiers », a déclaré le magistrat. Il annonce un travail avec la Protection judiciaire de la jeunesse et l'Éducation nationale, et souhaite « impliquer les parents sans les stigmatiser ».
Près de 90 % des adolescents mis en cause n'ont aucun antécédent.
- Yves Badorc, procureur de Nanterre
À Belfort, deux jeunes hommes de 18 ans interpellés lors des mobilisations ont été jugés jeudi en comparution immédiate, a rapporté L'Est Républicain. Poursuivis notamment pour des jets de projectiles et des violences contre les forces de l'ordre, l'un a été condamné à un an de prison avec sursis probatoire, l'autre à 140 heures de travail d'intérêt général. Ce dernier a aussi reconnu avoir incendié une poubelle.
réactions politiques
L'eurodéputé Raphaël Glucksmann (Place publique), candidat à la primaire de la gauche, a jugé dans Le Parisien que la réponse du gouvernement n'était « pas à la hauteur ». Il a estimé que l'appel du ministre de l'Éducation aux parents était « le signe d'un ministre aux abois depuis le premier jour de la contestation ». Il a aussi regretté que « la violence des casseurs » menace d'« étouffer » un mouvement dont les revendications sont, selon lui, « parfaitement légitimes ».
et maintenant
Le mouvement, parti le 21 septembre de lycées du Val-de-Marne et de la Seine-Saint-Denis, entre dans sa deuxième semaine avec deux dynamiques opposées. Le nombre d'établissements mobilisés recule et les violences se concentrent sur un nombre plus limité de sites. Dans le même temps, la contestation s'élargit aux enseignants et aux confédérations syndicales, qui donnent rendez-vous mardi 6 octobre.
Entre-temps, le ministère de l'Éducation doit présenter son plan sur les remplacements, et la justice doit traiter des milliers de procédures concernant, pour l'essentiel, des mineurs sans antécédents.






