Soixante et une interpellations dans le Doubs, treize membres des forces de l'ordre blessés, une centaine de jeunes masqués repérés dans Besançon. Le maire appelle à l'apaisement, le préfet dénonce des groupuscules. Jeudi, la mobilisation lycéenne a montré à Besançon ses deux visages.
Soixante et une personnes ont été interpellées jeudi dans le Doubs en marge des blocages de lycées et treize membres des forces de l'ordre ont été blessés, onze policiers et deux gendarmes, a indiqué la préfecture, tandis que le maire de Besançon, Ludovic Fagaut, appelait au calme et à ne pas confondre manifestants et casseurs.
Les personnes interpellées sont soupçonnées de tirs de mortiers d'artifice, de dégradations de mobilier urbain et de jets de projectiles, selon le bilan communiqué par la préfecture à 18 heures et rapporté par le site Toutmontbéliard. Quelque 205 agents de l'État ont été mobilisés dans le département, et les sapeurs-pompiers sont intervenus à quinze reprises pour des feux de poubelles et de mobilier urbain.
À Besançon, une policière a été légèrement blessée à l'omoplate par un projectile devant le lycée Jules-Haag, selon le site macommune.info. Une jeune femme a été interpellée au lycée Victor-Hugo dans le cadre d'un départ de feu, et trois autres personnes en centre-ville lors de heurts entre individus masqués et forces de l'ordre, a indiqué la mairie.
Soixante et une interpellations dans le Doubs en une seule journée.
Le maire appelle à ne pas confondre
Le maire de Besançon, Ludovic Fagaut, a appelé jeudi « au calme et à l'apaisement » après les incidents. Il a fait état de quelque 150 jeunes masqués repérés en différents points de la ville et d'un véhicule de gendarmerie visé par des projectiles, selon macommune.info.
« La sécurité de nos lycéens et de l'ensemble des Bisontins est ma priorité absolue », a-t-il déclaré, en appelant chacun « à la responsabilité, au sang-froid et au refus de l'amalgame entre casseurs et manifestants ». Il a mis en garde contre toute « instrumentalisation politique » qui favoriserait les débordements et contre les tentatives de récupération de la mobilisation lycéenne.
Le préfet dénonce des groupuscules
Le préfet du Doubs, Rémi Bastille, a pour sa part indiqué que les forces de sécurité intérieure, en lien avec les chefs d'établissement, assuraient une présence aux abords des lycées pour prévenir violences et dégradations et garantir à la majorité des élèves l'accès à leurs cours.
Il a affirmé que des incidents avaient « parfois été provoqués par des groupuscules cherchant la confrontation avec les forces de l'ordre ». Manifester « est un droit », mais qui ne peut « s'exercer que dans le respect de la loi », a-t-il rappelé, en saluant le professionnalisme des forces mobilisées et en condamnant fermement toute violence à leur encontre.
Le maire refuse l'amalgame, le préfet pointe des groupuscules. Les deux tracent la même frontière.
Jules-Haag et Condé, les points chauds
La police et les pompiers étaient mobilisés dès 7 h 50. Au lycée professionnel Condé, plus d'une centaine de lycéens ont bloqué l'établissement en début de matinée. Des déchets ont été incendiés puis jetés dans la fontaine de la place Marulaz. Un policier a ramassé un mortier d'artifice en mettant les jeunes en garde contre le danger. Le blocage s'est essoufflé vers 10 h 20, selon macommune.info.
Au croisement des rues Marulaz et d'Arènes, la cheffe de file de l'opposition municipale La France insoumise, Séverine Véziès, s'est interposée face aux forces de l'ordre en leur reprochant de viser les jeunes. Un policier lui a répondu de s'adresser à sa hiérarchie.
La situation s'est tendue vers 11 h 30 au lycée Jules-Haag, dans le quartier de Montjoux. Des policiers ont essuyé des jets de pierres et des tirs de mortiers, et ont répliqué par des grenades lacrymogènes. Des affrontements se sont étendus du parvis de l'établissement jusqu'à l'avenue Villarceau. Les camions de pompiers y ont été caillassés, sans affrontement direct avec les sapeurs-pompiers, selon le site d'information local.
Le lycée Victor-Hugo a également été touché par des départs de feu. Les pompiers sont intervenus principalement pour des poubelles et des abribus incendiés.
Pasteur, Pergaud, Sainte-Famille, des blocages paisibles
Ailleurs, la mobilisation est restée calme. Devant le lycée Pergaud, environ 300 jeunes se sont rassemblés avec pancartes et slogans pour réclamer de meilleures conditions d'études et davantage de moyens pour l'Éducation nationale, avant de rejoindre d'autres établissements du centre-ville.
Au lycée Pasteur, les élèves ont organisé une mobilisation en musique, avec goûter et partie de football. Vers 12 h 20, ils se sont opposés à des jeunes venus d'autres établissements qui lançaient des pétards, en revendiquant le caractère pacifique de leur mouvement. Au groupe scolaire privé Sainte-Famille Sainte-Ursule, une cinquantaine d'élèves ont manifesté sous la surveillance de personnels formés au dialogue et aux premiers secours, selon sa directrice, Marie de Rumigny. Aucune perturbation n'a été signalée au lycée Saint-Paul.
L'après-midi, un cortège d'environ 200 personnes parti du lycée Pasteur s'est rendu devant le rectorat sous escorte policière. Les lycéens y ont lu leurs revendications et scandé des slogans visant le Premier ministre Sébastien Lecornu et le recteur Pierre Moya. La porte-parole du cortège a assuré qu'ils ne cherchaient « ni la police, ni les problèmes ». Le rassemblement s'est dispersé sans incident vers 14 h 50.
À Pasteur, les lycéens ont chassé eux-mêmes ceux qui venaient lancer des pétards.
Des revendications qui débordent l'école
Les élèves mobilisés, souvent encadrés par l'Union syndicale lycéenne, dénoncent le manque d'enseignants et les absences non remplacées. Au lycée Pasteur, un professeur de la filière STMG serait resté absent six mois, selon une lycéenne de 17 ans membre du syndicat.
Leur liste va au-delà. Ils s'opposent à la baisse des budgets de l'éducation et de la santé au profit de l'armée, à la suppression des APL et à la hausse des frais de scolarité des étudiants extra-européens. Ils réclament la revalorisation des salaires des personnels, la rénovation énergétique des bâtiments, moins d'élèves par classe, un repas végétarien à un euro et une charte des droits du lycéen. Certains contestent aussi la classe défense du lycée Pasteur, et des pancartes évoquent la Palestine ou les violences sexuelles.
Mardi déjà, lors du premier blocage du lycée Pasteur, une élève membre du syndicat avait accusé les forces de l'ordre d'avoir arraché des banderoles et poussé violemment des élèves, un récit que les autorités n'ont pas commenté. Un lycéen de Ledoux, cité par le site Plein Air, a proposé de réunir élèves, enseignants, surveillants et policiers autour d'une même table.
Le reste du Doubs et de la région
Dans le département, des incendies et des blocages ont également touché le lycée professionnel Toussaint-Louverture de Pontarlier, les lycées Germaine-Tillion et Jules-Viette de Montbéliard et le lycée Jouffroy-d'Abbans de Baume-les-Dames. À Montbéliard, où des rassemblements se tiennent depuis plusieurs jours, le préfet a qualifié la mobilisation de globalement pacifique.
À Belfort, deux jeunes, présentés comme mineurs, sont poursuivis pour des jets de cocktails Molotov et devaient être jugés en comparution immédiate, selon le site Le Trois. À Dijon, la situation a été plus tendue qu'à Besançon. Quelque 150 personnes ont tenté de forcer le portail du lycée Hippolyte-Fontaine à 7 h 30, un élève a été blessé par un mortier et hospitalisé, un cocktail Molotov a été lancé sur la voie publique, et 14 personnes ont été interpellées. Hippolyte-Fontaine et Le Castel ont été fermés jusqu'à lundi, selon Dijon Actualités et France 3.
Le conseiller régional Julien Odoul (RN) a réclamé au président de la région Bourgogne-Franche-Comté, Jérôme Durain, une réunion de crise sur la sécurité des lycées, jugeant que ces violences n'avaient « rien de spontané » et en attribuant la responsabilité à La France insoumise.
Besançon dans la moyenne nationale
À l'échelle du pays, jeudi a été la journée la plus tendue depuis le début du mouvement. Le ministère de l'Intérieur a fait état de 1 949 interpellations et de 305 policiers et gendarmes blessés, contre 625 interpellations et 83 blessés la veille. Le ministre Laurent Nuñez a dénoncé une « violence débridée ». À Nantes, le hall du lycée Nelson-Mandela a été détruit par un incendie volontaire.
Rapporté à ces chiffres, le Doubs a concentré environ 3 % des interpellations du pays jeudi. Besançon n'a pas connu les scènes les plus graves observées à Nantes, Lyon, Marseille ou Dijon, mais elle a suivi la même mécanique, des blocages majoritairement pacifiques devant certains établissements, et des affrontements localisés, attribués par les autorités à des groupes extérieurs.
Lycéens et étudiants appellent à une nouvelle journée nationale de mobilisation le mardi 6 octobre. Une assemblée générale s'est tenue jeudi soir à la faculté des lettres de Besançon. Le gouvernement a annoncé l'ouverture, lundi, d'une plateforme de concertation destinée aux lycéens.






