Bus pris d'assaut à Marseille, lycée en feu à Nantes, façade incendiée à Lyon, vingt-six campus bloqués. L'acte deux de la mobilisation lycéenne s'ouvre jeudi sur une extension aux universités et un débat sur l'interdiction de LFI.
Plusieurs bus de la Régie des transports métropolitains (RTM) ont été attaqués jeudi matin près de lycées des quartiers nord et est de Marseille, contraignant des conducteurs à abandonner précipitamment leur véhicule, l'un d'eux ayant été agressé, a indiqué la régie.
La RTM dénonce des comportements irresponsables et réclame le respect de ses agents et de ses équipements. Elle annonce un dépôt de plainte pour les agressions et les dégradations, et une adaptation temporaire de la desserte des établissements concernés pour protéger conducteurs et voyageurs.
À 10 heures, la préfecture de police des Bouches-du-Rhône recensait 40 lycées touchés par le mouvement dans le département, dont 18 bloqués et trois partiellement. La participation était alors estimée à 4 660 personnes.
À Marseille, ce sont les bus qui ont reculé devant les blocus.
Nantes, un lycée en flammes
À Nantes, un incendie s'est déclaré vers 8 heures dans le hall d'entrée du lycée Nelson-Mandela, sur l'île de Nantes, en marge des blocages. Les pompiers sont intervenus à partir de 8 h 30, et une partie de l'internat a été touchée, selon le Journal du dimanche. Des témoins disent avoir entendu une explosion.
Les transports en commun ont été coupés dans le secteur. Les CRS ont fait usage de gaz lacrymogène pour disperser la foule, selon des témoins. L'origine du feu n'était pas connue en fin de matinée. La présidente de la région Pays de la Loire, Christelle Morançais, a diffusé sur X des images du bâtiment.
Lyon, façades incendiées et lycées fermés
Dans le 8e arrondissement de Lyon, la façade du lycée Lumières a été incendiée. Le lycée Ampère, en presqu'île, a été bloqué puis fermé pour la journée, tandis que des groupes de jeunes tentaient de former un cortège vers le rectorat, selon un journaliste du Figaro sur place.
Sur la colline de Fourvière, le proviseur du lycée Saint-Just a décidé mercredi soir de fermer l'établissement, après des messages diffusés sur des groupes Snapchat de plus de 200 membres évoquant des tirs de mortiers d'artifice. Les cours y basculent à distance. Mardi, le portail avait été incendié, un fait inédit selon une salariée.
Le lycée Diderot-Martinière, sur les pentes de la Croix-Rousse, est resté fermé, ses grilles barrées de chaînes et deux fourgons de police devant l'entrée. Dans l'agglomération, la préfecture du Rhône a signalé des tirs de mortiers devant des lycées de Givors, Meyzieu et Brignais, et devant des collèges de Villeurbanne, Vaulx-en-Velin et Lyon 9e. Un collégien a été légèrement blessé au collège Schœlcher.
Le mouvement touche désormais les collèges. Un élève y a été blessé.
Vingt-six universités bloquées
La mobilisation a gagné les campus. L'Union étudiante recensait jeudi matin 26 blocages, à Paris, Strasbourg, Montpellier, Tours, Lille, Lyon, Rennes, Brest, Rouen, Poitiers, Dijon et Reims, ainsi qu'à Sciences Po Lyon et Sciences Po Rennes.
En Île-de-France, les sites de Paris Cité, Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Sorbonne Université, Nanterre et Paris 8 étaient touchés. Le campus des Grands Moulins, dans le 13e arrondissement, était muré de poubelles sous des banderoles réclamant de l'argent pour les facs et dénonçant la sélection. Un étudiant en sociologie a expliqué que le blocus avait été décidé la veille sur WhatsApp par un collectif réunissant syndicats étudiants, militants autonomes et personnels de l'université.
À La Chapelle, dans le 18e arrondissement, une centaine d'étudiants de Paris 1 chantaient face aux forces de l'ordre. Un militant de l'Union étudiante y voyait le site le plus symbolique et annonçait vouloir bloquer tous les campus de l'université. À Paris 8, à Saint-Denis, une vingtaine d'étudiants ont barricadé l'entrée en solidarité avec les lycéens, et contre la hausse des frais d'inscription des étudiants extra-européens, sans entraîner la majorité de leurs camarades.
Paris et Bordeaux, mobilisation contrastée
Au lycée Claude-Monet, dans le 13e arrondissement de Paris, une centaine d'élèves ont dressé des poubelles et accroché des banderoles réclamant moins de LBD et plus de moyens. L'accès restait possible pour ceux qui voulaient aller en cours, et une majorité d'élèves attendait à l'écart.
À Bordeaux, devant le lycée Montaigne, rue Sainte-Catherine, des élèves ont empilé des poubelles au son du rap et tiré des mortiers, en dénonçant notamment leurs emplois du temps.
Retailleau lance l'idée d'une interdiction de LFI
Sur le terrain politique, le président des Républicains, Bruno Retailleau, a franchi un cap jeudi matin. Il a posé la question de l'interdiction de La France insoumise, un parti selon lui fasciné par la violence et qui tenterait d'organiser l'insurrection. Il a reconnu que la démarche serait juridiquement très difficile, en se référant au cadre prévu par le code de la sécurité intérieure.
Pour Bruno Retailleau, les scènes devant les lycées sont une répétition générale de ce qui se produirait en 2027 en cas de victoire de Marine Le Pen. Il a appelé la gauche républicaine à se désolidariser nettement des insoumis.
Au Rassemblement national, le ton se veut plus nuancé. La nouvelle présidente du groupe RN-UDR au Sénat, Edwige Diaz, a jugé les revendications des lycéens parfaitement légitimes sur RTL, tout en accusant une extrême gauche radicalisée de les instrumentaliser. La députée Laure Lavalette a qualifié les jets d'acide de quasi-terrorisme, en attribuant les revendications aux échecs de la politique éducative d'Emmanuel Macron.
La droite parle d'interdire un parti, l'extrême droite parle de revendications légitimes.
Bagayoko persiste
Visé par un signalement au parquet, le maire insoumis de Saint-Denis, Bally Bagayoko, a maintenu jeudi ses propos sur franceinfo. Il accuse ses détracteurs de les sortir de leur contexte, rappelle avoir lui-même été aspergé de gaz lacrymogène et estime que la police crée les conditions qui poussent des jeunes sans protection à réagir.
Il a qualifié de fausse information les vidéos le montrant dansant près d'une poubelle en flammes, et contesté que l'Union syndicale lycéenne soit une annexe de LFI, alors que Louis Boyard l'a présidée et que son président actuel a été candidat insoumis aux municipales. Il dit désormais appeler les lycéens à ne pas prendre de risques inconsidérés, qui servent selon lui à noyer leur message.
Mercredi, la mobilisation avait concerné 356 établissements, contre 338 la veille, selon le ministère de l'Intérieur. Lycéens et étudiants, rejoints par l'Unef qui dénonce les suppressions de places à l'université et le gel des APL, appellent à une nouvelle journée le mardi 6 octobre. Le gouvernement doit présenter jeudi en Conseil des ministres son projet de budget pour 2027.
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