Octobre Rose s'ouvre ce jeudi dans le Doubs et partout en France. Le dépistage est gratuit, efficace, organisé. Moins d'une femme sur deux s'y rend, et la Bourgogne-Franche-Comté recule.
Neuf sur dix.
C'est la proportion de cancers du sein qui guérissent lorsqu'ils sont découverts tôt, selon l'Assurance maladie. C'est aussi le chiffre que les organisateurs d'Octobre Rose vont répéter tout le mois, de la clinique Saint-Vincent au fort de Bregille, à Besançon, jusqu'au Mammobus garé ce jeudi à Nevers.
Derrière le ruban rose, il y a une équation simple et têtue. La France dispose d'un dépistage organisé, gratuit, avec double lecture des clichés. Et pourtant, la majorité des femmes concernées ne s'y présentent pas.
Détecté tôt, il guérit neuf fois sur dix. Encore faut-il venir le chercher.
Le premier cancer des femmes
Le cancer du sein reste le plus fréquent chez les femmes en France et celui qui en tue le plus. L'Institut national du cancer (INCa) a estimé à 61 214 le nombre de nouveaux cas en France métropolitaine en 2023, et recensé 12 765 décès. L'âge médian au diagnostic est de 64 ans. Huit cancers du sein sur dix surviennent après 50 ans.
La maladie naît lorsque des cellules mammaires se multiplient de façon anormale et forment une tumeur, qui peut gagner les ganglions puis d'autres organes. Elle a cette particularité redoutable de pouvoir évoluer longtemps en silence. Découverte tard, elle impose des traitements plus lourds.
Les progrès sont pourtant réels. L'INCa fait état d'une survie nette à cinq ans de 88 % pour les femmes diagnostiquées entre 2010 et 2015. Environ six cancers sur dix sont aujourd'hui détectés à un stade précoce.
Les hommes ne sont pas épargnés. Environ 1 % des cancers du sein les touchent, souvent diagnostiqués plus tard, faute de vigilance.
Ce que l'on peut changer
L'âge reste le premier facteur de risque, avec les antécédents personnels ou familiaux et certaines mutations génétiques, dont BRCA1 et BRCA2. Mais une part de la maladie tient aux modes de vie. L'alcool, le tabac, le surpoids, la sédentarité et certains traitements hormonaux de la ménopause augmentent le risque. Selon les estimations reprises par l'INCa, la seule consommation d'alcool est associée à plus de 8 000 cancers du sein chaque année.
Les médecins rappellent aussi que le dépistage ne remplace pas l'attention à son propre corps. Une boule, une modification de la forme du sein, de la peau ou du mamelon, un écoulement inhabituel ou une douleur persistante imposent de consulter sans attendre, et sans attendre l'invitation au dépistage, réservé aux femmes sans symptôme.
Plus de 8 000 cancers du sein chaque année sont associés à l'alcool.
Un dépistage gratuit que l'on boude
Le programme national, généralisé depuis 2004, s'adresse à environ 10,8 millions de femmes de 50 à 74 ans sans facteur de risque particulier. Tous les deux ans, elles reçoivent une invitation, envoyée depuis 2024 par la Caisse nationale de l'Assurance maladie, pour une mammographie et un examen clinique chez un radiologue agréé.
Le dispositif a une singularité française. Les clichés jugés normaux sont relus par un second radiologue expert, une double lecture qui permet de repérer des cancers passés inaperçus. L'examen est pris en charge à 100 %, sans avance de frais.
La prise en charge à 100 % vaut aussi, ensuite, pour les soins liés à un cancer reconnu en affection de longue durée, mais sur la base du tarif de la Sécurité sociale. Les dépassements d'honoraires, le forfait hospitalier et certaines participations peuvent rester à la charge des patientes, en partie compensés par les mutuelles, selon l'Assurance maladie.
Malgré cela, la participation stagne sous la barre des 50 %. L'INCa l'établissait à 46,3 % pour 2023-2024, en recul de 12 % par rapport à 2010-2011. Les dernières données de Santé publique France, publiées cette année, font état d'un taux de 47,5 % en 2025, mais de 45,7 % en moyenne sur 2024-2025, contre 46,6 % sur 2022-2023.
La Bourgogne-Franche-Comté fait partie des sept régions où la participation recule, tandis que six autres, dont la Normandie et les Hauts-de-France, progressent. Santé publique France pointe un obstacle peu évoqué, les difficultés d'accès à la mammographie, conséquence possible du déclin des services de sénologie dans certains territoires.
Le dépistage est gratuit. Ce qui manque parfois, c'est un radiologue à proximité.
Besançon se met au rose
À Besançon, la mobilisation réunit la direction de la santé publique de la Ville, le Centre régional de coordination des dépistages des cancers (CRCDC) de Bourgogne-Franche-Comté, installé dans la capitale comtoise, la Ligue contre le cancer, l'Assurance maladie, le CHU, les centres d'imagerie, des associations, des entreprises et des maisons de quartier.
Le programme municipal égrène tout le mois des stands d'information et des ateliers, à la clinique Saint-Vincent et à la Polyclinique de Franche-Comté, au lycée Saint-Jean, dans les quartiers de Planoise, Grette-Butte et Montrapon-Fontaine-Écu, à la Mission locale, à la Maison du don de l'Établissement français du sang, à la préfecture du Doubs ou encore à la maison de santé Vauban. Une soirée de mobilisation est prévue au Grand Kursaal, et une initiation au Dragon Boat sur le Doubs.
Le premier grand rendez-vous sportif a lieu dimanche 4 octobre au fort de Bregille. Les Boucles Roses, organisées par l'association Les Foulées généreuses avec le comité du Doubs de la Ligue contre le cancer, proposent quatre parcours de 2, 5, 10 et 15 kilomètres, du chemin accessible aux poussettes jusqu'au trail aux fortes dénivelées. Les bénéfices sont reversés à la Ligue pour la recherche, l'aide aux malades et la prévention. Sur place, un stand de sensibilisation présentera un buste de palpation, pour apprendre les gestes de l'autoexamen.
Le CHU de Besançon participe avec des actions sur la prévention, le dépistage dès 50 ans, l'activité physique, l'accompagnement des patientes et la reconstruction mammaire, et des ateliers autour de l'autopalpation.
Du Jura à la Nièvre, un mammographe sur roues
Le calendrier régional du CRCDC recense des dizaines d'actions. Dans le Doubs, Montbéliard, Pontarlier, qui organise une Crazy Pink Run, Dole, Maîche, Valdahon ou Audincourt proposent marches, stands et ateliers. Dans le Jura, Lons-le-Saunier accueille le 10 octobre une grande journée réunissant acteurs de santé, CRCDC, CPAM et activités sportives.
La Haute-Saône, le Territoire de Belfort, la Côte-d'Or, la Saône-et-Loire et l'Yonne ont aussi leurs rendez-vous, de Vesoul à Dijon, de Belfort à Mâcon, d'Auxerre à Sens.
À Nevers, ce jeudi 1er octobre, le dispositif va plus loin que la sensibilisation. Le Mammobus Hocoia, avec un radiologue et un manipulateur en radiologie à bord, réalise des mammographies de dépistage sur rendez-vous. Une réponse concrète à l'obstacle de la distance.
Du 12 au 25 octobre, le CRCDC lance par ailleurs un défi connecté régional, gratuit et ouvert à tous, qui invite à marcher et pédaler en diffusant des messages de prévention. L'idée est d'agir à la fois sur le dépistage et sur des facteurs de risque modifiables comme la sédentarité.
À Nevers, le mammographe vient aux femmes. C'est peut-être la vraie réponse au recul du dépistage.
Après le diagnostic, plusieurs armes
Lorsque le cancer est découvert, il n'existe pas un traitement unique. Une équipe pluridisciplinaire de chirurgiens, d'oncologues, de radiothérapeutes et de médecins traitants choisit selon le type de tumeur, son stade et ses caractéristiques biologiques.
La chirurgie retire la tumeur, ou le sein dans certains cas. La radiothérapie détruit les cellules restantes dans la zone traitée. La chimiothérapie agit dans tout l'organisme. L'hormonothérapie vise les tumeurs dotées de récepteurs hormonaux, et les thérapies ciblées s'attaquent à des caractéristiques précises, comme la surexpression de la protéine HER2.
Le paradoxe d'Octobre Rose tient en deux chiffres. Un cancer guéri neuf fois sur dix lorsqu'il est pris tôt, et un dépistage gratuit boudé par plus d'une femme sur deux. Les rubans, les courses et les stands servent à rappeler l'existence d'une invitation que beaucoup laissent sans réponse.
En Bourgogne-Franche-Comté, où la participation recule, la question posée par Santé publique France pèse plus lourd que le rose des affiches. Combien de ces convocations restent au fond d'un tiroir parce que le premier cabinet de radiologie est trop loin, ou le rendez-vous trop lointain ?






