jeudi 08 octobre 2026, 12:45 📌 Ajouter L'Appel sur Google
⚡ DERNIÈRES
Actualités

Attaque à Al Madinah Al Munawwarah (Médine) : les drones houthis se rapprochent de la route stratégique du pétrole saoudien

La voix de ceux qui n'ont pas de voix
Actualités

Riyad accuse les Houthis d'avoir frappé par drone une station électrique alimentant la mosquée du Prophète. L'incident, sans coupure de courant, révèle surtout la portée atteinte par les engins yéménites, à deux pas du port par lequel le royaume contourne Ormuz.

La coalition militaire conduite par l'Arabie saoudite au Yémen a accusé jeudi les rebelles houthis d'avoir visé par un drone une station de distribution électrique d'Al Madinah Al Munawwarah, qui alimente notamment le site de la mosquée du Prophète, deuxième lieu saint de l'islam.

Selon le communiqué de son porte-parole, le général de division Turki Al-Maliki, l'attaque a frappé la station de Taibah le mardi 29 septembre à 5 h 11. Elle a mis un transformateur hors service, sans interrompre le fonctionnement du réseau électrique.

La coalition affirme que l'enquête des autorités compétentes et l'examen des débris du drone ont établi l'implication des Houthis dans la planification et l'exécution de l'opération. Elle présente l'installation comme civile et inscrit l'attaque dans une série d'actions visant, selon elle, les deux saintes mosquées de La Mecque et d'Al Madinah Al Munawwarah, susceptibles de provoquer de fortes réactions dans le monde musulman.

Le porte-parole a annoncé la poursuite des mesures de protection des lieux saints, des pèlerins et des visiteurs. Les Houthis n'avaient pas réagi jeudi soir. L'attaque n'a été rendue publique que deux jours après les faits.

Un transformateur, aucune coupure. Mais un drone yéménite au-dessus d'Al Madinah Al Munawwarah.

Une première depuis juillet

L'attaque d'Al Madinah Al Munawwarah se distingue de la plupart des précédentes. Depuis la reprise des attaques directes des Houthis contre le territoire saoudien, à la mi-juillet, Riyad annonçait le plus souvent l'interception des engins avant qu'ils n'atteignent leur cible. Cette fois, le royaume reconnaît un impact et des dégâts sur une installation civile.

Elle confirme aussi l'extension géographique de la campagne. Après le sud frontalier du Yémen, Khamis Mushait, Abha, Jizan et Najran, les frappes ont visé Taïf, Riyad, La Mecque et désormais Al Madinah Al Munawwarah, dans le nord-ouest du royaume.

Le décompte, arme par arme

Combien de projectiles les Houthis ont-ils lancés contre l'Arabie saoudite depuis juillet ? Aucune source ne publie de bilan consolidé. Un nouveau recensement, fondé uniquement sur les communiqués saoudiens et les agences internationales qui donnent un nombre précis, permet d'établir un minimum documenté.

Pour les missiles balistiques visant le territoire saoudien, le décompte atteint onze. Deux missiles ont visé les installations pétrolières de Yanbu le 25 juillet, selon des sources de sécurité grecques, une information que Riyad n'a pas confirmée. Un missile a été intercepté le 19 septembre en direction de Riyad, selon l'agence officielle SPA. Six ont été abattus le 24 septembre en direction de Taïf et de Yanbu, et deux le 26 septembre en direction de Khamis Mushait, selon la coalition.

Pour les drones, le décompte atteint six. Un engin a été revendiqué par les Houthis contre la raffinerie d'Aramco à Jizan le 9 août. Un drone a été intercepté à la mi-septembre avant d'entrer dans l'espace aérien restreint de La Mecque, déclenchant la première alerte dans la ville sainte depuis 2017, une attaque que les Houthis démentent. Un autre a été abattu le 17 septembre au-dessus de Taïf, où ses débris ont tué une personne et en ont blessé deux. Deux ont été interceptés le 26 septembre en direction de Riyad. Le sixième est celui d'Al Madinah Al Munawwarah.

À cela s'ajoute un missile balistique tiré le 5 août contre le pétrolier Wafa près de Yanbu, selon le Long War Journal, que l'on compte à part parce qu'il visait la mer et non le territoire.

Onze missiles et six drones dont le nombre est établi. Le vrai total est forcément plus élevé.

Un minimum, pas un bilan

Ces dix-sept armes ne représentent qu'un plancher. Plusieurs vagues d'attaques, parmi les plus graves, n'ont jamais été chiffrées par type d'arme. Le 27 juillet, des drones ont incendié l'usine de stabilisation du brut d'Abqaiq, la plus grande du monde, poussant Aramco à suspendre les opérations, sans que leur nombre soit connu.

Le 8 septembre, le porte-parole militaire houthi Yahya Saree a revendiqué le tir de dizaines de missiles balistiques et de drones contre Abha, Khamis Mushait, Jizan et Najran. Selon Riyad, 73 civils ont été blessés et plusieurs installations énergétiques ont pris feu. Mi-septembre, la coalition a fait état de 13 civils blessés, sept maisons et deux véhicules endommagés par plusieurs missiles et drones à Khamis Mushait, Abha et Taïf, sans en préciser le nombre.

L'organisation de recensement des conflits ACLED, qui compte les attaques plutôt que les armes, a dénombré 16 attaques contre des actifs saoudiens entre le 13 juillet et le 14 août, dont sept contre des installations pétrolières et six contre des pétroliers. Les deux méthodes ne s'additionnent pas. Elles décrivent la même réalité sous deux angles, une campagne soutenue, concentrée sur l'énergie, qui s'est intensifiée en septembre.

Analyse - Al Madinah Al Munawwarah est la province de Yanbu

Lu isolément, l'incident d'Al Madinah Al Munawwarah relève du symbole religieux. Lu sur une carte, il relève de la stratégie pétrolière. Yanbu, le grand port pétrolier saoudien de la mer Rouge, se trouve dans la même province qu'Al Madinah Al Munawwarah, à environ deux cents kilomètres de la ville sainte. Un drone capable d'atteindre une station électrique d'Al Madinah Al Munawwarah est, par définition, capable d'atteindre les terminaux de Yanbu, que les Houthis ont déjà revendiqué viser à plusieurs reprises.

Or Yanbu est devenu cette année la soupape du marché mondial. Avec la guerre entre l'Iran et les États-Unis, commencée fin février, le détroit d'Ormuz a été largement entravé. L'Arabie saoudite a basculé ses exportations vers l'oléoduc Est-Ouest, qui traverse le royaume sur plus de mille kilomètres pour déboucher à Yanbu, en contournant le Golfe.

C'est précisément ce contournement que la campagne houthie met sous pression. Les rebelles ont proclamé le 20 juillet un blocus maritime de l'Arabie saoudite, ciblé des pétroliers liés au royaume en mer Rouge et revendiqué des frappes contre Yanbu. La mer Rouge, qui devait être l'issue de secours, devient un second front.

Le drone d'Al Madinah Al Munawwarah a volé dans la province du port qui permet au royaume de contourner Ormuz.

Ce que les attaques ont déjà coûté

Les dégâts sur l'appareil pétrolier saoudien sont documentés. La raffinerie de Jizan, d'une capacité de 400 000 barils par jour, a été arrêtée après l'attaque du 25 juillet et visée au moins deux autres fois, selon World Oil. Abqaiq a suspendu ses opérations fin juillet. Le 8 septembre, des installations d'Abha et Najran, qui assurent la distribution intérieure de produits pétroliers et de gaz, ont cessé de fonctionner.

Le choc le plus lourd est pourtant venu d'ailleurs. Le 10 septembre, des drones ont frappé deux stations de pompage de l'oléoduc Est-Ouest, près d'Al Mesba'ah et d'Al Dhekra. Une première évaluation américaine les fait venir d'Irak, et l'attaque est imputée à des milices irakiennes, pas aux Houthis. L'oléoduc, d'une capacité de 7 millions de barils par jour, transportait environ 5,5 millions de barils par jour avant l'attaque. Il a été fermé le 11 septembre et n'a été relancé qu'autour du 22 septembre, à un débit d'environ 2 millions de barils par jour pour les chargements, selon Reuters et les données de suivi maritime.

Les chiffres d'exportation disent la fragilité du dispositif. En août, au plus fort de la campagne houthie, les exportations saoudiennes sont tombées à environ 2,4 millions de barils par jour, leur plus bas niveau depuis 2013, selon les données préliminaires de Kpler. Elles sont remontées au-delà de 4 millions en septembre, à mesure que les flux par Ormuz reprenaient.

Un marché nerveux, pas paniqué

Les cours ont réagi à chaque vague. Le Brent a approché les 108 dollars le 14 septembre, trois jours après la fermeture de l'oléoduc, avant de retomber à 101,71 dollars le 21 septembre, porté vers le bas par la reprise des exportations. Il a de nouveau frôlé les 108 dollars le 24 septembre, après les revendications houthies contre Yanbu, puis clôturé la semaine à 104,30 dollars, freiné par les discussions entre Washington et Téhéran sur une réouverture d'Ormuz. Jeudi, il évoluait au-dessus de 100 dollars.

Ce comportement est révélateur. Le marché ne réagit pas aux drones houthis en tant que tels, mais à leur capacité à couper les deux routes du pétrole saoudien en même temps. Tant qu'Ormuz reste ouvert, même partiellement, Yanbu est une option. Si Ormuz se referme pendant que la mer Rouge brûle, le royaume n'a plus de sortie.

Le marché ne craint pas les drones. Il craint qu'Ormuz et la mer Rouge se ferment en même temps.

Ce que dit Al Madinah Al Munawwarah sur la suite

Trois enseignements se dégagent. Le premier tient à la portée. Les Houthis, ou ceux à qui l'on attribue ces attaques, atteignent désormais le nord-ouest du royaume, au cœur de la façade pétrolière de la mer Rouge, et non plus seulement les provinces frontalières.

Le deuxième tient à la défense. Le système saoudien intercepte la majorité des engins annoncés, mais pas tous, et chaque échec touche une cible plus sensible. C'est pour combler cette brèche que la France a annoncé l'envoi de moyens militaires, de radars et de systèmes de défense à Yanbu, et que l'Arabie saoudite, le Pakistan et la Turquie se sont réunis à Riyad dans le cadre de leur accord de défense commune.

Le troisième tient au récit. En insistant sur la mosquée du Prophète, Riyad cherche à mobiliser le monde musulman contre les Houthis, qui affirment ne pas viser les lieux saints et ont démenti l'attaque contre La Mecque. Mais le choix d'une station électrique plutôt que d'un site religieux, et le délai de deux jours avant l'annonce, suggèrent une frappe d'infrastructure plus qu'une attaque contre un sanctuaire.

Pour l'approvisionnement mondial, la conclusion est nette. L'incident d'Al Madinah Al Munawwarah n'a privé personne de pétrole. Il a montré que la route qui, cette année, a permis au premier exportateur mondial de brut de contourner Ormuz se trouve désormais à portée de drone. Tant que la guerre au Yémen et la crise d'Ormuz se nourriront l'une l'autre, chaque transformateur touché sur la côte de la mer Rouge pèsera sur le prix du baril.

Par Khalid Al Shibani • L'Appel · L'Appel
Réactions des lecteurs

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Partager :
100%