Un avion de la compagnie Flydubai qui reliait Dubaï à Tel-Aviv avec plus de 170 passagers, en majorité israéliens, a été contraint de se poser mercredi à Tabouk, dans le nord-ouest de l'Arabie saoudite, après une violente altercation dans le cockpit au cours de laquelle l'un des pilotes aurait été blessé au couteau.
Un avion de la compagnie Flydubai qui reliait Dubaï à Tel-Aviv avec plus de 170 passagers, en majorité israéliens, a été contraint de se poser mercredi à Tabouk, dans le nord-ouest de l'Arabie saoudite, après une violente altercation dans le cockpit au cours de laquelle l'un des pilotes aurait été blessé au couteau.
L'appareil, un Boeing 737 MAX 8 immatriculé A6-FKF assurant le vol FZ1073, a brutalement perdu de l'altitude à l'approche de l'espace aérien jordanien, puis émis successivement des codes d'urgence signalant une détresse générale et une intervention illicite à bord, ce qui a conduit Israël à faire décoller des avions de chasse.
La compagnie a indiqué que le vol avait « rencontré un incident » et s'était posé sans encombre, tous les passagers étant sains et saufs. Elle s'est engagée à organiser leur retour en Israël, sans préciser la nature de l'incident.
Le bureau du Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a affirmé que l'événement n'était pas considéré comme un détournement. Mais un haut responsable israélien, cité par les chaînes 7 et 12, a estimé qu'une catastrophe majeure avait été évitée, et le site Ynet a rapporté que les enquêteurs examinaient l'hypothèse d'une tentative délibérée de faire s'écraser l'avion.
Pour Israël, une catastrophe majeure a été évitée de justesse au-dessus du désert saoudien.
Deux heures et quart de vol sans histoire
Le Boeing a décollé de l'aéroport international de Dubaï à 7 h 05, heure locale, soit 6 h 05 à Tabouk et à Tel-Aviv, selon le service de suivi Flightradar24 et la chaîne Al Jazeera. Son arrivée à l'aéroport Ben Gourion était prévue vers 9 h 30, selon Ynet. Il croisait à 34 000 pieds, soit environ 10 400 mètres, en survolant l'Arabie saoudite en direction de la Jordanie.
Le nombre exact de personnes à bord varie selon les sources. Ynet fait état de 174 passagers, dont 27 enfants. Le Times of Israel évoque environ 180 passagers, dont des dizaines d'Israéliens, tandis qu'Al Jazeera parle de plus de 170 Israéliens. Aucune source officielle n'a confirmé que tous les passagers étaient de nationalité israélienne.
Un piqué de 29 000 pieds par minute
L'incident s'est produit environ deux heures et quart après le décollage. Vers 8 h 21, heure de Tabouk, l'avion a entamé une descente brutale, suivie d'une brève remontée puis d'une nouvelle chute, selon Flightradar24.
Selon Al Jazeera, qui s'appuie sur les données de suivi, l'appareil a perdu 14 125 pieds en 29 secondes, entre 8 h 22 min 07 et 8 h 22 min 36, soit une vitesse verticale d'environ 29 000 pieds par minute. Le Times of Israel rapporte qu'il est passé de 34 000 à environ 17 000 pieds en moins d'une minute, tandis que sa vitesse bondissait de 411 à près de 600 nœuds.
L'avion est ensuite remonté à 21 650 pieds, avant de redescendre sous les 14 000 pieds, puis de se stabiliser vers 15 000 pieds, à 8 h 33. Selon le Times of Israel, il était alors piloté manuellement, et non plus en pilotage automatique.
À 8 h 28, l'équipage a affiché le code transpondeur 7700, qui signale une urgence générale. Sept minutes plus tard, vers 8 h 35, l'appareil est brièvement passé au code 7500, réservé aux interventions illicites et aux détournements, avant de revenir au 7700. Al Jazeera situe l'activation du 7700 à 8 h 32.
La phase critique, entre la première chute et la stabilisation de l'appareil, a ainsi duré une douzaine de minutes d'après les données de suivi. La durée exacte de la lutte dans le cockpit n'a pas été communiquée.
14 125 pieds perdus en 29 secondes, et une vitesse passée de 411 à près de 600 nœuds.
Demi-tour au-dessus de la Jordanie
Après avoir affiché le code 7500, l'avion a viré vers l'ouest, pénétré dans l'espace aérien jordanien vers 8 h 40, puis effectué un demi-tour vers le sud-ouest en direction de Tabouk, selon Flightradar24. Cette ville du nord-ouest saoudien, dotée d'un aéroport civil et militaire, était l'une des pistes les plus proches.
Le centre de contrôle de l'aéroport Prince Sultan bin Abdulaziz de Tabouk a indiqué avoir reçu un appel de détresse du vol à 8 h 44, demandant un atterrissage d'urgence, et avoir déclenché ses procédures d'urgence. Selon l'aéroport, l'avion s'est posé sans encombre à 9 h 45. Les dernières données de suivi reçues par Flightradar24 et reprises par Al Jazeera situent l'atterrissage vers 9 h 58. Au total, le vol aura duré près de quatre heures.
Pendant la crise, les autorités israéliennes ont perdu tout contact radio avec l'appareil. Un responsable sécuritaire cité par Ynet avait jugé préoccupante l'impossibilité d'entrer en contact avec le pilote. Le chef de la police israélienne, Danny Levy, avait assuré que ses services se préparaient « à tous les scénarios ».
Israël fait décoller ses chasseurs
L'apparition du code 7500 a déclenché l'alerte en Israël. Des avions de chasse ont décollé, Benjamin Netanyahu et le ministre de la Défense, Israel Katz, ont tenu des consultations d'urgence, et le chef d'état-major, Eyal Zamir, a réuni les responsables de l'armée de l'air, des opérations et du renseignement.
Après l'atterrissage, le bureau du Premier ministre a déclaré que la situation était sous contrôle et que tout était mis en œuvre pour permettre le retour des passagers israéliens en toute sécurité. L'Arabie saoudite n'entretient pas de relations diplomatiques avec Israël, mais autorise le survol de son territoire par les vols entre les Émirats arabes unis et Israël depuis 2020.
Du sang dans le cockpit
Selon des responsables israéliens cités par Reuters, l'Associated Press et CBS News, l'urgence a été provoquée par une altercation physique entre le commandant de bord et son copilote. Un responsable régional cité par l'AP a précisé que l'origine de la dispute restait inconnue et que les membres d'équipage étaient interrogés.
Les chaînes israéliennes 7 et 12 ont rapporté que le commandant de bord, de nationalité russe, avait été poignardé à plusieurs reprises avec un couteau de poche, et que le copilote était ukrainien. Ces nationalités n'ont pas été confirmées par Flydubai. Les deux pilotes ont été blessés et transportés dans un établissement médical de Tabouk, selon les autorités aéroportuaires citées par l'AFP.
Des passagers ont décrit une scène de panique. L'un d'eux a raconté aux médias israéliens avoir entendu des cris, puis vu du sang lorsque la porte du cockpit s'est ouverte, quelqu'un ayant poignardé le pilote avec un couteau de poche, selon le Times of Israel. Des passagers ont dit avoir récité la prière juive « Shema Israël », persuadés de ne pas en réchapper.
Des passagers israéliens ont aidé l'équipage à maîtriser l'agresseur, selon plusieurs médias israéliens. Le Jerusalem Post affirme que deux pilotes voyageant comme passagers ont contribué à ramener l'appareil au sol. Ce récit, fondé sur des témoignages, n'a été confirmé ni par la compagnie ni par les autorités.
Des images publiées par le Times of Israel semblent montrer des dommages sur la gouverne de direction, à l'arrière de l'appareil. Leur origine n'a pas été établie.
Des cris, une porte de cockpit qui s'ouvre, du sang. Le récit des passagers du FZ1073.
Rixe, geste suicidaire ou attentat
Les sources officielles citées par les agences internationales s'en tiennent pour l'instant à une rixe entre deux membres d'équipage, dont l'origine reste inconnue. Cette version peine pourtant à expliquer la présence d'un couteau dans le cockpit et l'ampleur du piqué.
C'est précisément ce profil de descente, brutal et répété, qui nourrit la thèse examinée selon Ynet, celle d'un pilote cherchant à précipiter l'avion au sol avant d'être neutralisé par son collègue et des passagers. Des responsables israéliens cités par les chaînes 7 et 12 vont plus loin et parlent d'une tentative d'attentat contre un avion rempli d'Israéliens, sans qu'aucune revendication ni aucun élément public ne vienne l'étayer. Les données de trajectoire, à elles seules, ne permettent pas de lire l'intention d'un pilote.
La mention des nationalités russe et ukrainienne des deux pilotes, en pleine guerre entre leurs pays, alimente par ailleurs des spéculations sur un différend personnel ou politique, qu'aucune source officielle n'a évoqué. À ce stade, ni Flydubai ni les autorités saoudiennes ou émiriennes n'ont validé la moindre de ces pistes.
Une enquête aux multiples acteurs
En vertu des règles de l'Organisation de l'aviation civile internationale (OACI), l'enquête technique revient en principe à l'État sur le territoire duquel l'incident s'est produit, en l'occurrence l'Arabie saoudite, en association avec l'État d'immatriculation de l'appareil, les Émirats arabes unis, et le pays constructeur, les États-Unis. Israël, dont les ressortissants étaient majoritaires à bord, mène ses propres vérifications sécuritaires.
Les enquêteurs devront exploiter les enregistreurs de vol, qui conservent les paramètres de pilotage et les conversations du cockpit, entendre les pilotes, l'équipage et les passagers, et examiner les blessures et les dommages de l'appareil. Ils devront aussi expliquer comment une arme blanche a pu se retrouver dans le poste de pilotage d'un avion commercial.
Le Boeing 737 MAX 8 est l'appareil phare de la flotte de Flydubai, compagnie à bas coût basée à Dubaï, qui dessert Tel-Aviv depuis la normalisation des relations entre les Émirats et Israël. Pour les passagers restés à Tabouk, le retour vers Israël depuis un pays sans relations diplomatiques avec l'État hébreu reste à organiser. Il reste surtout aux enquêteurs à établir ce qui s'est réellement joué, pendant une douzaine de minutes, à 34 000 pieds.






