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Le Lez sort de son lit, la plaine relaie les Cévennes

La voix de ceux qui n'ont pas de voix
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Après les reliefs dans la matinée, l'épisode méditerranéen s'est abattu mercredi après-midi sur Montpellier, Lunel et la Petite Camargue. Le Lez est passé en vigilance rouge crues, et les prévisionnistes annoncent jusqu'à 300 millimètres supplémentaires en plaine d'ici jeudi.

Le Lez, fleuve côtier qui traverse Montpellier, a été placé mercredi après-midi en vigilance rouge pour risque de crue majeure, alors que des orages quasi stationnaires déversaient des pluies diluviennes sur l'est de l'Hérault et le sud du Gard, noyant des voitures, coupant des dizaines de routes et contraignant les pompiers à multiplier les sauvetages.

Le pic de crue du Lez était attendu en début de soirée, a indiqué la préfecture de l'Hérault lors d'un point de situation à 16 heures, selon le site régional Infoccitanie. La vigilance rouge sur ce cours d'eau doit courir jusqu'à minuit, heure à laquelle le département devrait repasser en orange pour des pluies moins intenses.

À Montpellier, vers 15 heures, le Lez déchaîné a submergé la chaussée dans le quartier de Port Marianne, près de l'hôtel de Région, rendant la voie impraticable et engloutissant une voiture en stationnement. Au nord de la ville, la Mosson est sortie de son lit à Grabels, et plusieurs véhicules ont été piégés par les eaux entre Saint-Gély-du-Fesc et Vendargues.

Aucun bilan humain n'avait été communiqué par les autorités en fin d'après-midi.

En quelques heures, le danger a quitté les crêtes des Cévennes pour s'installer dans les rues de Montpellier.

Jusqu'à 300 millimètres de plus en plaine

Les prévisions restent alarmantes. Dans les vingt-quatre heures à venir, 100 à 200 millimètres de pluie supplémentaires sont attendus sur les plaines, et localement 200 à 300 millimètres, selon les éléments communiqués par la préfecture de l'Hérault et relayés par Infoccitanie. Des intensités de 50 à 100 millimètres par heure restent possibles sous les orages qui se bloquent.

Au moment du point de 16 heures, l'arrière-pays héraultais avait déjà reçu 210 millimètres en cumul, les plaines de l'est du département entre 70 et 80 millimètres, et Montpellier une quarantaine de millimètres en une seule heure. Dans le Gard, près de 250 millimètres avaient été relevés à Saint-Hippolyte-du-Fort et environ 140 millimètres à Moulès-et-Baucels, selon des relevés rapportés par la presse régionale.

Météo-France qualifie l'épisode de remarquable, voire exceptionnel. Le Gard et l'Hérault sont en vigilance rouge pluie-inondation depuis 8 heures, tandis que la Lozère, l'Ardèche et les Bouches-du-Rhône restent en orange, selon Sud Radio.

Deux cents millimètres déjà tombés, jusqu'à trois cents encore attendus. Le sol n'a plus rien à boire.

Un orage en V entre Montpellier et Nîmes

Le basculement de l'après-midi était redouté. L'agroclimatologue Serge Zaka avait averti en fin de matinée, dans les colonnes du site Hérault Tribune, que la partie la plus violente de l'épisode n'avait pas encore commencé. Il prévoyait la formation d'un orage stationnaire en forme de V entre l'est de l'Hérault et Nîmes, capable de rester accroché plusieurs heures au-dessus des mêmes communes.

C'est précisément la zone frappée en début d'après-midi. Un orage stationnaire s'est installé vers 14 heures du nord de Montpellier au bassin nîmois, en passant par la Petite Camargue, le pays de Lunel et le secteur de l'autoroute A9, a rapporté Infoccitanie. À Lunel, plusieurs routes du centre-ville ont été fermées en raison des inondations.

Le chercheur relève trois facteurs aggravants. L'épisode est hybride, avec des pluies simultanées sur les reliefs et en plaine, si bien que l'eau descendue des Cévennes rencontre celle qui s'accumule déjà en bas. Les sols, compactés par un été très sec, ruissellent au lieu d'absorber. Et la Méditerranée, plus chaude que la normale de 2 à 5 degrés selon Météo-France, alimente les orages en continu. Serge Zaka estime que le débit de certains cours d'eau a été multiplié par cent.

Montpellier est particulièrement exposée, souligne-t-il, parce que l'urbanisation et le remblaiement d'anciennes zones humides font qu'il suffit de quelques dizaines de millimètres par heure pour déclencher des inondations urbaines.

Deux tornades en Petite Camargue

Les orages ont aussi engendré des phénomènes tourbillonnaires. En fin de matinée, deux tornades ont touché le sol simultanément entre Aigues-Mortes, Lunel, Marsillargues et Gallargues-le-Montueux, a rapporté le site Météo Paris, qui cite le météorologue Tristan Bergen, témoin direct des deux tourbillons. Des dégâts étaient probables sur leur trajectoire, mais aucun bilan n'avait été établi.

À Saint-Aunès, à l'est de Montpellier, une adolescente de 16 ans a été blessée par la foudre, a signalé la préfecture de l'Hérault en fin de matinée, selon le site 34infos. Elle a été légèrement blessée, selon la presse régionale.

Deux cents pompiers engagés dans le Gard

Dans le Gard, près de 200 sapeurs-pompiers étaient mobilisés en milieu d'après-midi, a indiqué le service départemental d'incendie et de secours (SDIS 30). Ils intervenaient notamment à Sommières, Uzès, Bernis, Saint-Hippolyte-du-Fort, Alès et son agglomération.

À Quissac, où les sirènes avaient retenti dans la matinée en raison de la montée du Vidourle, plusieurs véhicules ont été submergés. Huit habitants ont été mis en sécurité et deux chevaux secourus. À Sauve, vers midi, des pompiers ont rejoint à la nage une voiture dans laquelle l'eau montait jusqu'aux vitres, et en ont extrait le conducteur.

Le réseau routier se dégradait d'heure en heure. À 15 heures, le Département du Gard recensait 17 ponts submersibles et 11 routes fermés. À 15 h 27, les chiffres étaient passés à 19 ponts et 17 routes, selon Infoccitanie. Des inondations étaient aussi signalées à Nîmes, dans le secteur de Saint-Césaire, et à Congénies.

À Sauve, les pompiers ont nagé jusqu'à une voiture où l'eau atteignait les vitres.

Une ville à l'arrêt

Montpellier a fonctionné toute la journée en mode crise. Le centre de gestion de crise de la ville est activé depuis le matin. Les lignes de bus et de tramway sont suspendues depuis 9 h 45, et les parents avaient été invités à récupérer leurs enfants dans les crèches dès 11 heures, a rapporté 34infos.

Les bibliothèques, musées et équipements culturels ont fermé l'après-midi, comme les services publics de la préfecture à partir de midi. Plusieurs axes situés en point bas ont été coupés, dont l'avenue du Pirée, la voie Domitienne, l'avenue Maurin et un tunnel cyclable. Le gymnase Jean-Bouin a été ouvert pour accueillir les personnes vulnérables.

Sur les autoroutes et routes nationales, la vitesse a été abaissée à 90 km/h pour les voitures et à 70 km/h pour les poids lourds. La circulation ferroviaire a été interrompue sur la ligne Lattes-Tarascon, et plus largement sur les axes Nîmes-Clermont-Ferrand et Marseille-Avignon-Sète-Nîmes, selon Sud Radio. Les bénévoles de la protection civile ont été placés en pré-alerte, à la disposition de la préfecture.

Dès la matinée, la municipalité avait fermé les parcs et jardins, la réserve naturelle du Lez, le bois de Montmaur et les cimetières, annulé les manifestations publiques et les activités sportives, et interdit le stationnement quai du Pirée. Dans l'arrière-pays, le service Inforoute34 a fermé par précaution la RD25 entre Cazilhac et Gorniès, puis la RD148E13, tandis que la ville renvoyait les habitants vers Météo-France, Vigicrues et la préfecture pour suivre l'évolution de la situation.

Le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, a appelé les habitants à limiter leurs déplacements et à suivre les consignes des autorités.

Une montée des eaux plus forte qu'annoncé

L'évolution de la journée illustre la difficulté de prévoir ces épisodes. Mardi soir, à 21 h 50, le Vidourle à Sommières coulait à peine, avec 4 centimètres d'eau à l'échelle et un débit de 66 litres par seconde, selon les données de la station hydrométrique. Le bulletin Vigicrues le plaçait alors en vigilance jaune, en prévoyant une réaction marquée mais sans dommages importants, tout en prévenant que le scénario de l'après-midi restait incertain.

Côté Hérault, la cellule de crise préfectorale avait été activée dès 5 h 30, et un message FR-Alert envoyé sur les téléphones à 7 heures, selon La Semaine des Pyrénées. Le matin, le Lez n'était qu'en vigilance jaune crues. Dans l'après-midi, il était passé au rouge.

Les autorités répètent la même consigne depuis le matin. Ne jamais s'engager, à pied ou en voiture, sur une route ou un passage inondé, même partiellement.

Une journée commencée sous les sirènes

Le scénario de mercredi s'est déroulé en deux temps. Dans la nuit de mardi à mercredi, les pluies se sont d'abord concentrées sur les reliefs cévenols, où Météo-France prévoyait des intensités de 50 à 80 millimètres en une heure et des cumuls d'environ 200 millimètres, avec des pointes de 250 à 350 millimètres entre Le Vigan, Alès et Ganges. Les plaines devaient suivre, avec 40 à 60 millimètres par heure au plus fort des orages et des cumuls de 80 à 130 millimètres, susceptibles de dépasser localement 200 millimètres.

Dès l'entrée en vigueur de la vigilance rouge, la préfète du Gard a fermé l'ensemble des établissements scolaires du département et interrompu les transports scolaires comme les transports en commun. Dans l'Hérault, la préfecture a suspendu les transports scolaires dans huit des quatorze secteurs du département, de Montpellier Nord-Ouest à Lodève en passant par le Lunellois, Sommières, Ganges, Sète et Clermont-l'Hérault.

Dans la matinée, la vigilance crues restait graduée selon les tronçons. Orange sur la haute vallée de l'Hérault, jaune sur la basse vallée, le Lez et le haut Orb, selon La Semaine des Pyrénées. Les bassins des Gardons, de la Cèze, du Vidourle et de l'Hérault faisaient l'objet d'une surveillance renforcée, Météo-France mettant aussi en garde contre les coulées de boue, les glissements de terrain et les laves torrentielles.

Le matin, le Lez était en jaune. L'après-midi, il dévalait Port Marianne.

La mécanique d'un épisode cévenol

Le phénomène qui frappe le Languedoc chaque automne repose sur une mécanique connue. De l'air chaud et saturé d'humidité, venu d'une Méditerranée encore tiède à la sortie de l'été, remonte vers le nord et se heurte aux Cévennes. Forcé de s'élever, il se refroidit, se condense et forme des cumulonimbus d'une grande puissance.

Le danger naît de l'immobilité. Tant que le flux de sud alimente les mêmes cellules orageuses, celles-ci se régénèrent au même endroit et déversent des quantités d'eau considérables sur un seul bassin versant, pendant plusieurs heures. Les cours d'eau cévenols, courts et pentus, gonflent alors très vite, et le ruissellement dévale directement vers les villages et les agglomérations de la plaine.

L'épisode de mercredi cumule ces ingrédients avec une particularité, souligne Serge Zaka. L'eau descendue des reliefs n'arrive pas dans une plaine sèche, mais dans une plaine déjà noyée par ses propres orages. C'est ce qui explique la bascule de l'après-midi vers Montpellier, Lunel et Nîmes.

La nuit, moment le plus délicat

Pour les services de secours, la soirée et la nuit s'annoncent comme la phase la plus dangereuse. Le pic du Lez est attendu en début de soirée, et les cumuls continueront de s'additionner en plaine jusqu'à jeudi sous des orages capables de rester bloqués plusieurs heures.

Sur le littoral héraultais, un avis de vagues dangereuses, avec des creux pouvant atteindre deux mètres, reste en vigueur jusqu'à jeudi midi. Même après la levée du rouge, attendue à minuit, l'Hérault devrait rester en vigilance orange, avec des pluies moins intenses mais tombant sur des sols gorgés d'eau et des rivières déjà hautes.

Le bilan matériel ne pourra être dressé qu'à la décrue. Il faudra alors mesurer ce que l'épisode, le premier majeur de la saison selon Météo-France, a coûté à un territoire qui sortait d'un été sec et dont les sols, durcis par des mois sans pluie, ont renvoyé l'eau vers les villes au lieu de la retenir.

URGENT : Les pompiers interviennent à Lattes pour secourir une mère et ses deux enfants piégés par la montée rapide des eaux.

URGENT : Le centre-ville du Grau-du-Roi est partiellement submergé par les eaux après la montée des niveaux d’eau.

Par la rédaction • L'Appel · L'Appel
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