Benjamin Netanyahu affirme que le copilote a voulu écraser l'avion, Israël Katz parle d'attentat djihadiste. Le suspect, lui, est entre les mains de Riyad, qui a refusé les avions militaires israéliens.
Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a qualifié mercredi de « très grave incident de sécurité » l'agression survenue dans le cockpit du vol Flydubai FZ1073, affirmant que tous les éléments indiquaient que le pilote agresseur avait tenté de faire s'écraser l'appareil avec ses passagers, et qu'il était interrogé par les autorités saoudiennes.
Son ministre de la Défense, Israël Katz, est allé plus loin en évoquant une tentative d'attentat djihadiste, dont le but était selon lui de détruire l'avion et tous ses occupants. Il l'a directement reliée aux avertissements lancés par le chef du gouvernement avant les élections législatives du 27 octobre, estimant que chacun ferait bien de prendre au sérieux les alertes fondées sur le renseignement.
Benjamin Netanyahu a raconté avoir parlé avec un passager israélien. Celui-ci lui a décrit l'avion entrant en piqué, puis son irruption dans le cockpit avec un membre d'équipage, et la neutralisation du pilote à deux. Le Premier ministre a salué des héros qui ont évité une tragédie, et indiqué avoir demandé aux services de sécurité de prendre des mesures préventives, selon le Times of Israel.
Le matin, le bureau du Premier ministre parlait d'une dispute entre pilotes. L'après-midi, le ministre de la Défense parlait de djihad.
Riyad garde le suspect et ferme son ciel aux Hercules
L'Arabie saoudite, qui n'entretient pas de relations diplomatiques avec Israël, a refusé l'atterrissage des avions de transport militaires israéliens, Hercules et Re'em, prévus pour évacuer les passagers, a rapporté le site JFeed en citant plusieurs médias israéliens. Le Mossad a conduit les contacts avec Riyad, qui a proposé une solution civile, un appareil Flydubai de remplacement dont le Mossad a vérifié la liste d'équipage avant le départ.
Les passagers ont commencé à embarquer dans l'après-midi et leur arrivée à Ben Gourion était attendue entre 18 heures et 19 heures, heure d'Israël, selon Ynet. Israël avait aussi étudié l'envoi d'un avion affrété blanc, sans marquage israélien.
Le royaume a pourtant coopéré discrètement tout au long de la journée, en ouvrant l'aéroport de Tabouk, en escortant l'appareil avec ses chasseurs et en hospitalisant les deux pilotes blessés.
Une hache, un couteau, et un copilote inconnu de Ben Gourion
Les enquêteurs israéliens examinent l'hypothèse selon laquelle la hache de secours du cockpit, destinée à briser des vitres en cas d'urgence, aurait servi pendant la lutte, sans savoir encore qui l'a maniée, le copilote ou le commandant qui tentait de l'arrêter, rapporte Ynet. La piste d'une arme introduite à bord par le copilote a été écartée en raison des contrôles imposés aux équipages. Les chaînes israéliennes avaient évoqué dans la matinée un couteau de poche.
Le copilote omanais n'avait jamais atterri en Israël auparavant, a indiqué un responsable israélien à Ynet. Un responsable du ministère des Transports a parlé d'un événement majeur et d'une catastrophe évitée de très peu. Selon le même média, une piste iranienne est examinée, sans qu'aucune preuve ne l'étaye à ce stade.
L'ambassadeur des États-Unis en Israël, Mike Huckabee, s'est dit soulagé que l'incident n'ait pas eu une issue plus grave, selon CBS News. Aucune déclaration du président Donald Trump n'avait été relevée en fin d'après-midi.
Analyse - Ce que prouve le piqué, et ce qu'il ne prouve pas
La trajectoire parle d'elle-même. Un Boeing 737 MAX qui perd près de 14 000 pieds en moins de trente secondes, en pilotage manuel, ne subit pas une simple bousculade. Une telle chute suppose une action sur les commandes, et un commandant de bord occupé à se défendre ne la produit pas. Ajoutée à l'agression, cette donnée rend la thèse d'une tentative de faire tomber l'avion nettement plus solide que celle d'une querelle professionnelle qui aurait mal tourné.
Le piqué, en revanche, ne dit rien du mobile. Un acte délibéré peut relever d'un projet terroriste organisé comme d'un geste individuel désespéré, comme celui du copilote de Germanwings qui avait précipité son appareil dans les Alpes en 2015. À ce stade, aucune revendication, aucun réseau, aucun lien avec l'Iran n'a été établi publiquement. Même l'arme reste incertaine, couteau le matin, hache de secours l'après-midi.
La qualification de terrorisme djihadiste n'est donc pas encore un constat d'enquête. C'est une lecture politique, prononcée avant tout interrogatoire exploitable par Israël, puisque le suspect est détenu et interrogé en Arabie saoudite.
La trajectoire prouve l'intention de faire tomber l'avion. Elle ne prouve ni le djihad, ni un commanditaire.
Une lecture qui sert le calendrier électoral
Le basculement du discours officiel est spectaculaire. Mercredi matin, le bureau du Premier ministre indiquait que l'incident n'était pas considéré comme un détournement et relevait d'une dispute entre pilotes. Quelques heures plus tard, Israël Katz parlait de djihad et citait les avertissements préélectoraux de Benjamin Netanyahu comme validés par les faits.
Ce lien est le cœur politique de l'affaire. Le chef de l'opposition, Yair Lapid, avait affirmé dans l'après-midi que rien de comparable n'avait été évoqué lors du point de sécurité accordé par le Premier ministre la veille. Lorsque le ministre de la Défense présente un incident aérien, dont l'enquête commence à peine, comme la preuve que les alertes du gouvernement étaient fondées, il transforme une affaire criminelle non élucidée en argument de campagne.
L'intention criminelle est probable. Sa qualification et son instrumentalisation relèvent d'un autre registre, et les deux ne doivent pas être confondues.
La vérité se trouve à Tabouk et à Dubaï, pas à Jérusalem
L'enjeu le plus durable est ailleurs. Le suspect, le cockpit, les enregistreurs de vol et les deux pilotes blessés se trouvent sur le sol saoudien. En vertu des règles de l'aviation civile internationale, l'enquête technique revient à l'Arabie saoudite, associée aux Émirats, État d'immatriculation, et aux États-Unis, pays constructeur. Israël, dont les ressortissants formaient l'essentiel des passagers, n'a aucune prise directe.
La journée a montré la limite exacte de la normalisation discrète avec Riyad. Le royaume accepte de sauver un avion rempli d'Israéliens, de soigner les pilotes et d'escorter l'appareil. Il refuse qu'un avion militaire israélien se pose sur son sol. Israël devra obtenir la vérité d'un pays qui coopère, mais ne veut pas être vu en train de coopérer.
Du côté émirien, la demande de Miri Regev de suspendre Flydubai et de faire vérifier la clause sur la nationalité des pilotes touche à l'un des acquis concrets des accords d'Abraham, le pont aérien entre Dubaï et Tel-Aviv. Les compagnies du Golfe emploient des équipages venus de dizaines de pays, et les marchés ont tiré la conclusion la plus immédiate, avec une hausse d'environ 7 % pour El Al et de plus de 9 % pour Israir, selon Ynet.
Le copilote a été arrêté. L'avion est au sol, les passagers rentrent. Mais le récit de cette journée se jouera désormais entre trois capitales qui ne partagent ni les mêmes intérêts, ni les mêmes relations diplomatiques, et dont aucune n'a encore dit publiquement ce que contiennent les boîtes noires.






