Le ministre de l'Intérieur dénonce une montée de la violence, l'IGPN enquête sur trois blessures de lycéens, le préfet de police vise le maire de Saint-Denis. Le gouvernement promet d'écouter les élèves à partir de lundi.
Six cent vingt-cinq personnes ont été interpellées mercredi en marge des blocages de lycées et 83 policiers et gendarmes ont été blessés, a annoncé le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, qui a évoqué une extension du mouvement et une montée de la violence devant certains établissements.
Selon le ministre, la mobilisation a touché mercredi 356 établissements. Laurent Nuñez a décrit des fonctionnaires pris à partie, des jets de projectiles, des tentatives d'incendie et des faits qui s'apparentent, selon lui, à des violences urbaines.
Dans un télégramme adressé aux préfets, il a dénoncé un climat de violences inacceptables visant notamment les forces de l'ordre, et fait état de plus d'une centaine de policiers et gendarmes blessés depuis le début des manifestations, vendredi.
Du côté de l'Éducation nationale, le ministre Édouard Geffray a porté à 119 le nombre d'élèves et de personnels blessés depuis le début des troubles. En début de semaine, son ministère en comptait 76.
Cent dix-neuf élèves et personnels blessés, quatre-vingt-trois policiers et gendarmes en une seule journée.
Trois enquêtes confiées à l'IGPN
L'Inspection générale de la police nationale (IGPN) a été saisie de trois enquêtes sur des blessures infligées à des lycéens lors d'interventions, à Sevran (Seine-Saint-Denis), à Saint-Ouen-l'Aumône (Val-d'Oise) et à Tours, a précisé Laurent Nuñez.
À Tours, un jeune homme a été hospitalisé mercredi pour des blessures à la tête, qui pourraient avoir été causées par un tir de lanceur de balles de défense (LBD). La procureure de la République, Catherine Sorita-Minard, a annoncé sur X avoir confié l'enquête à l'IGPN.
Le ministre a défendu l'action des forces de l'ordre, intervenues selon lui de manière très proportionnée. Face à des mineurs, l'usage des armes intermédiaires, notamment du gaz lacrymogène, reste très mesuré, a-t-il assuré.
Des avocats des barreaux de Paris et de Seine-Saint-Denis ont de leur côté annoncé le dépôt de plaintes pour des violences policières jugées disproportionnées contre des manifestants mineurs.
Le préfet de police vise le maire de Saint-Denis
Le préfet de police de Paris, Patrice Faure, a saisi la justice contre le maire insoumis de Saint-Denis, Bally Bagayoko, pour des faits présumés de provocation à commettre un délit, a indiqué son entourage à l'AFP. Le signalement a été adressé au procureur de Bobigny au titre de l'article 40 du code de procédure pénale.
Il est reproché à l'élu d'avoir présenté la riposte violente comme une réponse compréhensible ou légitime à l'action des forces de l'ordre. Mardi, devant un lycée bloqué, Bally Bagayoko avait déclaré que la violence pouvait être légitime face aux tirs de flash-ball des policiers, tout en ajoutant qu'il valait mieux l'éviter chaque fois que possible.
Le maire avait par ailleurs démenti avoir allumé un feu de poubelle, après la diffusion d'une vidéo le montrant près d'un conteneur en flammes. Il affirme avoir au contraire tenté de l'éteindre et dénonce des mensonges. Une séquence plus longue publiée par L'Humanité le montre éloignant la poubelle des grilles de l'établissement.
La justice est désormais saisie d'une phrase prononcée devant les grilles d'un lycée.
Le gouvernement ouvre une plateforme
Pour tenter de reprendre la main, le gouvernement ouvrira lundi une plateforme de concertation à laquelle tous les lycéens pourront contribuer, a annoncé Édouard Geffray en conférence de presse. Un événement de restitution nationale sera ensuite organisé pour apporter des réponses structurées.
Les élèves pourront y exprimer leurs demandes, leurs inquiétudes et leurs revendications, établissement par établissement et territoire par territoire, a expliqué le ministre, sans préciser de calendrier pour les réponses ni les moyens qui pourraient y être associés.
L'annonce intervient à la veille de l'« acte deux » convoqué jeudi par l'Union syndicale lycéenne, et de la présentation en Conseil des ministres du projet de budget pour 2027.
Mélenchon prône la non-violence, Bompard juge Macron grotesque
En déplacement à Madrid aux côtés du chef du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, Emmanuel Macron a affirmé que les responsables politiques, élus dans un cadre calme et organisé, n'étaient pas là pour agiter les peurs et faire commettre le pire. Une pique adressée à La France insoumise, en première ligne dans le soutien aux blocages.
Jean-Luc Mélenchon a répondu sur X que les insoumis appelaient à la non-violence dans les méthodes de lutte, tout en demandant la diffusion des images de violences policières, qu'il présente comme une protection pour les jeunes. Il a exhorté le gouvernement à cesser de pourrir la situation et à répondre aux revendications, soit plus de moyens pour l'éducation.
Le coordinateur du mouvement, Manuel Bompard, a qualifié de grotesques les propos du chef de l'État. Selon lui, les élus insoumis se rendent devant les lycées pour relayer des revendications légitimes, pas pour exciter les élèves.
Lundi, le Premier ministre Sébastien Lecornu avait dénoncé une surenchère irresponsable de la gauche radicale. Jean-Luc Mélenchon l'avait alors accusé d'avoir ordonné la répression des lycéens avec un arrière-goût raciste.
À Lyon, un maire écologiste entre désescalade et dialogue
À Lyon, où la police a procédé à 14 interpellations, le maire écologiste Grégory Doucet a jugé inacceptables les violences aux abords de plusieurs établissements et appelé sans réserve à la désescalade, en saluant l'engagement de la police municipale.
Il a en revanche apporté son soutien aux revendications des lycéens lyonnais, qui réclament selon lui le respect de la promesse républicaine d'égalité, et plaidé pour l'ouverture d'un espace de dialogue.
Couteaux, pistolet électrique et enseignante déférée dans le Var
À Toulon, un mineur de 16 ans a été déféré mardi au parquet après son interpellation, la veille, devant le lycée professionnel Georges-Cisson. Il lui est reproché d'avoir entravé la circulation et d'avoir détenu deux couteaux, un pistolet à impulsion électrique, une pince coupante et un marteau brise-vitre.
Cinq personnes ont été déférées mercredi dans le département, parmi lesquelles une enseignante d'une trentaine d'années, en arrêt de travail depuis plusieurs années, soupçonnée d'avoir menacé un policier et incité des lycéens à désobéir aux forces de l'ordre.
Deux agents blessés par une explosion à Nantes
À Nantes, deux agents de sécurité du réseau de transports en commun ont été blessés par l'explosion d'une poubelle en feu près de la gare de Chantenay, lors de la sécurisation d'un bus à proximité d'un lycée bloqué, a indiqué le syndicat Force ouvrière de la Semitan-Naolib. Leur pronostic vital n'est pas engagé.
En Île-de-France, la Région a recensé mercredi 75 lycées perturbés, dont 36 théâtres de violences, d'affrontements ou de dégradations.
Les syndicats enseignants ont appelé à la fin des violences sans désavouer le mouvement. L'UNSA Éducation soutient la demande de moyens pour l'école publique mais par des actions non violentes. Les syndicats de la FSU, dont le SNES, condamnent les violences d'où qu'elles viennent, dénoncent des interventions policières sans discernement et réclament un investissement massif dans l'école publique avant la présentation du budget.
L'Union syndicale lycéenne maintient ses appels à bloquer lycées et universités jeudi et à une grande manifestation nationale le 6 octobre. Son président, Ryad Rani, affirme que dans la moitié des établissements, les équipes de vie scolaire fonctionnent avec la moitié de leurs effectifs.






