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Neuf agents sur dix au travail, et pourtant la rue gronde

La voix de ceux qui n'ont pas de voix
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La grève de la fonction publique reste modérée dans les chiffres officiels, mais les cortèges se multiplient et les blocages lycéens dégénèrent à Lyon, Lille et Nice, à l'approche d'un budget d'austérité.

Des milliers d'agents publics ont manifesté mardi dans toute la France contre le gel annoncé de leurs salaires, tandis que des blocages de lycées tournaient à l'affrontement avec la police dans plusieurs villes, à quelques jours de la présentation d'un projet de budget prévoyant 54 milliards d'euros d'économies.

À la mi-journée, 9,64 % des agents de la fonction publique d'État étaient en grève, 5,68 % dans la territoriale et 4,5 % dans l'hospitalière, selon le ministère de l'Action et des Comptes publics, cité par franceinfo. Ces chiffres ne reflètent pas le nombre de manifestants et restaient provisoires en milieu d'après-midi.

Huit syndicats, la CGT, FO, la CFDT, l'Unsa, la FSU, Solidaires, la CFE-CGC et la FA-FP, avaient appelé à la mobilisation. Quelque 170 rassemblements étaient annoncés dans l'Hexagone et en Corse.

Le gouvernement doit présenter son projet de budget pour 2027 en Conseil des ministres dans deux jours, selon Reuters. Il prévoit un nouveau gel du point d'indice, qui sert de base au calcul des traitements des fonctionnaires.

9,64 % de grévistes dans la fonction publique d'État à la mi-journée. Les cortèges disent une autre colère.

L'école en première ligne

L'Éducation nationale est le secteur le plus touché. Selon le ministère, 11,47 % des personnels étaient en grève, et 13,71 % des enseignants. Le taux atteint 15,28 % dans le premier degré, 15,83 % dans les collèges, 10,08 % dans les lycées généraux et technologiques et 7,75 % dans les lycées professionnels. Il culmine à 27,39 % chez les personnels de vie scolaire, selon le site spécialisé VousNousIls.

Les syndicats avancent des chiffres bien supérieurs. Le FSU-SNUipp revendique 40 % de grévistes dans les écoles, le Snes-FSU 38 % dans les collèges et les lycées.

Paris, Perpignan, Limoges, Tulle, Guéret

À Paris, le cortège s'est élancé de la place de la République en direction de la Nation. Les sapeurs-pompiers y défilaient dans un cortège distinct pour dénoncer le manque de moyens pendant la saison des incendies. Aucun chiffre de participation n'avait été communiqué en milieu de journée.

À Perpignan, environ 2 000 personnes ont manifesté, selon France 3 Occitanie. À Limoges, elles étaient quelque 2 500, selon les syndicats cités par France 3 Nouvelle-Aquitaine. Près de 450 personnes ont défilé à Tulle, en Corrèze, et plusieurs centaines à Guéret, dans la Creuse, pour dénoncer le gel des rémunérations.

La secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, a fait valoir que ce sont les fonctionnaires et les salariés, et non les milliardaires ou les actionnaires, qui étaient en première ligne cet été, selon Reuters. Elle a décrit une colère immense et appelé le gouvernement à revoir un projet de budget qui, selon elle, conduit le pays tout droit à la récession.

Besançon, lycées bloqués avant le cortège

À Besançon, plusieurs centaines de lycéens ont bloqué plusieurs établissements dans la matinée, avant la manifestation de la fonction publique, a rapporté France 3 Bourgogne-Franche-Comté. « On revendique nos droits pour plus tard », a résumé l'un d'eux.
Le cortège de l'intersyndicale devait partir à 13 h 30 de la place de la Révolution. La veille, la CFDT, la CGT, la FSU, Sud Santé Sociaux et l'Unsa avaient dénoncé une « dégradation du service public ». Bénédicte Ponçot, cosecrétaire de la FSU, a réclamé un salaire à la hauteur de la valeur du travail des agents, selon le site macommune.info. Les syndicats locaux affirment que l'inflation a progressé de 28 % quand les traitements publics augmentaient de moins de 15 %.
« On revendique nos droits pour plus tard », disent les lycéens bisontins.

Affrontements à Lyon, feux à Lille

En parallèle, les blocages lycéens se sont étendus. À Lyon, des heurts ont opposé policiers et élèves devant un établissement, selon le quotidien Le Progrès, cité par Reuters. À Lille, des conteneurs à ordures ont été incendiés devant un lycée. Des tensions ont également été signalées à Nice.

À Paris, jusqu'à un lycée sur dix a été bloqué, selon des médias français cités par Reuters. Environ 80 élèves étaient rassemblés devant le lycée Lamartine. Un élève de 17 ans a expliqué à l'AFP être aussi venu soutenir des professeurs à la charge de travail démesurée au regard de leur salaire. Un lycéen de terminale a dénoncé auprès de Reuters une répression policière massive et réclamé moins de policiers.

Les élèves dénoncent le manque d'enseignants, les classes surchargées et leurs conditions d'étude. L'Union syndicale lycéenne avait appelé à la « convergence des luttes » avec la grève des agents publics.

Un bilan déjà lourd

La veille, lundi, 164 personnes avaient été interpellées en marge des blocages, qui avaient touché 180 établissements, selon le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez. Douze membres des forces de l'ordre et huit personnels de l'Éducation nationale avaient été blessés. Le ministre a fait état d'une douzaine de lycéens blessés, le quotidien Le Monde de dix. Des dégradations ont été relevées dans une quinzaine de lycées franciliens.

L'Inspection générale de la police nationale (IGPN) enquête sur l'incident survenu lundi à Saint-Ouen-l'Aumône, dans le Val-d'Oise. Une vidéo montre un policier faisant usage, à courte distance, d'un lance-grenades de type Cougar contre un élève, selon Le Monde.

Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a estimé que rien ne justifiait de mettre en danger élèves, personnels et policiers, et accusé La France insoumise d'encourager les blocages. Laurent Nuñez a répété qu'on ne pouvait « pas tolérer les débordements ».

Lundi, 164 interpellations et 180 lycées touchés. Mardi, le mouvement a gagné Lyon, Lille et Nice.

Des transports épargnés

Les transports ont été peu perturbés. La RATP a annoncé un trafic normal sur le métro et le RER, la SNCF un trafic normal sur les TGV et les Intercités et quasi normal sur les TER. En Île-de-France, des perturbations touchaient les RER C, D et E, ainsi que les lignes R et V du Transilien.

Les syndicats réclament une hausse générale et immédiate des salaires, la revalorisation du point d'indice et son indexation sur l'inflation, le rétablissement de la garantie individuelle du pouvoir d'achat (Gipa), le maintien intégral de la rémunération en cas d'arrêt maladie ordinaire, l'égalité salariale entre femmes et hommes et davantage de moyens pour les services publics. Ils demandent l'ouverture de négociations sur les rémunérations et les conditions de travail.

La mobilisation intervient à quelques mois de l'élection présidentielle, alors que le gouvernement cherche à ramener le déficit public sous contrôle.

Par la rédaction • L'Appel · L'Appel
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