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La grande guerre au Moyen-Orient menée par Israël et les pays du Golfe contre l’Iran

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Netanyahou affirme n'avoir parlé que de « relations bilatérales », Riyad dément toute présence, et pourtant l'architecture d'une coalition sécuritaire contre l'Iran se dessine sous nos yeux, entre le Yémen et le détroit d'Ormuz

Mardi, Riyad a nié avoir jamais été autour de la table. Lundi, Abou Dhabi avait pourtant confirmé la rencontre. Entre les deux annonces, dix pays se sont vus attribuer une chaise par la chaîne israélienne Channel 14, dans une salle où se discutaient l'Iran, le Yémen et la défense aérienne du Golfe. Ce grand écart entre ce qui se dément et ce qui se construit dessine, sous couvert de diplomatie feutrée, les contours d'une architecture de guerre que personne n'ose nommer.

Le communiqué tient en une phrase. Les Émirats arabes unis ont confirmé lundi que Sheikh Mohamed ben Zayed Al Nahyane avait reçu Benjamin Netanyahou dimanche à Abou Dhabi, précisant que les deux parties ont discuté des relations bilatérales entre les Émirats arabes unis et Israël et des moyens de les renforcer et de les développer. Rien, dans ce texte, ne mentionne l'Iran, le Yémen ni les huit autres délégations que la presse israélienne situe pourtant dans la même journée, au même endroit.

C'est tout l'écart qui structure cette affaire. D'un côté, une diplomatie officielle qui réduit la visite à sa dimension bilatérale. De l'autre, une accumulation de sources israéliennes concordantes qui décrivent une architecture bien plus vaste, et un démenti saoudien qui vient brouiller les deux versions à la fois.

Une réunion, deux récits inconciliables

Selon Channel 14, citant un haut responsable émirati, des représentants d'Israël, des Émirats arabes unis, de l'Arabie saoudite, des États-Unis, du Maroc, du Koweït, de Bahreïn, de la Libye, d'Oman et d'Égypte ont pris part au rassemblement. La chaîne précise que la participation saoudienne rapportée est particulièrement significative, survenant après des années de discussions sur la possibilité d'établir des relations diplomatiques formelles entre Jérusalem et Riyad.

Le déroulé tient en deux temps. La première partie a réuni Netanyahou et le président émirati Sheikh Mohamed ben Zayed Al Nahyane, avec des responsables israéliens et émiratis, avant qu'une seconde étape élargie ne rassemble les représentants des autres pays. Trois hauts responsables israéliens ont assuré à Reuters que l'entretien avait duré six heures, quand les premiers comptes rendus n'évoquaient qu'une heure.

Ynet, de son côté, propose une liste légèrement différente, incluant le Maroc, la Libye, la Jordanie et le Qatar plutôt que le Koweït, Bahreïn ou Oman. Euronews confirme cette version divergente en évoquant des délégations du Maroc, de la Libye, de la Jordanie et du Qatar qui auraient assisté aux discussions. Cette absence de liste unique n'est pas un détail de reportage. C'est la signature même d'un dispositif conçu pour ne jamais être confirmé dans le détail par personne.

Puis Riyad a tranché, à sa façon. Deux jours après la rencontre, l'Arabie saoudite a démenti mardi les informations selon lesquelles des représentants du royaume auraient assisté à la réunion entre Netanyahou et ben Zayed, une source saoudienne assurant à Arab News qu'il n'y avait aucune vérité dans les informations circulant sur la présence d'un représentant saoudien.

Ce démenti frontal ne clôt rien. Il ajoute une couche supplémentaire à un dossier où chaque acteur ment par omission, dément par nécessité, ou confirme par calcul.

Le calcul du timing, ou pourquoi cette réunion maintenant

Le choix du moment n'a rien d'accidentel. La rencontre s'est tenue dix-sept jours après que les Houthis ont achevé la prise de l'ensemble de la façade occidentale du Yémen. À la mi-septembre 2026, les forces houthies avaient repris l'intégralité de la côte yéménite de la mer Rouge, l'île de Périm et les îles Hanish, leur donnant un contrôle stratégique sur le détroit de Bab el-Mandeb. Cette prise n'était pas un simple gain territorial. Les Houthis avaient déclaré dès juillet un blocus contre le trafic maritime saoudien, transformant leur avancée militaire en arme économique directe contre Riyad.

Selon Ynet, la genèse de la rencontre d'Abou Dhabi tient précisément à cette pression. La réunion a été organisée par le chef du Mossad Roman Gofman à la suite d'une demande saoudienne d'assistance israélienne contre les attaques houthies en mer Rouge, le président émirati Mohammed ben Zayed ayant accepté d'accueillir les discussions. C'est l'aveu, indirect mais net, que Riyad a sollicité Israël. Le démenti public saoudien du surlendemain n'efface pas la demande initiale, il la rend simplement indicible.

Le second calendrier qui explique le timing se joue à Jérusalem. Le déplacement, rare, survient exactement un mois avant les élections israéliennes du 27 octobre, dans un climat de controverse politique majeure sur les avertissements que ben Zayed aurait transmis à Netanyahou avant le 7 octobre 2023. Selon Al-Monitor, Netanyahou s'est rendu secrètement aux Émirats pour demander à ben Zayed de démentir un rapport du 8 septembre selon lequel les Émiratis auraient envoyé un message à Israël avant les attaques, contenant des informations sur une menace imminente du Hamas.

Deux agendas se superposent donc dans la même journée. Netanyahou vient chercher un alibi électoral. Riyad vient chercher une protection militaire. Et c'est très précisément cette superposition qui permet à chacun de nier ce qui l'arrange, sans jamais mentir tout à fait.

Washington regarde, valide, et ne dit rien

Le troisième acteur absent du communiqué officiel est le plus déterminant. Selon Israel Hayom, citant deux responsables diplomatiques du Golfe, la réunion s'est tenue avec la connaissance et l'approbation de l'administration américaine à Washington. Cette phrase change la nature de l'événement. Il ne s'agit plus d'une initiative israélienne isolée face à des partenaires arabes réticents, mais d'un dispositif validé en amont par la seule puissance capable d'arbitrer entre Riyad, Abou Dhabi et Jérusalem sans provoquer de rupture.

La même source précise que l'Iran constituait le sujet central de la réunion, les participants ayant discuté de plusieurs hypothèses pour les semaines à venir, tout en abordant la coordination diplomatique et sécuritaire ainsi que les défenses face à la menace houthie. Ynet complète ce tableau en précisant que les discussions ont porté sur l'Iran et la manière de contenir ses relais au Moyen-Orient, en particulier les Houthis, les représentants ayant également entendu la volonté israélienne d'aider les pays de la région en matière de défense aérienne, comme cela avait été fait pour les Émirats pendant la guerre avec l'Iran.

Ce dernier point mérite d'être isolé. Israël ne propose pas seulement une coordination de renseignement. Il propose un transfert de capacités de défense antimissile calqué sur ce qu'il a déjà fourni à Abou Dhabi. C'est un pas de plus que la simple normalisation diplomatique, c'est une intégration militaire concrète, testée sur un pays du Golfe pendant la guerre contre l'Iran et désormais proposée à d'autres.

La tenaille des deux détroits

Pour comprendre pourquoi cette offre tombe à ce moment précis, il faut revenir à la mécanique pétrolière qui a redessiné toute la région depuis février. Le trafic maritime dans le détroit d'Ormuz est largement bloqué par l'Iran depuis le 28 février 2026, date à laquelle les États-Unis et Israël ont lancé une guerre aérienne contre le pays, l'Iran ripostant en interdisant le passage, en abordant des navires marchands et en posant des mines dans le détroit. Washington a beau afficher sa maîtrise du dossier, les chiffres indépendants la contredisent. Le président Trump a affirmé que les États-Unis avaient le « contrôle total » du détroit, mais les données de la société d'analyse maritime Kpler montrent que seuls six navires ont traversé le détroit un mercredi, onze le mardi et cinq le lundi, pour une moyenne de treize navires par jour sur dix jours.

Face à ce goulet quasi fermé, l'Arabie saoudite avait réorienté ses exportations vers la mer Rouge, via le port de Yanbu et l'oléoduc Est-Ouest. C'est précisément cette voie de contournement que les Houthis ont visée en septembre. Le 24 septembre, le président Macron a annoncé l'envoi de troupes françaises pour défendre ce site pétrolier, alors que la milice houthie revendiquait de nouvelles attaques contre le royaume, l'Arabie saoudite affirmant avoir intercepté des missiles visant le port de Yanbu. Macron a pris soin de préciser que la France envoyait des moyens militaires, à savoir des soldats, des systèmes radars et des systèmes de défense, pour protéger ce site, sans s'engager dans un quelconque conflit.

Ce qui se joue donc n'est pas une guerre unique mais une tenaille à deux mâchoires, exactement comme le pressent la question posée en amont de cette analyse. D'un côté, les Américains verrouillent et contestent le détroit d'Ormuz depuis février par des frappes, un blocus naval et des opérations d'escorte. De l'autre, les Houthis, adossés à Téhéran, ont fermé la voie de contournement par la mer Rouge, forçant l'Arabie saoudite à solliciter à la fois la France sur son sol et Israël en coulisses. Les deux détroits qui permettent au pétrole du Golfe d'atteindre le monde sont aujourd'hui simultanément contestés, l'un par une puissance étatique en guerre déclarée, l'autre par une milice non étatique dont l'avancée sert les mêmes intérêts iraniens sans jamais engager Téhéran directement.

Une coalition à trois étages qui refuse de se nommer

Cette architecture ne repose pas sur un commandement unique, ce qui explique pourquoi aucun communiqué ne peut jamais la décrire dans son ensemble. Elle s'organise en trois étages distincts, tissés ensemble sans jamais fusionner.

Le premier étage est maritime. L'Arabie saoudite a annoncé fin juillet la création d'une coalition maritime avec treize autres pays pour protéger la navigation dans le détroit de Bab el-Mandeb, la mer Rouge et le golfe d'Aden, Riyad devant accueillir le commandement permanent de cette coalition. Fin septembre, l'Union européenne a demandé à son tour un statut d'observateur dans cette coalition saoudienne, la cheffe de la diplomatie européenne Kaja Kallas réclamant un renforcement de la mission navale Aspides pour escorter les cargos à travers Bab el-Mandeb face aux attaques houthies.

Le deuxième étage est un pacte de défense mutuelle entre États sunnites, sans lien organique avec le premier. Signé le 7 août 2026 entre le Pakistan, l'Arabie saoudite et la Turquie, l'accord de défense de La Mecque prévoit qu'une attaque armée contre l'un des trois pays sera considérée comme une attaque contre tous. Mais ce pacte reste largement théorique. Le 10 septembre, le Pakistan a indiqué qu'il n'envisageait pas de réponse militaire immédiate aux attaques houthies contre l'Arabie saoudite, sa réaction demeurant à ce stade essentiellement diplomatique. Une analyse universitaire relève d'ailleurs que les deux coalitions, maritime et défensive, restent distinctes, leurs adhésions et leurs mandats diffèrent, et rien n'indique un commandement conjoint reliant le pacte de La Mecque à la coalition maritime plus large.

Le troisième étage, enfin, est celui qui ne figure sur aucun organigramme officiel. C'est l'appui israélien, offert en catimini, sans traité, sans signature, réversible à tout moment par un simple démenti. C'est précisément cet étage-là que la réunion d'Abou Dhabi vient d'ajouter à l'édifice.

Ce que le silence de Riyad ne dit pas

Le démenti saoudien mérite d'être lu pour ce qu'il tait plutôt que pour ce qu'il affirme. Il ne conteste ni la tenue de la réunion, ni la présence d'autres délégations arabes, ni même le contenu des discussions rapportées par la presse israélienne sur l'Iran et les Houthis. Il porte sur un seul point, la présence physique d'un représentant saoudien dans la salle. C'est un démenti chirurgical, taillé pour préserver la ligne officielle de Riyad, qui n'a toujours pas de relations diplomatiques avec Israël, tout en laissant filer sans réaction le reste du récit israélien, notamment la mention explicite d'une demande saoudienne d'aide adressée au Mossad.

Un autre silence entoure cette rencontre. Le quotidien italien Il Foglio a rapporté que Saddam Haftar, fils du maréchal libyen Khalifa Haftar, aurait tenu une rencontre séparée avec Netanyahou dans la même ville, le même jour. Un avion habituellement utilisé par Saddam Haftar aurait atterri à 12h40, environ vingt minutes après l'arrivée de Netanyahou. Cette rencontre, non confirmée par une seconde source, s'inscrirait dans une longue habitude de contacts discrets. Le quotidien Haaretz avait rapporté que Haftar avait déjà été en contact avec la division « Tevel » du Mossad, chargée des relations avec les pays n'ayant pas de liens diplomatiques avec Israël. Selon Il Foglio, un ancien conseiller politique de Khalifa Haftar a estimé que Saddam avait rencontré Netanyahou pour obtenir un soutien politique à sa candidature à la présidence libyenne.

Que cette rencontre soit confirmée ou non, sa simple plausibilité, appuyée sur des années de précédents documentés, montre que le dispositif israélien à Abou Dhabi ne se limite pas aux États représentés officiellement. Il inclut des acteurs paraétatiques, des prétendants au pouvoir, des chefs de guerre en quête de reconnaissance internationale, tous prêts à échanger une promesse de normalisation contre un appui militaire ou politique immédiat.

Ce qui pourrait suivre

La suite la plus probable, dans les prochaines semaines, tient à la poursuite discrète de ce que cette réunion vient d'esquisser. Les livraisons de systèmes de défense aérienne israéliens aux pays du Golfe, déjà expérimentées avec les Émirats pendant la guerre contre l'Iran, se prolongeront vraisemblablement vers d'autres capitales, sans jamais faire l'objet d'une annonce officielle, chaque pays concerné continuant de démentir publiquement toute coopération directe avec Jérusalem. L'indicateur à surveiller sera la fréquence des rapports de presse israélienne évoquant de nouveaux transferts de systèmes antimissiles vers le Golfe, suivis systématiquement de démentis officiels similaires à celui de Riyad.

Une deuxième trajectoire, moins probable à court terme mais lourde de conséquences si elle se matérialisait, verrait le pacte de défense de La Mecque devenir réellement opérationnel si les attaques houthies continuaient de viser des sites saoudiens majeurs comme Yanbu. Le signal déterminant sera l'issue de la réunion des chefs militaires turc, pakistanais et saoudien réclamée fin septembre à l'Assemblée générale des Nations unies, qui doit clarifier les seuils précis d'activation du pacte, restés flous depuis sa signature.

Une dernière piste, plus incertaine, tiendrait à un effondrement prématuré de cette architecture si de nouvelles fuites, à l'image de celle qui a provoqué la plainte du Shin Bet contre la chaîne ayant révélé le déplacement avant même le retour de Netanyahou en Israël, venaient exposer publiquement le détail des accords conclus avant les élections israéliennes du 27 octobre. Dans ce cas, la pression intérieure sur les gouvernements du Golfe, contraints de désavouer publiquement toute coopération avec Israël pour ne pas payer le prix politique de leur opinion publique, pourrait geler temporairement des canaux qui fonctionnent aujourd'hui précisément parce qu'ils restent invérifiables.

La lecture la plus solide, à ce stade, n'est donc pas celle d'une guerre régionale ouvertement conduite par Israël aux côtés du Golfe contre l'Iran. C'est celle d'une architecture de sécurité construite par appuis successifs et déniables, où Washington couvre depuis l'ombre une coopération israélo-arabe que ni Riyad ni Abou Dhabi n'assumeront jamais publiquement tant que la question palestinienne restera un obstacle électoral et populaire dans leurs propres pays. Les deux fronts, celui d'Ormuz tenu par une flotte américaine et celui de Bab el-Mandeb disputé par une milice houthie, ne sont pas conduits par un même état-major, mais ils convergent vers le même résultat, l'asphyxie progressive des capacités d'exportation et d'influence maritime de l'Iran, sans qu'aucun des acteurs impliqués n'ait à endosser publiquement la responsabilité d'une guerre qu'ils mènent pourtant tous, chacun à sa manière et selon son propre calendrier électoral ou militaire.

« La réunion s'est tenue avec la connaissance et l'approbation de l'administration américaine à Washington »

Deux responsables diplomatiques du Golfe, cités par Israel Hayom

CHRONOLOGIE D'UNE BASCULE REGIONALE

28 février 2026, débuts de la guerre américano-israélienne contre l'Iran et fermeture de fait du détroit d'Ormuz 30 juillet 2026, l'Arabie saoudite annonce sa coalition maritime pour Bab el-Mandeb, rejointe par treize pays 7 août 2026, signature du pacte de défense de La Mecque entre Riyad, Ankara et Islamabad 10-11 septembre 2026, les Houthis achèvent la prise de toute la côte yéménite de la mer Rouge et de Bab el-Mandeb 24 septembre 2026, la France annonce l'envoi de troupes à Yanbu pour protéger l'oléoduc de contournement d'Ormuz 27-29 septembre 2026, visite secrète de Netanyahou à Abou Dhabi, réunion élargie à dix délégations selon Channel 14, puis démenti saoudien de toute présence

Par Samuel Lévy • L'Appel · L'Appel
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