Au lendemain d'une circulaire ordonnant aux forces de l'ordre d'intervenir contre les blocus, un élève d'un lycée professionnel du Val-d'Oise a été blessé. La police des polices est saisie.
Un projectile, un visage, une enquête. Lundi matin, devant le lycée professionnel Château d'Épluches, à Saint-Ouen-l'Aumône, un élève a été atteint au visage par un tir d'un policier, en marge d'un blocus.
L'information a été confirmée par le parquet de Pontoise à franceinfo. Le ministère public a confié les investigations à l'Inspection générale de la police nationale (IGPN), la « police des polices ». Elle devra établir le déroulé des faits, les raisons pour lesquelles le policier a fait usage de son arme et la conformité de ce tir au cadre légal.
Lundi soir, l'essentiel restait dans l'ombre. Ni l'âge de l'élève, ni la gravité de ses blessures, ni son éventuelle hospitalisation n'avaient été communiqués. La nature même du projectile n'était pas précisée. Rien ne permettait d'affirmer, à ce stade, qu'il s'agissait d'un lanceur de balles de défense (LBD).
Un projectile, un visage, une enquête.
Un matin de blocus, avenue du Château
Le lycée Château d'Épluches est situé au 45, avenue du Château. C'est un établissement public qui forme aux métiers de l'automobile et du transport, de la maintenance des véhicules à la conduite routière.
Lundi matin, un blocus a été dressé devant ses grilles. C'est dans ce contexte que le tir a eu lieu. Combien d'élèves se trouvaient là ? Quelles étaient leurs revendications ? Que s'est-il passé dans les minutes qui ont précédé le tir ? Aucune de ces questions n'avait reçu de réponse officielle lundi soir.
Les enquêteurs de l'IGPN disposent de plusieurs outils pour reconstituer la scène. Ils peuvent entendre les témoins, exploiter les images de vidéosurveillance et celles des caméras-piétons dont sont équipés les policiers, et examiner les éléments matériels liés au tir.
La saisine de l'IGPN ne préjuge pas d'une faute. Elle vise à établir les faits et à vérifier que les conditions légales d'usage de l'arme ont été respectées.
Le premier lundi après la circulaire
Le tir est intervenu au terme d'une semaine de tensions croissantes. Samedi, les ministres de l'Intérieur et de l'Éducation nationale ont adressé aux préfets une circulaire renforçant la protection des établissements. Elle prévoit que les forces de l'ordre interviennent en cas de blocage total, après concertation avec la direction du lycée.
Le texte recense les incidents survenus depuis le 18 septembre. La semaine précédente, 58 établissements ont été visés par des tentatives de blocage et une douzaine effectivement bloqués, selon les chiffres communiqués par le gouvernement. Vendredi 25 septembre, 31 personnes ont été interpellées dans l'agglomération parisienne, selon Sud Radio.
« Il faut qu'on retrouve la paix civile », a déclaré le ministre de l'Éducation nationale, Édouard Geffray.
Lundi était donc le premier jour de la semaine scolaire depuis la diffusion de cette consigne. Rien n'indique pour autant, dans les éléments rendus publics, que l'intervention de Saint-Ouen-l'Aumône en découle directement.
Il faut qu'on retrouve la paix civile.
- Édouard Geffray, ministre de l'Éducation nationale
Une fronde née à Créteil
Le mouvement est parti du lycée Saint-Exupéry, à Créteil, dans le Val-de-Marne, avant de gagner la banlieue parisienne à la faveur des réseaux sociaux, selon Sud Radio. La Seine-Saint-Denis et le Val-de-Marne sont les plus touchés, mais l'Essonne, les Hauts-de-Seine et le Val-d'Oise ont aussi connu des blocages.
Les griefs sont concrets. Classes surchargées, chaleur étouffante dans les salles, manque d'enseignants, d'assistants d'éducation, d'infirmières et d'assistantes sociales, pression de Parcoursup, conflits non réglés entre élèves et professeurs. Un élève de terminale de 17 ans a énuméré ces motifs au Café pédagogique. Le rectorat de Créteil note que les revendications restent « très variées d'un établissement à l'autre ».
Le mouvement a aussi connu des débordements. Des tirs de mortiers d'artifice ont visé les forces de l'ordre devant le lycée Bartholdi, à Saint-Denis. Selon le site Actu17, un élève a été brûlé en manipulant un engin incendiaire, et des feux ont été allumés devant des entrées d'établissements. Selon Orange Actu, un proviseur a été agressé, une conseillère principale d'éducation a été piétinée et un élève a été hospitalisé après avoir été touché par un mortier.
Mélenchon contre Lecornu
L'affaire éclate en pleine bataille politique. « Les lycéens en mouvement sont inoffensifs. Le gouvernement Lecornu a ordonné la répression. Cette férocité est irresponsable avec un arrière-goût raciste évident », a écrit lundi sur X le chef de file de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon. Selon LCP, il a appelé les militants insoumis à « s'interposer partout où vous le pouvez » entre les lycéens et la police.
Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a répliqué dans la foulée. « Votre accusation de racisme est une insulte. Racialiser un débat sur la sécurité des élèves, c'est ajouter de la division », a-t-il écrit, en rappelant qu'une lycéenne avait été blessée le matin même à l'acide chlorhydrique, aux mains et au visage, par des agresseurs. « Les élèves ont le droit à la sécurité. Les personnels ont droit à la protection. Les policiers ont droit au respect. »
Édouard Geffray accuse de son côté « certains députés LFI » d'avoir encouragé les blocages depuis mercredi et dénonce une « instrumentalisation politique » de la jeunesse, selon Sud Radio.
Les élèves ont le droit à la sécurité. Les personnels ont droit à la protection. Les policiers ont droit au respect.
- Sébastien Lecornu, Premier ministre
Des plaintes d'avocats pour violences
Le tir de Saint-Ouen-l'Aumône n'est pas la seule mise en cause des forces de l'ordre. Des avocats des barreaux de Paris et de Seine-Saint-Denis ont annoncé leur intention de porter plainte et de saisir l'IGPN pour des « violences policières d'une particulière gravité » visant des adolescents interpellés, dont un garçon de 15 ans, selon Orange Actu.
Le Café pédagogique a également fait état de l'usage d'un LBD par un agent de police municipale lors d'une autre mobilisation. Les circonstances de cet épisode n'ont pas été détaillées.
L'usage du LBD reste encadré. La doctrine d'emploi exclut en principe les tirs visant la tête. Le Défenseur des droits avait recommandé dès 2018 d'interdire cette arme dans les opérations de maintien de l'ordre, en raison de sa dangerosité.
Mardi, l'Union syndicale lycéenne appelle à bloquer « tous les lycées » du pays. À Saint-Ouen-l'Aumône, les enquêteurs de l'IGPN devront dire ce qui s'est passé, avenue du Château, dans les secondes qui ont précédé le tir. Leur réponse pèsera bien au-delà du Val-d'Oise. Comment un blocus de lycéens s'est-il terminé par un tir au visage?






