La Commission propose aux Vingt-Sept un dépistage systématique de l'hypertension, du cholestérol et du diabète. Les maladies cardiovasculaires tuent 1,7 million de personnes par an dans l'Union.
La Commission européenne a proposé lundi que tous les Européens bénéficient de bilans de santé cardiovasculaire réguliers, au moins tous les cinq ans entre 35 et 64 ans, afin de repérer plus tôt l'hypertension, l'excès de cholestérol ou le diabète et de réduire le nombre d'infarctus et d'accidents vasculaires cérébraux (AVC).
« Nous devons aider les gens à adopter de bonnes habitudes de santé plus tôt dans leur vie et à dépister les risques plus tôt », a déclaré le commissaire européen à la Santé, Olivér Várhelyi, lors d'une conférence de presse à Bruxelles.
« Pendant trop longtemps, les soins de santé ont consisté principalement à traiter les gens une fois qu'ils étaient malades. Nous ne pouvons plus nous permettre d'en faire notre modèle par défaut », a-t-il ajouté, appelant à faire de la prévention « un réflexe européen ».
Le texte prend la forme d'une proposition de recommandation du Conseil. Il n'est donc pas juridiquement contraignant. Il revient aux États membres, compétents en matière d'organisation des soins, de décider s'ils l'appliquent et selon quelles modalités.
Nous ne pouvons plus nous permettre d'en faire notre modèle par défaut.
- Olivér Várhelyi, commissaire européen à la Santé
Un calendrier par tranche d'âge
La proposition prévoit au moins un premier bilan avant 35 ans, puis des examens systématiques au moins tous les cinq ans entre 35 et 64 ans, plus fréquents pour les personnes à risque élevé, selon les éléments publiés par la Commission et rapportés par la presse belge. Au-delà de 65 ans, les contrôles seraient espacés de trois à cinq ans et plus approfondis, avec notamment un électrocardiogramme.
Les sources divergent sur la tranche la plus jeune. Selon le site spécialisé Vital Signs, le bilan avant 35 ans viserait en priorité les personnes présentant déjà des facteurs de risque, et non l'ensemble de la population. La Société européenne de cardiologie (ESC), qui avait remis ses propres recommandations à la Commission en avril, préconisait pour sa part au moins un examen pour tous avant cet âge.
Les bilans comprendraient la mesure de la pression artérielle, un bilan lipidique pour le cholestérol et un contrôle de la glycémie afin de détecter un diabète ou un prédiabète. S'y ajouteraient l'indice de masse corporelle, les antécédents familiaux et une évaluation des habitudes de vie, dont l'alimentation, l'activité physique et le tabagisme. La santé mentale, la santé reproductive et les fonctions rénale et respiratoire pourraient également être examinées.
La fréquence des examens et les mesures de suivi devraient être adaptées à chaque personne, en fonction de son âge et de son profil de risque, précise le texte.
Première cause de mortalité dans l'UE
Les maladies cardiovasculaires, qui regroupent notamment l'infarctus du myocarde, l'AVC, l'insuffisance cardiaque et les maladies des artères, provoquent environ 1,7 million de décès par an dans l'Union européenne, soit près d'un tiers de l'ensemble des décès. Quelque 62 millions de personnes en sont atteintes dans les Vingt-Sept.
Au-delà de la mortalité, ces pathologies entraînent des handicaps durables et une perte d'autonomie. Elles coûtent plus de 282 milliards d'euros par an à l'économie européenne, selon la Commission, qui estime que 80 % d'entre elles pourraient être évitées par une meilleure maîtrise des facteurs de risque. Chaque euro consacré à la prévention permettrait d'en économiser au moins sept, selon Bruxelles.
En France, ces maladies causent environ 140 000 décès par an, selon la Fédération française de cardiologie.
Des facteurs de risque souvent silencieux
L'hypertension, l'excès de cholestérol et le diabète peuvent évoluer pendant des années sans symptôme. L'hypertension abîme progressivement les vaisseaux sanguins et augmente le risque d'infarctus et d'AVC. Le cholestérol favorise la formation de plaques graisseuses dans les artères, tandis que le diabète multiplie les complications cardiovasculaires.
Près de la moitié de la population européenne souffre d'hypertension et environ une personne diabétique sur quatre ignore l'être, selon les chiffres diffusés par la Commission. Environ 20 % des jeunes sont en surpoids. Chez les 15-19 ans, plus d'un sur six a fumé une cigarette au cours du mois écoulé et environ un sur cinq a essayé la cigarette électronique.
Le surpoids, l'obésité, la sédentarité, le tabac et une alimentation déséquilibrée figurent parmi les autres facteurs identifiés. Selon la Commission, un dépistage précoce doit permettre d'orienter les personnes concernées vers un suivi médical, un changement d'habitudes ou un traitement, avant la survenue d'un infarctus ou d'un AVC.
La prévention dès l'enfance
La stratégie européenne mise aussi sur la prévention dès le plus jeune âge et au début de l'âge adulte. Elle encourage l'activité physique régulière, une alimentation équilibrée, la réduction du tabac et une consommation moindre de sel et de graisses saturées, afin que les facteurs de risque ne s'installent pas durablement.
Bruxelles entend également mieux informer le public sur les signes d'alerte de l'infarctus et de l'AVC, et sur l'importance d'une prise en charge rapide.
Une semaine de dépistage gratuit
La proposition coïncide avec le lancement de la première Semaine européenne du dépistage, du 28 septembre au 4 octobre, sous le slogan « Connaissez vos chiffres ». Plus de 800 points de dépistage gratuit sont ouverts dans les 27 États membres, selon la Commission.
À Bruxelles, des examens gratuits sont proposés jusqu'au 2 octobre devant le Berlaymont, siège de la Commission, avec mesure de la tension, de l'hémoglobine glyquée, du cholestérol, du tour de taille et de l'indice de masse corporelle, a rapporté le site Eunews. L'opération associe notamment la Société européenne de cardiologie, la Fédération internationale du diabète Europe et la Ligue cardiologique belge.
« Prenez quelques minutes, connaissez vos chiffres, comprenez vos risques et agissez tôt », a lancé Olivér Várhelyi.
Prenez quelques minutes, connaissez vos chiffres, comprenez vos risques et agissez tôt.
- Olivér Várhelyi
Un défi pour les systèmes de santé
Un dépistage plus précoce pourrait réduire les hospitalisations liées aux complications cardiovasculaires et améliorer le suivi des patients cumulant plusieurs facteurs de risque. Sa mise en œuvre supposera toutefois que chaque État membre garantisse l'accès aux examens et le suivi des patients, et limite les inégalités face à la prévention.
Pour financer ces efforts, la Commission rappelle que plus de 40 milliards d'euros de la Facilité pour la reprise et la résilience ont été investis dans la modernisation des systèmes de santé, et qu'une enveloppe de 20 millions d'euros a été mobilisée pour des outils de prévention fondés sur l'intelligence artificielle. Les fonds structurels peuvent aussi soutenir certains investissements.
La proposition doit désormais être examinée par les ministres de la Santé des Vingt-Sept. Les âges retenus, la fréquence des bilans et leurs conditions de mise en œuvre pourront encore évoluer d'ici son adoption, puis lors de sa déclinaison nationale.
Cette initiative s'inscrit dans le plan européen « Safe Hearts », présenté en décembre 2025, qui vise à réduire de 25 % les décès cardiovasculaires prématurés d'ici à 2035. La Société européenne de cardiologie avait appelé en avril à un dépistage « rapide et peu coûteux » en médecine de premier recours. « Nous demandons les choses les plus simples, applicables partout avec des ressources de santé limitées », avait alors déclaré sa coprésidente, Maddalena Lettino.
En France, l'Assurance maladie propose depuis 2024 des rendez-vous de prévention gratuits, baptisés « Mon bilan prévention », à quatre âges clés, entre 18 et 25 ans, 45 et 50 ans, 60 et 65 ans, puis 70 et 75 ans.






