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Les lycées en ébullition : le gouvernement répond par la répression et le maintien de l’ordre public

La voix de ceux qui n'ont pas de voix
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En cinq jours, la fronde est passée d'une poignée d'établissements franciliens à 180 lycées dans tout le pays. Le gouvernement y voit des « violences urbaines ». Les élèves, eux, parlent d'emplois du temps impossibles et de professeurs absents.

180 lycées. 164 interpellations. En une seule journée, lundi, la mobilisation lycéenne a changé d'échelle, et le débat public de nature.

Le chiffre a été donné par le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, lors d'un point de presse place Beauvau. Environ 180 établissements ont été touchés lundi par des blocages ou des tentatives de blocage. Douze policiers et gendarmes, une douzaine de lycéens et huit membres du personnel, dont trois chefs d'établissement, ont été blessés. Le ministre a jugé le nombre d'interpellations « assez significatif ».

Pour comprendre ce qui se joue devant les grilles des lycées, il faut tenir ensemble deux réalités que le débat politique s'emploie à séparer. Il y a une colère scolaire, précise et documentée. Et il y a, autour d'elle, des violences que personne ne conteste. La question est de savoir laquelle des deux dictera la suite.

Cinq jours pour changer d'échelle

Le mouvement prend son essor mercredi 23 septembre en Île-de-France, à partir du lycée Saint-Exupéry de Créteil, dans le Val-de-Marne, selon Sud Radio. La circulaire gouvernementale adressée samedi aux préfets recense toutefois des incidents dès le 18 septembre. Relayé par les réseaux sociaux, le mouvement gagne en quelques heures la Seine-Saint-Denis, puis l'Essonne, les Hauts-de-Seine et le Val-d'Oise.

Vendredi, 61 établissements sont concernés et 78 personnes interpellées, selon le ministre de l'Intérieur. Le bilan communiqué le jour même faisait état de 31 interpellations dans la seule agglomération parisienne, en fin d'après-midi. Lundi, la contestation franchit le périphérique et les frontières régionales. Des lycées sont bloqués à Lille, Marseille, Grenoble et Sedan, dans les Ardennes. Le rectorat de Nice recense quatre établissements bloqués dans les Alpes-Maritimes et le Var.

Le mouvement a triplé en un week-end, sans mot d'ordre national au départ. Il en a trouvé un en route. L'Union syndicale lycéenne (USL), principale organisation des élèves, appelle à bloquer les lycées de tout le pays mardi, jour de grève dans la fonction publique.

61 lycées vendredi, 180 lundi. Le mouvement a triplé en un week-end.

Ce que disent les élèves

Les revendications ne tiennent pas en un slogan. Elles tiennent en une liste. « La raison principale, c'est le surnombre et la chaleur. On a aussi la pression de Parcoursup et beaucoup d'incidents entre élèves et profs, pour lesquels il n'y a jamais de suite », a expliqué vendredi à l'AFP un lycéen de 17 ans du Val-de-Marne.
S'y ajoutent des emplois du temps jugés trop chargés et l'absence de professeurs non remplacés. Le rectorat de Créteil reconnaît lui-même des revendications « très variées d'un établissement à l'autre ». Cette diversité est souvent lue comme une faiblesse. Elle dit pourtant quelque chose de précis. Les élèves ne protestent pas contre une réforme identifiable, mais contre leurs conditions d'étude au quotidien.

Ces griefs rencontrent des chiffres. À la rentrée 2026, le ministère de l'Éducation nationale a supprimé 4 032 postes dans les écoles, collèges et lycées, dont environ 1 800 dans le second degré, selon le décompte du Café pédagogique. L'académie de Créteil, d'où est parti le mouvement, figure parmi celles qui perdent plus de 100 postes dans le secondaire. Le ministère invoque la baisse démographique. Le Snes-FSU objecte qu'entre 2017 et 2023, le public du second degré a gagné plus de 8 000 élèves tout en perdant plus de 8 000 emplois.

La chaleur, elle, n'a rien d'anecdotique. Après un été marqué par des épisodes caniculaires, de nombreux bâtiments scolaires restent mal protégés de la chaleur. Un élève qui étouffe dans une salle bondée en septembre n'a pas besoin d'un tract pour se sentir mal traité.

Les élèves ne protestent pas contre une réforme, mais contre leurs conditions d'étude au quotidien.

Ce que voit le ministre de l'Intérieur

Laurent Nuñez décrit une tout autre scène. « Sur de nombreux établissements », les forces de l'ordre ont été confrontées à des actions qui « ne sont pas des actions revendicatives de manifestations classiques », mais qui « s'apparentaient beaucoup plus à des violences urbaines », avec des individus « cagoulés, équipés de mortiers, équipés de projectiles », a-t-il affirmé. « Ce n'était pas de la revendication, c'était vraiment de la violence à l'état pur. »

Les faits lui donnent en partie raison. Feux de poubelles, tags, tirs de mortiers d'artifice contre les policiers, proviseurs pris à partie. Personne, pas même les organisations lycéennes, ne défend ces actes. Le ministre a annoncé que le dispositif policier serait reconduit mardi.

Mais le cadrage choisi n'est pas neutre. Parler de « violences urbaines » déplace le sujet du ministère de l'Éducation vers celui de l'Intérieur. La réponse devient alors policière avant d'être scolaire. Or un blocus de lycée est, par nature, un rassemblement ouvert. Il attire des élèves mobilisés, des curieux, et parfois des jeunes extérieurs venus pour l'affrontement. Traiter l'ensemble sous le seul angle de l'ordre public revient à confondre la cause et ceux qui l'exploitent.

Ce n'était pas de la revendication, c'était vraiment de la violence à l'état pur.

- Laurent Nuñez, ministre de l'Intérieur

Des mineurs face à la police

Cette doctrine a un coût, et il se lit dans le bilan de lundi. Une douzaine de lycéens blessés en une journée. À Saint-Ouen-l'Aumône, dans le Val-d'Oise, un élève a été atteint au visage par un tir policier devant son lycée professionnel, et l'Inspection générale de la police nationale a été saisie. Des avocats de Paris et de Seine-Saint-Denis ont annoncé des plaintes pour des violences sur des adolescents interpellés.

Le maintien de l'ordre face à des mineurs obéit à une équation délicate. Chaque blessure d'élève nourrit la mobilisation du lendemain, bien plus sûrement qu'un tract syndical. Les mouvements lycéens passés l'ont montré. En décembre 2018, dans le sillage des Gilets jaunes, l'image de 151 jeunes agenouillés, les mains sur la tête, à Mantes-la-Jolie, avait durci la contestation au lieu de l'éteindre.

La tentation politique

La fronde est aussi devenue un champ de bataille partisan. Laurent Nuñez a jugé « totalement irresponsable » la participation de certains élus de La France insoumise aux blocages. Le ministre de l'Éducation, Édouard Geffray, accuse des députés LFI d'avoir encouragé les élèves depuis mercredi. Jean-Luc Mélenchon a répliqué en dénonçant une « répression » à « l'arrière-goût raciste », ce que Sébastien Lecornu a qualifié d'« insulte ».

Chaque camp y trouve son compte. Le gouvernement peut présenter le mouvement comme une manipulation, et l'opposition de gauche comme une révolte réprimée. Dans les deux cas, les revendications des élèves passent au second plan. C'est sans doute le principal risque de la séquence. Une colère que personne n'écoute ne disparaît pas, elle change de forme.

Une colère que personne n'écoute ne disparaît pas, elle change de forme.

Mardi, le point de jonction

Le 29 septembre donne au mouvement ce qui lui manquait, un calendrier national. Les syndicats de la fonction publique appellent à la grève pour les salaires, le point d'indice et les moyens des services publics. La CGT affirme que près d'un million d'agents ont vu leur rémunération indiciaire reculer de 15 % en dix ans, et critique les projets de budget 2027.

La rencontre entre une révolte d'élèves et une grève d'enseignants et d'agents publics n'a rien d'automatique. Les blocus, qui empêchent aussi la tenue des cours, ne font pas l'unanimité dans les salles des professeurs. Mais les deux mouvements partagent un même diagnostic, celui d'un service public d'éducation sous tension, et c'est ce terrain commun que le gouvernement doit désormais surveiller.

Le mouvement lycéen tiendra-t-il jusqu'aux vacances de la Toussaint, dans moins de trois semaines ? L'histoire des mobilisations scolaires montre qu'elles s'essoufflent souvent d'elles-mêmes, faute de relais et à l'approche des congés. Mais leur extinction dépend moins du nombre de policiers déployés que de la réponse apportée à ce qui les a fait naître.

Les mortiers et les poubelles incendiées appellent une réponse de sécurité, personne ne le conteste. Les classes surchargées, les postes supprimés et les salles surchauffées appellent une réponse politique, que personne n'a encore formulée. Tant que le gouvernement ne traitera que la première, il risque de laisser la rue aux plus violents et de perdre les autres, ceux qui voulaient seulement étudier dans de meilleures conditions.

Par la rédaction • L'Appel · L'Appel
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