Au carrefour qui relie Aden, Taïz et Sanaa, les deux camps livrent deux récits inconciliables d'un même bombardement.
Au moins sept personnes ont été tuées et une quarantaine blessées dimanche dans une frappe aérienne visant un marché de la province de Taïz, dans le sud-ouest du Yémen, selon le ministère de la Santé contrôlé par les rebelles houthis. Le gouvernement yéménite affirme de son côté avoir visé une installation militaire houthie.
La frappe a touché des commerces du marché situé au carrefour de Mafraq Maweyah, a indiqué le ministère de la Santé de Sanaa, qui fait état d'enfants parmi les blessés. Des médias proches des rebelles évoquent au moins cinq enfants blessés et des destructions importantes dans les boutiques du marché. La télévision houthie Al-Masirah avait signalé, quelques minutes avant l'annonce du bilan, le passage d'un avion de combat saoudien au-dessus du secteur.
Selon des sources yéménites interrogées par L'Appel, ce marché se trouve sur un axe qui sépare les routes d'Aden, de Taïz et de Sanaa, dans une zone densément peuplée. Ce carrefour stratégique se situe sur l'une des lignes de front entre les rebelles et les forces loyales au gouvernement reconnu par la communauté internationale.
« Le régime saoudien continue de commettre des massacres et de viser les infrastructures et installations civiles, ponts, bâtiments et marchés », a déclaré un porte-parole des Houthis dans un communiqué. Un réseau local de défense des droits, le Taiz Rights and Freedoms Network, a dénoncé un ciblage « direct et délibéré » de commerces bondés, qu'il qualifie de violation du droit international humanitaire.
Sept morts, quarante blessés, un marché en ruines. Et deux versions qui ne se rejoignent pas.
Le récit minuté des rebelles
Le porte-parole militaire des Houthis, Yahya Saree, a livré dans l'après-midi une chronologie détaillée de l'opération. Selon lui, des chasseurs saoudiens F-15 ont décollé à 11h00 de la base aérienne de Khamis Mushait, dans le sud-ouest du royaume, en direction de la province de Taïz.
Ils ont mené deux frappes sur le marché du carrefour de Maweyah à 11h29, a-t-il affirmé, faisant « une cinquantaine de morts et de blessés » selon un bilan qu'il qualifie de provisoire. Les appareils auraient quitté l'espace aérien de Taïz à 11h37 pour se diriger vers la province d'Al-Jawf, dans le nord du pays.
Toujours selon Yahya Saree, les avions y ont effectué quatre frappes sur les secteurs de Khab et d'Al-Shaab, avant de regagner Khamis Mushait vers 14h00. « Le sang versé injustement et avec brutalité au marché de Maweyah » sera réclamé à l'Arabie saoudite, a-t-il déclaré, promettant que Riyad en « rendra compte ».
Ce récit n'a pas pu être vérifié de source indépendante. Riyad n'a pas commenté ces affirmations.
La version du gouvernement : un camp militaire houthi Le gouvernement yéménite a affirmé, selon Reuters, que ses forces avaient visé une installation militaire et des véhicules houthis au même endroit. Trois sources militaires gouvernementales ont indiqué à l'agence que les rebelles avaient récemment établi un camp militaire à proximité du marché.
La veille, samedi, un site d'information favorable au gouvernement avait déjà fait état de frappes de la coalition contre des dépôts de munitions et de roquettes houthis aux carrefours de Mafraq Maweyah et de Mafraq al-Dhukrah, à l'est de Taïz, ainsi que contre un convoi de renforts au nord de la ville. L'Arabie saoudite ne s'était pas exprimée dimanche après-midi.
Aucune source indépendante n'était en mesure de vérifier le bilan ni la nature exacte des cibles touchées. La présence alléguée d'un camp militaire à proximité d'un marché fréquenté, si elle était confirmée, poserait la question de l'exposition des civils par les deux parties.
Une guerre qui s'intensifie depuis juillet
La frappe s'inscrit dans une nette escalade du conflit entre les Houthis et l'Arabie saoudite, relancé en juillet après plusieurs années de trêve. Le porte-parole militaire des rebelles, Yahya Saree, affirme que l'aviation saoudienne a mené 27 sorties au cours des dernières 24 heures, portant à 1 059 le nombre total de frappes depuis le début de l'escalade, un chiffre invérifiable.
Les rebelles, qui ont pris ce mois-ci le contrôle de l'ensemble de la côte yéménite de la mer Rouge, multiplient de leur côté les tirs de missiles et de drones vers le royaume. Samedi, la coalition a annoncé avoir intercepté deux missiles balistiques visant Khamis Mushait et deux drones en direction de Riyad. Les écoles de la capitale saoudienne sont passées à l'enseignement à distance pour une semaine.
Ville tenue par le gouvernement mais encerclée sur plusieurs fronts, Taïz est redevenue l'un des points chauds des combats. Selon les Nations unies, le conflit a fait plus de 122 000 déplacés, 674 morts et près de 3 000 blessés entre le 6 août et le 18 septembre.






