Plusieurs hommes arrêtés, un village évacué dans la nuit, l'US Air Force en alerte maximale. La police antiterroriste mène l'enquête, sans avoir été alertée à l'avance.
La police antiterroriste britannique a pris dimanche la tête de l'enquête après l'arrestation de plusieurs hommes soupçonnés d'infractions à la loi sur les explosifs près de la base aérienne de RAF Fairford, dans le sud-ouest de l'Angleterre, utilisée par l'armée de l'air américaine pour ses frappes contre l'Iran. Un « incident majeur » a été déclaré et une partie du village voisin de Whelford a été évacuée dans la nuit.
Une nuit d'évacuation dans les Cotswolds
La police du Gloucestershire a indiqué qu'« un certain nombre de propriétés » étaient en cours d'évacuation dans le secteur de Whelford, à la suite de l'arrestation de « plusieurs hommes » soupçonnés d'infractions à l'Explosives Act. L'équipe spécialisée de neutralisation des explosifs de l'armée de terre examinait plusieurs véhicules, a-t-elle ajouté, tandis qu'une unité d'intervention en zone dangereuse du service ambulancier était déployée.
« Nous travaillons en étroite collaboration avec nos partenaires et mettons en œuvre les plans bien rodés dont nous disposons », a déclaré la police, précisant qu'un périmètre de sécurité avait été établi et qu'elle estimait l'incident « contenu ». Les habitants ont été conduits dans un centre de loisirs voisin, où une trentaine de personnes, dont des enfants et des personnes âgées, étaient rassemblées dimanche matin, certaines encore en pyjama, selon la BBC.
Des responsables gouvernementaux, cités par la BBC, ont confirmé que l'enquête était conduite par la police antiterroriste. Selon la même source, l'opération n'a pas été déclenchée sur la base de renseignements préalables, ce qui laisse penser que les enquêteurs n'avaient pas connaissance d'un éventuel projet avant les arrestations. Le nombre exact des personnes interpellées, leur identité et leur nationalité n'ont pas été communiqués.
Une opération qui n'était pas guidée par le renseignement. Autrement dit, personne n'avait vu venir ce qui s'est passé à Whelford.
Un habitant évacué, Julian Tubsbery, a affirmé à la BBC que trois camionnettes « inhabituelles » étaient apparues au milieu du village dans la nuit et qu'un résident les avait immédiatement signalées à la police. Des images aériennes diffusées par la chaîne montraient un robot de déminage sur roues évoluant près de trois fourgons blancs stationnés. La police n'a fait mention ni de camionnettes ni de robots.
Un autre évacué, prénommé Jason, a raconté avoir été réveillé par des policiers après avoir vu passer des messages sur le groupe du village la veille au soir. « Tout s'est passé très vite. Nous avons rassemblé nos affaires et nous sommes venus ici », a-t-il dit à la BBC. Une conférence de presse de la police était annoncée à 12 h 45, heure britannique, sans questions de la presse.
Londres se veut rassurant, Washington relève son niveau d'alerte
Le Premier ministre, Andy Burnham, est tenu informé depuis Liverpool, où se tient le congrès du Parti travailliste. Il a renoncé à participer à un match de football entre journalistes et responsables politiques pour suivre la situation, selon The Guardian. « Nous remercions les services d'urgence, qui ont agi rapidement pour interpeller plusieurs suspects et mettre en place des mesures afin d'assurer la sécurité de la population », a déclaré un porte-parole du gouvernement, jugeant « inapproprié » de commenter davantage.
« Je tiens à remercier toutes les équipes d'urgence et spécialisées qui ont agi avec une telle rapidité », a écrit sur X le ministre de la Défense, Wes Streeting. « Nous pouvons être rassurés, la situation est prise en main, et c'est précisément pour cela que nos équipes d'intervention et nos forces armées sont en alerte 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. »
Nous pouvons être rassurés, la situation est prise en main.
- Wes Streeting, ministre britannique de la Défense
La ministre de l'Intérieur, Shabana Mahmood, a indiqué que les secours estimaient l'incident « contenu ». La députée de la circonscription de South Cotswolds, Roz Savage, a qualifié les scènes d'« inquiétantes », tout en relayant la même appréciation de la police. Un élu local, Tristan Wilkinson, a appelé la population au calme et à limiter « au strict minimum » les spéculations.
Côté américain, un porte-parole de l'US Air Force a assuré que le 501e Combat Support Wing et les autres unités stationnées au Royaume-Uni « restent vigilants » et prendront les mesures appropriées pour protéger militaires, civils, sous-traitants et familles, sans détailler les dispositifs de protection. D'après plusieurs médias britanniques, Fairford a été placée au niveau Delta, le plus élevé de l'échelle de protection des forces américaines, une information que l'armée de l'air américaine n'a pas officiellement confirmée.
La base de RAF Lakenheath, dans le Suffolk, qui abrite la 48e escadre de chasse américaine, a en revanche confirmé être passée au niveau Charlie, le deuxième plus élevé. Selon la définition du département américain de la Défense, ce niveau s'applique lorsqu'un incident survient ou que des renseignements indiquent qu'une action terroriste visant du personnel ou des installations est probable.
Une base au cœur de la guerre contre l'Iran
Située à la limite du Gloucestershire et du Wiltshire, à environ 6,4 kilomètres au sud de la petite ville de Fairford, la base sert de longue date de site d'opérations avancé à l'armée de l'air américaine. Elle a accueilli le Strategic Air Command pendant la guerre froide, puis des bombardiers B-52 lors de la guerre du Golfe en 1991 et de l'invasion de l'Irak en 2003.
Depuis le début de l'offensive américano-israélienne contre l'Iran, le 28 février, Londres a autorisé Washington à mener depuis Fairford des missions qualifiées de « défensives » par le ministère britannique de la Défense, visant à détruire les capacités balistiques iraniennes, notamment les sites qui frappent la navigation dans le détroit d'Ormuz. Des B-52 et des B-1B y ont décollé chargés de missiles de croisière AGM-158 et de bombes guidées pénétrantes, pour des missions de 12 à 15 heures, selon l'analyste armement de la BBC Chris Partridge.
En juillet, les Gardiens de la révolution iraniens avaient averti le Royaume-Uni de ne pas laisser les bombardiers américains décoller de Fairford. Un porte-parole du gouvernement avait alors répondu que les forces armées étaient « prêtes à protéger le Royaume-Uni de tout type d'attaque, sur notre sol ou depuis l'étranger ». Le Royal International Air Tattoo, grand meeting aérien qui attire habituellement quelque 170 000 visiteurs chaque juillet sur la base, a été annulé cette année en raison du conflit.
Depuis février, Fairford n'est plus une base de réserve dans la campagne anglaise. C'est une rampe de lancement de la guerre contre l'Iran, et Téhéran l'a désignée comme telle.
La base est aussi devenue un point de fixation des opposants à la guerre. La Campagne pour le désarmement nucléaire (CND) a estimé dimanche, par la voix de sa secrétaire générale Sophie Bolt, citée par The National, que l'autorisation donnée aux opérations américaines avait « contribué à prolonger ce désastre » et « accru les risques pour la population britannique ».
Ce que l'on ignore encore
À ce stade, rien n'établit publiquement un lien entre les suspects et l'Iran, ni même que la base elle-même était visée. La police n'a pas confirmé la découverte d'explosifs, se bornant à évoquer des arrestations pour des infractions présumées à la loi sur les explosifs. Elle n'a précisé ni le nombre de suspects, ni leur profil, ni la nature exacte de ce que contenaient les véhicules inspectés.
Le contexte pèse néanmoins sur les esprits. Le correspondant sécurité de la BBC, Frank Gardner, souligne que l'incident intervient dans un climat marqué par la multiplication en Europe d'actes relevant de la « guerre hybride ». Les services britanniques avaient déjà fait état d'une hausse de 50 % des affaires liées à des menaces d'origine iranienne au cours des six mois précédant décembre 2025, selon l'agence PA.
La question de l'accès aux abords de la base risque aussi de revenir au premier plan. Un journaliste de la BBC qui avait couvert l'arrivée des bombardiers en mars raconte que des centaines de passionnés d'aviation pouvaient se masser librement le long de la clôture d'enceinte, à quelques mètres des B-1 américains, avec des contrôles policiers seulement ponctuels.
Dimanche, au cordon de sécurité, des policiers armés et en tenue d'intervention refoulaient cyclistes et automobilistes. À quelques mètres, derrière la clôture de la base, les bombardiers B-1 Lancer de l'US Air Force restaient visibles.






