Le pape Léon XIV a descendu samedi en papamobile l'avenue des Champs-Élysées, acclamé par une foule considérable, avant de présider une messe en plein air place de la Concorde, point d'orgue de son voyage apostolique en France, le premier séjour d'un pape à Paris depuis Benoît XVI en 2008.
Plus de 600 000 personnes s'étaient inscrites pour assister à la célébration, selon le diocèse de Paris, qui a clos les inscriptions le 16 septembre et ouvert une zone supplémentaire place de l'Étoile et avenue de la Grande-Armée pour absorber l'afflux. Les premiers fidèles ont pris position dès l'aube le long des barrières, agitant des fanions jaune et blanc aux couleurs du Vatican et des drapeaux régionaux.
Parti peu après 14h00 du secteur de l'Étoile, le cortège a parcouru environ deux kilomètres jusqu'à la Concorde. Debout dans son véhicule, le pape américain de 71 ans s'est arrêté à plusieurs reprises pour bénir des enfants que leurs parents lui tendaient depuis la foule.
La messe, d'une durée prévue d'une heure et demie, est célébrée en l'honneur de la Vierge Marie sous le vocable de « Fontaine du salut », en lien avec le thème du voyage, « Pour que le monde ait la vie ». L'autel a été dressé sur une scène de 50 mètres sur 30, surélevée de trois mètres, sous une croix dorée de quatre mètres de haut. Léon XIV doit y prononcer son homélie en français.
Près de 12 000 policiers, gendarmes et militaires ont été mobilisés, selon Le Figaro, qui a photographié des tireurs d'élite postés sur le toit de l'Assemblée nationale, à 400 mètres de la place. La préfecture de police a instauré un périmètre de protection de vendredi 22h00 à samedi 20h00, et une dizaine de stations de métro ont été fermées. Les organisateurs ont mobilisé 12 000 bénévoles et prévu quelque 500 000 hosties, selon le site catholique Aleteia.
Emmanuel Macron n'assiste pas à la célébration. L'Élysée avait fait savoir le 22 septembre que le chef de l'État ne participerait à aucun des temps religieux de la visite et qu'il serait représenté par le Premier ministre, Sébastien Lecornu, et par son épouse, Brigitte Macron. Sa présence à la messe du pape François au stade Vélodrome de Marseille, en 2023, lui avait valu des critiques à gauche au nom de la laïcité.
Les responsables politiques ont en revanche afflué, à sept mois de l'élection présidentielle. Marine Le Pen et Jordan Bardella pour le Rassemblement national, Gabriel Attal et Édouard Philippe pour le bloc central, Bruno Retailleau pour Les Républicains et Éric Zemmour, accompagné de Sarah Knafo, figurent parmi l'assistance, tout comme les anciens Premiers ministres Michel Barnier et François Fillon. La présidente de l'Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, avait également annoncé sa venue.
« Si j'avais été président de la République, j'aurais été à cette messe », a déclaré vendredi sur CNews l'ancien chef de l'État Nicolas Sarkozy, qui avait annoncé sa présence. Il n'avait pas assisté, lorsqu'il était à l'Élysée, à la messe célébrée par Benoît XVI aux Invalides. Bruno Retailleau a, pour sa part, écrit sur X que la visite rappelait que « notre civilisation a des racines chrétiennes ».
La gauche a largement boudé l'événement. Le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, a dit préférer entendre le pape sur l'intelligence artificielle et sur Gaza plutôt que d'aller « à la pêche aux voix ». Jean-Luc Mélenchon, candidat de La France insoumise, a exprimé son respect pour le souverain pontife, tout en se demandant si la présence de « mécréants » au milieu des fidèles lui ferait plaisir. L'écologiste Marine Tondelier a indiqué qu'elle serait peut-être plutôt à une marche pour le climat à Hénin-Beaumont.
Le choix de la Concorde, où furent guillotinés Louis XVI et Marie-Antoinette et qui incarne pour beaucoup de Français la République, a été contesté par des défenseurs d'une laïcité stricte. L'association Mouv'Enfants avait saisi fin août le tribunal administratif de Paris pour obtenir l'annulation et la suspension de l'autorisation accordée. Les organisateurs ont fait valoir qu'aucun autre site du centre de Paris ne pouvait accueillir une telle foule.
Le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, avait rappelé début septembre dans La Croix que la laïcité garantit la libre utilisation de l'espace public, dès lors que la manifestation est déclarée et ne trouble pas l'ordre public. La messe de Benoît XVI aux Invalides avait réuni environ 240 000 personnes.
Le pape avait ouvert sa deuxième journée à la Maison Bakhita, centre d'accueil des personnes exilées du diocèse de Paris, dans le XVIIIe arrondissement. Après avoir écouté un réfugié afghan, une personne en situation de handicap et une Nigériane sortie d'un réseau de prostitution, il a appelé à « voir ceux qui sont invisibles » et salué ceux qui, selon lui, « font de la place » plutôt que d'occuper l'espace.
À l'Institut catholique de Paris, devant des catéchumènes et des adultes récemment baptisés, il s'est dit émerveillé par le nombre de Français qui demandent les sacrements, relevant le paradoxe d'un tel mouvement dans une société à la culture « fortement sécularisée ». Quelque 13 000 adultes ont été baptisés en France à Pâques, selon le Saint-Siège, tandis que l'appartenance à l'Église catholique ne cesse de reculer dans le pays depuis la Seconde Guerre mondiale.
La veille, à l'Élysée, Léon XIV avait placé l'intelligence artificielle au cœur de son premier discours, reprenant la mise en garde de l'écrivain Georges Bernanos contre un « paradis des machines ». Il s'était également opposé à « l'offre d'une mort programmée », dans le débat français sur la fin de vie, et avait estimé que la juste laïcité ne consistait pas à exclure la religion de l'espace public. Emmanuel Macron avait répondu que la laïcité française n'était « nullement la négation de la religion ».
Environ 300 000 personnes s'étaient massées vendredi sur le parcours de la papamobile entre les boulevards du Montparnasse et Saint-Michel, selon le Vatican, qui citait une estimation des autorités locales. Le soir, 80 000 jeunes ont assisté à une veillée au Stade de France, à Saint-Denis, où l'Église affirme avoir dû refuser autant de demandes, faute de place.
Pour le politologue Jérôme Fourquet, directeur du pôle opinion de l'Ifop, interrogé par Le Figaro TV, l'un des principaux enjeux du voyage était pour le pape de se faire connaître et apprécier des Français, le second de raviver la ferveur catholique dans le pays.
Léon XIV doit quitter Paris en fin d'après-midi depuis l'aéroport d'Orly, à bord d'un appareil mis à disposition par Air France, pour rejoindre Lourdes, où il priera dans la soirée à la grotte du sanctuaire. Il doit y rencontrer en privé des victimes d'abus sexuels commis dans l'Église, avant de se rendre lundi à Metz, où il prononcera en anglais un discours consacré à l'Europe, à la paix et à l'unité.
« Les cathos, on ne les entend pas beaucoup, là on va faire du bruit », confiait avant la messe Sylvie Leclerc, une enseignante de 51 ans arrivée en car de Seine-Maritime, citée par Le Figaro.






