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Drones sur Leipzig, ogives en discussion : Bruxelles riposte au tampon encreur

La voix de ceux qui n'ont pas de voix
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Riga frappe à la porte de l'Élysée, pas à celle de la Commission. Tout est dit sur la place de l'Union dans la défense du continent.

Huit cents grammes d'explosif, collés à l'aile d'un Antonov. Découverts des heures plus tard, par un chauffeur de bus.

Riga cherche un parapluie, et ce n'est pas celui de Bruxelles

Mardi 22 septembre, le Premier ministre letton, Andris Kulbergs, a annoncé qu'Emmanuel Macron acceptait d'ouvrir des négociations sur une participation de son pays à l'initiative française de « dissuasion avancée ». Dans la même séquence, Paris s'engage à renforcer sa présence militaire en Lettonie, en particulier dans la défense aérienne. Le pays balte partage plus de 200 kilomètres de frontière avec la Russie. Il sait ce que vaut une promesse et ce que vaut un radar.

L'initiative n'a rien d'un club improvisé. Présentée par le chef de l'État le 2 mars sur la base de l'Île-Longue, elle prévoit que des éléments des forces stratégiques françaises, notamment des Rafale porteurs du missile nucléaire ASMP-A, puissent se déployer sur des bases alliées pour des manœuvres de signalement. Le Royaume-Uni, l'Allemagne, la Pologne, les Pays-Bas, la Belgique, la Grèce, la Suède, le Danemark et la Norvège y participent déjà. La Finlande les a rejoints le 14 septembre.

Or, un détail mérite qu'on s'y arrête. Aucune de ces démarches ne passe par l'Union européenne. Les Lettons n'ont pas écrit à la Commission, ni au Conseil, ni au Service européen pour l'action extérieure. Ils ont appelé l'Élysée. Le Royaume-Uni et la Norvège, qui ne sont même pas membres de l'Union, sont assis à la table. Voilà, en creux, le premier verdict sur la capacité européenne à dissuader Moscou.

Quand un pays balte a peur, il ne cherche pas Bruxelles dans l'annuaire. Il cherche Paris.

De fait, la clause d'assistance mutuelle du traité de Lisbonne, l'article 42.7, existe bel et bien sur le papier. Mais personne à Riga ne la confond avec une ogive. La garantie qui compte, rappelait le président finlandais Alexander Stubb en rejoignant l'initiative française, reste celle de l'OTAN, autrement dit celle des États-Unis. Paris offre un complément, Washington un socle, et l'Union une procédure.

Vingt et un paquets de sanctions, et le vingt-deuxième en préparation

Il serait pourtant injuste de dire que Bruxelles se tait. Bruxelles parle beaucoup, et elle légifère plus encore. Depuis février 2022, l'Union a adopté vingt et un paquets de sanctions contre la Russie, le dernier le 23 juillet 2026. Près de 3 000 personnes et entités figurent désormais sur ses listes. Kaja Kallas, haute représentante pour la politique étrangère, promet pour l'automne « les inscriptions les plus ambitieuses depuis le début de la guerre », soit environ 1 600 noms supplémentaires visant le complexe militaro-industriel russe.
Reste que le compteur dit aussi l'échec. Un vingt-deuxième paquet n'est pas le signe d'une pression qui fonctionne, mais d'une guerre qui continue. Sur le front, Emmanuel Macron lui-même estimait jeudi soir, sur TF1 et France 2, que Moscou pourrait encore avancer « un an et demi, deux ans » pour conquérir le reste du Donbass, et jugeait « crédible » une nouvelle mobilisation russe de 300 000 hommes.

Mieux, ou pire, le 21e paquet contient une concession passée presque inaperçue. Le mécanisme automatique d'ajustement du plafond de prix sur le pétrole brut russe, introduit un an plus tôt, a été suspendu jusqu'au 14 juillet 2027. Avec la fermeture quasi complète du détroit d'Ormuz et un baril en surchauffe, l'Europe a choisi de ne pas aggraver sa propre facture énergétique. Autrement dit, la crise du Golfe a désarmé une partie de l'arsenal économique braqué sur Moscou.

Plus les paquets s'empilent, plus ils ressemblent à un calendrier de l'Avent. On en ouvre un chaque trimestre, et la guerre est toujours là.

Ainsi, l'arme des sanctions reste prisonnière de sa règle d'or, l'unanimité. Chaque paquet se négocie pays par pays, exemption par exemption. Kaja Kallas a d'ailleurs renoncé aux restrictions sectorielles pour son prochain train de mesures, précisément pour éviter les blocages. On cible des noms plutôt que des secteurs. C'est plus facile à faire adopter, et beaucoup moins douloureux pour l'économie russe.

Deux cent dix milliards d'euros qui dorment à Bruxelles

S'il est un dossier qui résume l'art européen de la procrastination, c'est celui des avoirs russes gelés. Environ 210 milliards d'euros de réserves de la Banque centrale de Russie sont immobilisés sur le sol européen depuis 2022, dont près de 193 milliards chez Euroclear, à Bruxelles. L'idée d'un « prêt de réparation » adossé à ces fonds, au profit de l'Ukraine, a échoué en décembre 2025.

Le Premier ministre belge, Bart De Wever, y voit un risque juridique et financier majeur pour son pays, et exige que les Vingt-Sept partagent la responsabilité en cas de recours russe. La Pologne, les États baltes, la Suède, les Pays-Bas et l'Espagne poussent la Commission à contourner l'obstacle. Le sujet revient à l'ordre du jour du sommet européen des 15 et 16 octobre. Quatre ans après le gel, les milliards dorment toujours.

Pourtant, les arguments belges ne relèvent pas du caprice. Toucher aux réserves d'une banque centrale n'a guère de précédent, et le risque pour la crédibilité de l'euro comme monnaie de réserve est réel. Mais à force de peser chaque risque, l'Union a fini par en accepter un autre, celui de ne rien faire. Pour Moscou, un argent gelé mais intact reste un argent récupérable à la table des négociations.

Geler sans saisir, c'est garder le butin de l'adversaire au coffre, en attendant de le lui rendre.

Leipzig, ou la preuve par le drone

Dans la nuit du 4 au 5 août, sur le tarmac de l'aéroport de Leipzig-Halle, un quadricoptère FPV chargé de 800 grammes de penthrite a percuté l'aile d'un Antonov An-124, à proximité du réservoir de carburant. La charge n'a pas explosé. Le même soir, un Boeing 757 cargo, contraint d'interrompre son approche, a heurté un drone non identifié avant de se poser en urgence à Hanovre. Aucun blessé. Le 1er septembre, Berlin a officiellement attribué l'opération à la Russie, qui dément.

Qui a répondu ? L'Allemagne. Friedrich Merz a réuni son Conseil de sécurité nationale le 8 août. Berlin a annoncé l'ouverture d'un centre de recherche sur la sécurité face aux drones, le recrutement de 150 agents et la création de quatre bases de lutte antidrones. Des mesures nationales, financées au niveau national, décidées à Berlin. L'Union, elle, a exprimé sa solidarité.

Le fameux « mur de drones » européen, rebaptisé Initiative européenne de défense contre les drones, illustre le décalage. Lancé après les incursions de l'automne 2025, il ne doit atteindre qu'une capacité opérationnelle initiale à la fin de 2026, et sa pleine fonctionnalité à la fin de 2027. La surveillance du flanc oriental, pilotée par la Finlande et la Pologne, ne sera complète qu'en 2028. Le drone de Leipzig, lui, n'a pas attendu le calendrier.

L'Europe construit un mur en trois ans. Le drone, lui, a mis une nuit.

L'Union n'est pas muette, elle parle la mauvaise langue

Faut-il conclure, avec les sceptiques, que l'Europe se contente de condamner et de se taire ? L'accusation est trop simple. L'Union a mis sur la table 150 milliards d'euros de prêts à la défense avec l'instrument SAFE, et son plan « Préparation 2030 » vise à mobiliser jusqu'à 800 milliards d'euros de dépenses militaires. Aucune institution européenne n'avait jamais financé l'armement à cette échelle. Ce n'est pas rien.

Mais la dissuasion ne se mesure pas en milliards promis. Elle se mesure à ce que l'adversaire croit que vous ferez. Or, les tests russes des derniers mois, drones au-dessus d'aéroports, cyberattaques, sabotages, n'ont pas visé l'Union en tant que telle. Ils ont visé des États, un par un, pour mesurer leur réaction. Et ce sont des États, un par un, qui ont répondu.

Dès lors, le verdict s'impose. L'Union européenne n'est ni silencieuse ni impuissante, elle est lente. Elle excelle dans l'arme économique à long terme et échoue dans la réponse immédiate. La dissuasion réelle du continent se reconstruit en dehors d'elle, autour de la bombe française, des chars allemands promis à la Lituanie et du parapluie américain. Bruxelles fournit le financement et le vocabulaire, les capitales fournissent la force.

Le Kremlin, lui, a parfaitement compris où se trouve la vraie menace. Il ne commente guère les paquets de sanctions. En revanche, lorsqu'une commission du Parlement lituanien a approuvé, le 11 septembre, la levée de l'interdiction constitutionnelle d'accueillir des armes de destruction massive, Dmitri Peskov a réagi aussitôt. Des armes nucléaires stationnées dans le pays, a-t-il averti, seraient forcément dirigées « vers l'Est, c'est-à-dire vers nous ».

Moscou ignore les communiqués de Bruxelles. Il répond aux Rafale de Paris.

Il y a une ironie cruelle dans cette semaine européenne. L'Union, née pour que plus jamais la guerre ne revienne sur le continent, découvre que ceux qui la craignent le plus ne s'adressent pas à elle. Ils frappent à la porte d'une puissance nucléaire nationale, d'une alliance dominée par Washington, ou construisent leurs propres murs.

Le 15 octobre, les Vingt-Sept se retrouveront à Bruxelles pour reparler, une fois encore, des avoirs gelés. D'ici là, la Lettonie aura peut-être avancé dans ses négociations avec Paris. Reste une question que la Commission ferait bien de se poser avant de rédiger son prochain communiqué. Si l'Europe est vraiment une puissance, pourquoi ses membres les plus exposés cherchent-ils leur protection ailleurs ?

Par la rédaction • L'Appel · L'Appel
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