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Sous les cloches et les fusils d’assaut, Léon XIV entre dans Paris

La voix de ceux qui n'ont pas de voix
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Le souverain pontife a atterri ce vendredi matin à Orly pour une visite de quatre jours en France, protégée par un dispositif de sécurité inédit depuis les Jeux olympiques de 2024

Accueilli par Emmanuel Macron dès son arrivée sur le tarmac d'Orly, le pape Léon XIV a entamé vendredi 25 septembre 2026 un voyage apostolique de quatre jours qui doit le conduire à Paris, Lourdes puis Metz. Un million de personnes sont attendues dans la capitale sur deux jours, sous la protection de 14 000 policiers, gendarmes et militaires, de tireurs d'élite postés sur les toits et d'un dispositif anti-drones piloté par l'armée de l'air.

Sept minutes. C'est le temps qu'ont sonné à la volée, ce vendredi matin, les cloches de toutes les églises de France pour saluer l'arrivée d'un pape que la capitale n'avait plus reçu depuis 2008.

À Orly, il est un peu moins de dix heures quand l'avion du souverain pontife se pose sur le tarmac. Accueilli par des fidèles enthousiastes, le pape Léon XIV atterrit peu avant 10 heures, où Emmanuel Macron et son épouse l'attendent au pied de la passerelle. Des jeunes brandissent des tee-shirts frappés de la devise du voyage, « Pour que le monde ait la vie ». Le pape sourit, bénit, salue longuement la petite foule masse derrière les barrières.
Quelques mots suffisent pour donner le ton du séjour. « C'est pour moi une grande joie d'être parmi vous aujourd'hui », dit-il avant de rejoindre le cortège officiel. Dans l'avion qui l'amenait vers la France, Léon XIV avait déjà résumé l'esprit de son déplacement en évoquant un message de paix qu'il jugeait particulièrement nécessaire au moment où plusieurs conflits déchirent le monde.

Un chef d'État reçu, une messe désertée

À l'Élysée, le palais se remplit peu à peu avant l'arrivée du pontife, prévue à 11 heures. Le président français prend la parole le premier. Évoquant la loi de séparation de l'Église et de l'État de 1905, il souligne qu'elle a façonné une laïcité française qui n'est nullement la négation de la religion.

Le discours se veut chaleureux. Mais il s'accompagne d'une décision prise trois jours plus tôt et qui contredit, dans les faits, la tonalité de l'accueil. Emmanuel Macron a annoncé le mardi 22 septembre qu'il ne se rendrait à aucune des messes célébrées par Léon XIV lors de sa venue à Paris, Lourdes et Metz, après que le Vatican a rejeté sa proposition de visiter Notre-Dame de Paris. C'est Brigitte Macron, accompagnée du Premier ministre, qui représentera l'exécutif samedi place de la Concorde, tandis que le chef de l'État se contentera d'introduire le discours du pape sur l'Europe, lundi à Metz.

L'écart est révélateur. On reçoit le chef d'État du Vatican avec les honneurs militaires, on salue sa venue comme une chance pour le dialogue, mais on refuse soigneusement toute image du président assis dans une nef pendant un office religieux, à sept mois d'une échéance présidentielle où la laïcité reste un terrain miné. Le candidat du parti Horizons, Édouard Philippe, n'a pas eu les mêmes scrupules, saluant sur les réseaux sociaux une visite porteuse, selon lui, d'un message de dialogue, de paix et d'espérance qui dépasse la seule dimension spirituelle.

Un pape face aux algorithmes

L'après-midi appartient à l'Unesco. Le pape y est attendu à 15 heures pour ce que l'organisation présente elle-même comme un rendez-vous historique. Quarante-six ans après le discours de Jean-Paul II en 1980, un autre pape arpente les couloirs de l'agence onusienne à Paris pour s'adresser à la communauté internationale.

Le sujet, cette fois, n'est plus seulement la paix entre les nations mais la place de l'humain face à l'intelligence artificielle. Le pape doit y prononcer un discours solennel consacré à l'intelligence artificielle, à la jeunesse, à la paix et au dialogue interreligieux, devant l'ensemble de la communauté internationale et la famille de l'Unesco. Le texte prolonge l'encyclique publiée en mai, consacrée à la préservation de la personne humaine à l'ère des machines pensantes, et doit s'accompagner de la signature d'un accord-cadre entre le Saint-Siège et l'agence onusienne sur la coopération en matière d'intelligence artificielle.

Le calendrier n'a rien d'un hasard. Le pape américain choisit la tribune la plus universelle disponible pour peser sur un débat où les États peinent à fixer des règles, au moment précis où plusieurs géants technologiques contestent déjà, dans la presse spécialisée, ses positions sur la concentration du pouvoir que permet cette technologie. Rome s'invite ainsi dans un rapport de force qui se joue d'ordinaire entre Washington, Pékin et Bruxelles, et dont le Vatican espère devenir un arbitre moral.

Paris transformée en zone filtrée

Pendant que le pape s'exprime à l'Unesco, la ville qui l'entoure a déjà changé de visage depuis plusieurs jours. Treize mille barrières ont été installées en amont autour du quartier des Champs-Élysées pour en boucler l'accès. « On en parlait avec mes collègues, ils me disaient : comment on va faire, nous qui travaillons dans le coin ? Parce qu'on a vu que c'était vraiment barricadé », raconte un riverain, avant d'ajouter qu'une petite peur s'est installée ces derniers temps, surtout à cause de l'ampleur attendue de la foule.

Le dispositif dépasse largement celui d'un simple maintien de l'ordre. Vingt-trois stations de métro et de RER sont fermées entre jeudi et samedi, tandis que la rive gauche se retrouve, vendredi, entièrement sous contrôle. Des périmètres de sécurité renforcée, hérités du régime né de l'état d'urgence antiterroriste, transforment des quartiers entiers en zones à accès filtré.

Sur les toits, des silhouettes immobiles scrutent la rue. Au plus près du pape, une bulle de sécurité rassemble les gardes suisses et les policiers du service de la protection, tandis que des tireurs d'élite sont positionnés sur les points hauts et que des rues entières sont neutralisées dans un périmètre plus large. Dans le ciel, des hélicoptères de l'escadron Parisis sont prêts à décoller à tout instant. Face à d'éventuelles menaces de drones, ils embarquent un fusil brouilleur capable de neutraliser aussi bien un mini-drone que des engins plus imposants, en agissant directement dans le champ électromagnétique.

Au sol, chaque zone d'accès à la papamobile ou à la future messe des Champs-Élysées passe par des points de filtrage. Un système de QR code, mis en place par le diocèse, correspond à une zone précise de la Concorde, des Champs-Élysées ou de la Grande Armée, à laquelle le public accède par des box de contrôle où les sacs sont fouillés.

Les chiffres donnent la mesure de l'opération. Entre 12 000 et 14 000 policiers, gendarmes et militaires, ainsi que 2 500 pompiers, sont mobilisés à Paris pour les deux jours de la visite pontificale, un total de 14 000 forces le vendredi et 12 000 le samedi. Le ministère de l'Intérieur revendique, sur l'ensemble du parcours français, jusqu'à 37 000 membres des forces de sécurité déployés.

Ce que le renseignement ne dit pas tout haut

Officiellement, personne n'agite le chiffon rouge. Il s'agit d'un défi en soi, même si aucune menace particulière n'a été identifiée à ce stade, selon les autorités. Un policier de haut rang évoque, sous couvert d'anonymat, des risques d'action venus de militantes Femen ou de collectifs mobilisés contre les abus sexuels dans l'Église, plutôt qu'une menace terroriste caractérisée.

La prudence officielle contraste pourtant avec un fait rendu public deux jours à peine avant l'arrivée du pape à Paris. Les autorités libanaises ont annoncé avoir arrêté un opérateur syrien de l'État islamique chargé d'assassiner Léon XIV, qui avait mené des repérages sur l'itinéraire prévu pour identifier les failles du dispositif de sécurité lors de la visite du pape au Liban, fin 2025. Le suspect, entré illégalement au Liban et en contact avec des cadres de l'organisation en Syrie, a reconnu devant les enquêteurs avoir été chargé de cette opération lors du séjour du pontife à Beyrouth début décembre 2025.

Ce projet déjoué ne concernait pas la France et rien n'indique qu'il ait un quelconque lien avec le voyage parisien. Mais il rappelle, à quelques heures d'intervalle, que la fonction de chef spirituel d'un milliard et demi de baptisés fait aussi de Léon XIV une cible identifiée par la mouvance jihadiste, où qu'il pose le pied. Le luxe de moyens déployé à Paris, tireurs d'élite compris, se lit aussi à cette lumière, même si le discours public préfère insister sur la gestion des foules plutôt que sur le risque attentat.

La ferveur, la déambulation et les vêpres

En fin d'après-midi, le pape doit quitter l'Unesco pour entamer, entre l'église Notre-Dame-des-Champs et la place Saint-Michel, une déambulation en papamobile longue de deux kilomètres et demi. Cette séquence parisienne des vendredi et samedi devrait à elle seule drainer un million de personnes, un défi que la préfecture de police compare directement à celui des Jeux olympiques de 2024.

Habituée à gérer les grands rassemblements depuis les Jeux, dont elle est sortie auréolée, la préfecture de police de Paris affirme que l'enjeu, comme pour les JO, tient surtout à la gestion des flux de personnes, un million sans doute, mais aussi des cars et des véhicules.

Vers 17h15, le cortège doit atteindre Notre-Dame de Paris, restaurée après l'incendie de 2019, pour des vêpres solennelles réunissant prêtres, diacres, religieux et séminaristes venus de tout le pays. La cathédrale reste fermée au public plusieurs jours pour l'occasion, avant de rouvrir ses portes samedi soir pour quelques heures seulement.

La journée doit se clore au Stade de France, à Saint-Denis, où 80 000 jeunes sont attendus dès 21 heures pour une veillée de prière. Plus d'une centaine de cars ont été affrétés pour les y conduire, dans un diocèse de Seine-Saint-Denis qui n'avait jamais accueilli, à cette échelle, un rassemblement de cette nature.

Une facture que l'Église peine encore à couvrir

Derrière la ferveur, il y a une comptabilité. Monseigneur Pierre-Antoine Bozo, porte-parole de la Conférence des évêques de France, a annoncé vendredi que les dons destinés à financer la venue du pape atteignaient douze millions d'euros, sur les vingt-sept millions que doit coûter l'ensemble du voyage, dont vingt millions pour la seule étape parisienne. L'intégralité de cette somme doit provenir de la générosité des fidèles, sans un centime public, insiste l'Église, qui explique le dépassement budgétaire par la volonté d'offrir un accueil à la hauteur de l'engouement suscité, entre écrans géants sur les Champs-Élysées et captation soignée de la veillée du Stade de France.

Un point de comparaison éclaire l'ampleur de la dépense. Le précédent voyage du pape, en Espagne au mois de juin, avait coûté près de dix-sept millions d'euros pour trois jours, selon le général coordinateur du déplacement. Vingt-sept millions pour quatre jours en France, dont une bonne moitié pour la seule séquence parisienne, place ce voyage dans une catégorie à part.

Mais ce budget de vingt-sept millions ne dit qu'une partie de la vérité. Il couvre les écrans, la sonorisation, l'accueil des pèlerins. Il ne couvre pas la facture de la sécurité, intégralement assumée par l'État français, alors que quatorze mille agents mobilisés une seule journée représentent un coût que ni la préfecture de police ni le ministère de l'Intérieur n'ont, à ce stade, rendu public. L'Église peut se targuer de ne rien devoir au contribuable pour ses écrans géants. Elle ne pourrait pas en dire autant si l'addition intégrait les heures supplémentaires versées aux policiers, gendarmes et militaires qui quadrillent la capitale depuis plusieurs jours.

Un voyage qui n'esquive rien

La visite parisienne n'est que le prologue d'un déplacement dont les deux étapes suivantes s'annoncent plus scrutées encore. Dimanche, à Lourdes, Léon XIV doit recevoir à huis clos sept victimes françaises de violences sexuelles commises dans l'Église, parmi lesquelles des personnes ayant subi les agissements de l'abbé Pierre, du prêtre Bernard Preynat ou un ancien élève de l'établissement Notre-Dame de Bétharram.

Le format resserré de cette rencontre suscite déjà des critiques. Certains regrettent qu'une parole portée par un petit nombre n'ait pas été construite avec un cercle plus large, à l'image du colloque de deux jours organisé en avril 2025 entre victimes et évêques, et jugent dommage d'avoir raté ce rendez-vous. Symbole de cette tension, les mosaïques du prêtre slovène Marko Rupnik, accusé d'agressions sexuelles, seront recouvertes près du sanctuaire pendant la venue du pape avant d'être définitivement retirées.

Le sujet de la fin de vie plane également sur ce voyage. Depuis l'adoption en première lecture, en 2025, d'une loi française encadrant l'aide active à mourir, Léon XIV a plusieurs fois insisté, sans jamais citer directement le pays, sur la nécessité de défendre la dignité de toute personne humaine jusqu'à sa dernière heure. Les évêques français se sont, sur ce dossier, engagés en première ligne d'une manière que leurs homologues italiens n'ont pas reproduite face à une loi comparable votée à Rome. Le voyage à Metz, lundi, où le pape doit consacrer un discours à l'avenir de l'Europe aux côtés d'Emmanuel Macron, sera une nouvelle occasion de mesurer si le successeur de François choisit la confrontation frontale ou la pédagogie patiente sur ces sujets qui divisent profondément la société française.

Ce vendredi soir, tandis que 80 000 jeunes chanteront au Stade de France, les policiers postés sur les toits de la rive gauche resteront, eux, à leur poste jusqu'au bout de la nuit. Deux visages d'un même événement, la ferveur d'en bas et la vigilance d'en haut, qui ne se croiseront jamais mais qui, l'un sans l'autre, n'auraient pas pu tenir la promesse d'un million de personnes dans les rues de Paris.

« C'est pour moi une grande joie d'être parmi vous aujourd'hui »

Léon XIV, à son arrivée à l'aéroport d'Orly

LE PARCOURS DU PAPE EN QUATRE JOURS

Paris, 25-26 septembre - Élysée, Unesco, déambulation, vêpres à Notre-Dame, veillée au Stade de France, messe géante place de la Concorde Lourdes, 27 septembre - rencontre à huis clos avec sept victimes de violences sexuelles, messe pour 150 000 pèlerins Metz, 28 septembre - discours sur l'avenir de l'Europe aux côtés d'Emmanuel Macron, messe à la cathédrale Saint-Étienne Sécurité - jusqu'à 37 000 membres des forces de l'ordre mobilisés sur l'ensemble du voyage, dont 14 000 à Paris le premier jour

Par la rédaction • L'Appel · L'Appel
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