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Le mur qui semblait s’effondrer : une nuit d’alerte à la Fontaine d’Ouche

La voix de ceux qui n'ont pas de voix
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Un immeuble ordinaire, une voisine qui compose le 17 sans trop y croire, une porte qu'il faut enfoncer. Ce que le quartier savait déjà, et ce que seule l'enquête pourra confirmer.

Vers 21 heures, mercredi, quelqu'un cogne contre un mur, quartier de la Fontaine d'Ouche, à Dijon. Une voisine du quatrième étage pense d'abord à un choc isolé.

Le bruit qui grandit, l'appel qui tarde à partir

Les coups redoublent dans le mur mitoyen. À un moment, le vacarme prend une ampleur telle que la locataire du dessus croira, dit-elle, qu'une cloison en béton venait de céder. Ce n'est que vers minuit, après plusieurs heures d'hésitation face à un bruit qu'elle ne sait comment interpréter, qu'elle se décide à appeler la police. Les secours mettront près d'une heure à arriver sur place.

Quand les policiers pénètrent dans l'immeuble de l'avenue du Lac, aucune réponse ne leur parvient derrière la porte d'où provenaient les bruits. Ils doivent la forcer. À l'intérieur, dans la chambre, une femme de 53 ans gît inconsciente, le visage marqué de coups, des blessures profondes également visibles aux côtes. Les secours, appelés dans la foulée, ne pourront que constater son décès peu après.

Une fenêtre, un store brisé, des vêtements dans le vide

Au moment de l'intervention, son compagnon, âgé de 34 ans, tente de quitter les lieux par une fenêtre du deuxième étage. Les policiers parviennent à l'interpeller avant qu'il ne saute. Le store de la fenêtre, brisé dans la manœuvre, en porte encore la trace le lendemain matin. Une habitante de l'immeuble raconte avoir vu, depuis son balcon, des objets jetés depuis les étages supérieurs, des vêtements, des chaises, dont les débris joncheront le pied du bâtiment jusqu'au jeudi matin.

L'homme, dans un état de détresse manifeste au moment de son interpellation, sera placé en garde à vue avant d'être transféré vers un service psychiatrique. Les autorités n'ont, à ce stade, pas déterminé si cette tentative de fuite par la fenêtre visait à échapper aux forces de l'ordre ou constituait un geste suicidaire.

Ce que le parquet confirme, ce qu'il ne confirme pas

Le parquet de Dijon privilégie la piste du féminicide. Il précise que le couple se fréquentait depuis peu de temps, et que l'homme n'était pas connu de la justice pour des faits de violences conjugales antérieurs. Aucun mobile n'a, en revanche, été communiqué à ce stade. Rien n'indique officiellement si un différend précis, d'ordre sentimental, financier ou autre, a précédé le passage à l'acte.

Ce que racontent, eux, les voisins

Le silence institutionnel contraste avec ce que plusieurs habitants de l'immeuble affirment avoir entendu depuis des semaines, voire des mois. Une voisine rapporte les confidences d'une autre résidente, dont le logement fait face à celui de la victime : des cris fréquents, des coups, et jusqu'à des épisodes où la victime aurait été enfermée à la cave. Un autre habitant, visiblement bouleversé, ajoute qu'elle refusait systématiquement l'idée d'appeler la police. Une troisième décrit une femme « très gentille », dont la disparition a laissé l'entourage sous le choc.

Ces témoignages ne constituent pas, en l'état, des éléments établis par l'enquête. Mais ils rejoignent un schéma documenté à l'échelle nationale par les services statistiques du ministère de l'Intérieur, selon lesquels seule une victime de violences conjugales sur six ou sept environ franchit le pas du dépôt de plainte, la majorité des victimes subissant des épisodes répétés avant tout signalement officiel, quand signalement il y a.

Ce que l'enquête doit encore établir

Les résultats de l'autopsie, la teneur exacte des déclarations du suspect, l'existence éventuelle de signalements antérieurs non documentés jusqu'ici, et le mobile précis du passage à l'acte restent, pour l'heure, entre les mains des enquêteurs. Le suspect bénéficie, comme tout mis en cause, de la présomption d'innocence jusqu'à ce qu'une décision de justice définitive soit rendue.

Si vous êtes victime de violences conjugales ou témoin d'une situation à risque, le 3919, numéro national d'écoute, est joignable gratuitement 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7.

Par la rédaction • L'Appel · L'Appel
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