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Le logement qui manque n’est pas celui qui existe déjà

La voix de ceux qui n'ont pas de voix
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Près de 3 millions de logements vides, des loyers qui continuent de grimper, une construction en repli : la France n'a pas un problème de nombre, mais un problème d'endroit.

2,96 millions. C'est le nombre de logements vacants en France début 2025. Assez, sur le papier, pour loger toute la population de Marseille sept fois.

Le chiffre qui dément le sens commun

La France, hors Mayotte, comptait 38,4 millions de logements au 1er janvier 2025 selon l'Insee : 31,72 millions de résidences principales, 3,75 millions de résidences secondaires, et 2,96 millions de logements vacants, soit 7,7 % du parc. Un chiffre qui pourrait laisser croire à une réserve immédiatement mobilisable pour résorber la crise.

Cette lecture ne résiste pas à la géographie. L'Insee précise que la vacance se concentre dans des territoires éloignés des grands pôles urbains, souvent des logements en attente de succession, de travaux ou simplement situés là où personne ne cherche à s'installer, pendant que la tension se durcit précisément dans les métropoles et les villes universitaires. Comparer les 2,96 millions de logements vides au mal-logement revient à comparer deux cartes qui ne se superposent pas.

La France ne manque pas de logements en général. Elle manque de logements à l'endroit où vivent ceux qui en cherchent un.

Première cause : on construit moins qu'il y a cinq ans 370 673 logements ont été autorisés à la construction entre août 2025 et juillet 2026, selon le service statistique du ministère de la Transition écologique, un volume inférieur de 9,5 % à la moyenne des cinq années précédentes. En juin 2026, l'écart atteignait encore 8 % sur douze mois glissants. La tendance s'améliore légèrement depuis le début de l'année, sans effacer le retard accumulé.

Le signal envoyé par les professionnels confirme la prudence. Dans son enquête de juillet 2026, l'Insee relève une nouvelle dégradation de l'opinion des promoteurs sur les mises en chantier, en particulier pour le logement destiné à la vente, ainsi qu'un pessimisme accru sur la demande qui leur est adressée. Le secteur qui devrait combler le manque freine au moment où la pénurie s'installe.

Deuxième cause : le calendrier ne colle pas à la démographie La demande, elle, ne ralentit pas. 3,013 millions d'étudiants étaient inscrits dans l'enseignement supérieur à la rentrée 2024, soit 505 000 de plus qu'en 2014. Cette population cherche typiquement de petites surfaces, meublées, dans un délai très court avant la reprise des cours, et précisément dans les villes où l'offre est déjà la plus rare. S'y ajoutent les jeunes actifs en mobilité, les familles recomposées et les ménages qui ne parviennent pas à accéder à la propriété.

Troisième cause : même le logement social devient plus cher Les loyers des résidences principales louées vides ont augmenté de 1,6 % sur un an à juillet 2026, avec un écart net selon le secteur : 0,9 % dans le privé, mais 2,9 % dans le parc social, et jusqu'à 3,2 % hors agglomération parisienne. C'est le détail le plus contre-intuitif du dossier : le logement social, censé jouer le rôle d'amortisseur pour les ménages les plus fragiles, voit ses loyers progresser plus vite que ceux du marché libre.

Quand le parc social augmente ses loyers plus vite que le marché privé, l'amortisseur cesse de jouer son rôle pour les ménages qui en ont le plus besoin.

Ce que le gouvernement a déjà tenté, et pourquoi cela ne suffit pas La réponse publique ne date pas d'aujourd'hui. Le dispositif Pinel, jugé inefficace, a pris fin en 2024, remplacé par un accent mis sur le logement locatif intermédiaire. Le prêt à taux zéro a été prolongé jusqu'en 2027, recentré sur le neuf collectif en zone tendue et sur l'ancien rénové en zone détendue. Le 23 janvier 2026, le ministre du Logement a lancé le plan Relance logement, avec un objectif affiché de deux millions de logements supplémentaires d'ici 2030 et un nouveau statut du bailleur privé, inscrit à l'article 47 de la loi de finances pour 2026.

Ce plan se heurte cependant à une contradiction que le Parlement lui-même a pointée : l'objectif de zéro artificialisation nette limite mécaniquement les surfaces constructibles au moment où l'exécutif demande de construire davantage. Les réponses gouvernementales successives partagent un même défaut, relevé par l'administration elle-même dans une réponse écrite aux députés : il n'existe pas de mesure unique capable de résoudre une crise qualifiée de multifactorielle, alors même que les taux d'intérêt ont été multipliés par trois en quelques années.

Deux millions de logements d'ici 2030 : un objectif tenable ?

La Fondation Abbé Pierre situe le besoin annuel entre 323 000 et 384 000 logements jusqu'en 2030 pour loger les nouveaux ménages et réduire le mal-logement. L'Union sociale pour l'habitat évoque des besoins pouvant dépasser 500 000 logements par an. Le plan gouvernemental de deux millions de logements sur la période équivaut à environ 400 000 par an, un ordre de grandeur cohérent avec ces estimations.

Mais le point de départ contredit la trajectoire visée. La France construit aujourd'hui 370 673 logements par an, en dessous même du plancher de la fourchette basse. Pour atteindre l'objectif du plan Relance logement, il faudrait inverser en quelques mois une tendance qui recule depuis plusieurs années, dans un contexte où les promoteurs se disent plus pessimistes qu'avant, et où les contraintes foncières issues du zéro artificialisation nette n'ont pas été levées. L'écart entre l'objectif affiché et la trajectoire réelle n'est pas anecdotique, il est structurel.

Alors, les Français vont-ils continuer à chercher un logement qui n'existe pas ?

La réponse doit être nette, et elle se déduit directement des chiffres qui précèdent. Dans les zones tendues, la réponse est oui, au moins à court et moyen terme. La production reste inférieure aux besoins recensés par tous les acteurs, publics comme professionnels. Le vivier de logements vacants ne peut pas combler cet écart puisqu'il se situe majoritairement ailleurs. Les loyers continuent de progresser, y compris dans le parc social qui devrait pourtant protéger les ménages les plus exposés. Et l'objectif gouvernemental de deux millions de logements, aussi cohérent soit-il sur le papier, part d'un niveau de construction inférieur à la moyenne des cinq dernières années.

La baisse des prix à l'achat, 0,8 % sur un an au deuxième trimestre 2026, ne change rien à ce diagnostic : elle concerne l'acquisition, pas la location, et elle ne s'observe pas nécessairement dans les métropoles où la demande locative se concentre. Un marché de l'achat qui se détend légèrement à l'échelle nationale peut coexister, sans aucune contradiction, avec un marché locatif toujours aussi tendu à Paris, Lyon, Bordeaux ou Rennes.

Le logement le moins cher restera, pour longtemps encore, celui qui se trouve loin de là où l'on cherche à vivre.

La Fondation Abbé Pierre chiffrait à 15 millions le nombre de personnes touchées à des degrés divers par la crise du logement. Ce chiffre ne se corrigera pas par un simple recul des prix à l'achat, ni par l'existence théorique de millions de logements vides ailleurs. Il ne baissera que lorsque la courbe de la construction, aujourd'hui sous sa moyenne de long terme, croisera enfin celle de la demande, concentrée dans un nombre restreint de villes où chaque nouvel arrivant, étudiant ou actif, prend la place d'un logement qui n'a pas été construit.

Par la rédaction • L'Appel · L'Appel
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