« Il ne faut rien exclure. » La phrase tombe cinq jours avant une mobilisation nationale. Elle répond à une colère, elle en ignore une autre.
Jeudi soir, une phrase de sept mots a suffi à rouvrir un dossier que Bercy croyait clos depuis le 9 septembre.
Trois semaines plus tôt, le ministère de l'Économie avait tranché sans ambiguïté : pas de baisse générale de la fiscalité sur l'essence et le gazole, quelle que soit l'ampleur de la flambée des prix. Jeudi, sur TF1 et France 2, Emmanuel Macron a repris la main sur ce dossier, sans démentir Bercy mais sans le suivre non plus jusqu'au bout. « Je pense qu'en fonction de l'évolution, il ne faut rien exclure », a-t-il lâché, avant de préciser aussitôt qu'une telle baisse ne serait « pas la décision la plus vertueuse », ces taxes finançant « les dépenses de l'État ».
Le président construit ainsi une position à deux étages, où la porte reste entrouverte sans jamais s'ouvrir en grand. Sa préférence affichée va à la baisse des prix eux-mêmes, obtenue par la voie diplomatique, plutôt qu'à un geste fiscal qui priverait l'État de recettes. « Notre intérêt, c'est plutôt de baisser les prix avant de baisser les taxes », a-t-il résumé.
Ne rien exclure n'est pas promettre. C'est garder une carte en réserve, à jouer seulement si la pression devient intenable.
Ce que le calendrier révèle, que le discours tait
Cette déclaration n'existe pas dans le vide. Elle tombe le 24 septembre, cinq jours avant une journée nationale de grève et de manifestations dans la fonction publique convoquée pour le 29, et à peine plus d'une semaine après un gel du point d'indice qui a soudé les huit organisations syndicales représentatives autour d'un même appel. Replacée dans ce calendrier, la phrase de Macron cesse d'être une simple réponse à une question de journaliste sur les prix du carburant. Elle devient un geste politique adressé à une mobilisation qui n'a pas encore eu lieu.
Le geste, pourtant, ne couvre qu'une partie du terrain sur lequel la colère s'est construite. Le carburant et les salaires des agents publics forment les deux piliers de la mobilisation du 29 septembre, et Macron n'a parlé, jeudi, que du premier. Sur le second, le gel du point d'indice qui a déclenché l'appel unitaire, aucune ouverture, aucune nuance, aucun « il ne faut rien exclure » n'a été prononcé.
Une main tendue, une main fermée
Cette asymétrie mérite d'être pesée pour ce qu'elle dit du calcul présidentiel. Sur le carburant, sujet qui touche l'ensemble des automobilistes, salariés du privé compris, et qui dispose d'une résonance bien plus large que la seule fonction publique, Macron choisit l'ouverture conditionnelle. Sur le point d'indice, sujet plus circonscrit à 5,5 millions d'agents mais suffisamment sensible pour avoir uni huit syndicats que tout oppose habituellement, il ne choisit rien : il n'en parle pas.
Une main tendue sur l'essence, une main fermée sur les salaires : le président traite différemment deux colères qui convergeront pourtant dans les mêmes cortèges mardi.
Ce choix peut se lire comme un pari tactique. Le carburant est un sujet transversal, capable de mobiliser au-delà des seuls agents publics, notamment via le préavis de grève illimitée déposé par la CGT-RATP à compter du 28 septembre au soir. En desserrant la pression sur ce front, sans rien lâcher sur l'autre, l'exécutif cherche peut-être à limiter l'extension de la contestation au secteur privé, tout en maintenant sa ligne budgétaire sur la seule dépense qu'il maîtrise directement, la masse salariale de la fonction publique.
Une porte qui ne suffira sans doute pas à refermer la rue
Rien, dans les mots choisis jeudi, ne constitue un engagement chiffré ni daté. Aucun seuil de prix n'a été fixé, aucun calendrier n'a été donné, et la priorité affichée reste la négociation internationale sur les approvisionnements, un levier que le président a lui-même reconnu ne pas maîtriser entièrement face à Washington. Pour les organisations syndicales qui préparent le 29 septembre, cette phrase offre donc peu de prise concrète : elle ne répond à aucune de leurs revendications chiffrées, ni sur les salaires, ni sur un mécanisme de protection automatique à la pompe.
Le risque, pour l'exécutif, est que cette ouverture soit lue comme un aveu de fragilité plutôt que comme un geste d'apaisement. Reconnaître publiquement que « rien n'est exclu » sur les taxes, cinq jours avant une mobilisation où les prix du carburant figurent parmi les griefs cités, peut aussi bien être interprété comme la preuve que la pression de la rue fonctionne, et encourager, plutôt que dissuader, une participation plus large le 29.
Cinq jours séparent cette phrase du 29 septembre. Ce délai ne suffit pas à transformer une hypothèse en décision, ni à répondre à la moitié de la colère qui doit descendre dans la rue mardi. La porte entrouverte sur les carburants ne referme pas celle, restée close, du point d'indice.






