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VanWeed, le réseau de livraison de drogue bisontin qui n’a pas survécu à sa deuxième vie

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Quatre hommes soupçonnés d'avoir dirigé un système de vente à domicile de stupéfiants ont été mis en examen et écroués à Besançon, trois ans après un premier coup de filet contre la même organisation

Douze kilogrammes de kétamine, vingt-neuf de résine de cannabis, vingt-quatre mille cachets d'ecstasy. L'inventaire dressé après les perquisitions du 16 septembre 2026 dans l'agglomération bisontine ressemble à celui d'un grossiste, pas à celui d'un point de deal de quartier. Il clôt une enquête de plus d'un an contre le réseau « VanWeed », déjà démantelé une première fois en 2023 et qui s'était reconstitué depuis, sous couvert d'un canal Telegram crypté.

Quatre hommes âgés de 29 à 40 ans dorment désormais en détention provisoire. Ils ont été interpellés mercredi 16 septembre 2026 dans l'agglomération de Besançon, au terme d'une enquête ouverte en août 2025 par la brigade des stupéfiants du service local de police judiciaire, transformée en information judiciaire en janvier 2026 sous la conduite d'un juge d'instruction du tribunal judiciaire de Besançon.

Présentés au magistrat samedi 19 septembre, ils ont été mis en examen puis écroués pour détention, transport et acquisition de stupéfiants, ainsi que pour offre ou cession de stupéfiants avec utilisation d'un moyen de cryptologie. Ces faits sont passibles de quinze ans d'emprisonnement, a précisé le procureur de la République de Besançon, Cédric Logelin, lors d'une conférence de presse tenue mardi 22 septembre aux côtés du directeur interdépartemental de la police nationale, Laurent Perraut.

Trois des quatre suspects ont choisi le silence face aux enquêteurs. Le quatrième a contesté les faits de trafic de stupéfiants qui lui sont reprochés. Aucun n'était un inconnu de la justice. Certains avaient déjà été interpellés en 2023 dans le cadre d'une précédente enquête visant ce même réseau.

Un inventaire de grossiste réparti dans toute la ville

La marchandise saisie n'a rien d'anecdotique. Les perquisitions, menées dans des appartements, un garage et plusieurs lieux de stockage disséminés à Besançon, ont permis de mettre la main sur douze kilogrammes de kétamine, vingt-neuf kilogrammes de résine de cannabis, sept kilogrammes d'herbe et vingt-quatre mille cachets d'ecstasy, soit environ neuf virgule six cinq kilogrammes, auxquels s'ajoutent cinq cent cinquante grammes de cocaïne. Au total, la police évalue cette drogue à environ six cent mille euros à la revente.

Le volet patrimonial de l'enquête n'a pas été négligé. Les policiers ont récupéré huit mille huit cent trente euros en numéraire, plus de vingt-six mille euros de vêtements de luxe, deux véhicules et une moto, autant de signes extérieurs qui viendront nourrir le dossier sur l'origine des fonds. « Ils pensaient qu'ils étaient à l'abri, on est là pour indiquer qu'ils ne le sont pas », a résumé Cédric Logelin devant la presse, en référence au sentiment d'impunité que peuvent nourrir trafiquants et clients passant par ces circuits cryptés.

Point notable, la diversité des produits saisis, kétamine, ecstasy, cannabis et cocaïne réunis dans les mêmes lieux de stockage, traduit une organisation capable de répondre à toute demande plutôt qu'une officine spécialisée dans une seule substance. Un modèle qui rejoint une tendance nationale documentée par l'Observatoire français des drogues et des tendances addictives, selon lequel les saisies de kétamine en France ont atteint 2 450 kilos en 2025, soit une hausse de 176 % par rapport aux 889 kilos saisis en 2024.

Un an de filatures pour remonter jusqu'aux têtes de réseau

Pour l'opération du 16 septembre, plus de cinquante fonctionnaires ont été engagés, avec le renfort de la police nationale de Côte-d'Or. Des mois de filatures et de surveillances ont été nécessaires pour tenter de remonter la chaîne du trafic jusqu'à ses organisateurs. Laurent Perraut a salué « un travail remarquable, un fort engagement et une grande disponibilité des enquêteurs ».
Selon le directeur interdépartemental, les investigations ont permis d'atteindre un niveau élevé de l'organisation. « L'instruction le dira, mais on a potentiellement les ordonnateurs du réseau, qui administraient le réseau, ce qui souligne l'importance de cette opération d'interpellation », a-t-il indiqué. L'instruction devra désormais établir précisément le rôle de chacun des quatre mis en cause et la manière dont l'organisation était structurée.
Le réseau, que les enquêteurs identifient sous le nom de « VanWeed », n'était pas un inconnu des services. Il s'était reconstitué après avoir été démantelé une première fois en 2023, selon Laurent Perraut, qui le décrit comme assez connu des toxicomanes de Besançon. À l'époque, son canal de diffusion sur Telegram comptait plus de neuf cents abonnés, avec un accès soumis à autorisation. « Ça donne une idée de l'ampleur du nombre de personnes potentiellement livrées », a estimé le policier, qui a annoncé vouloir demander la fermeture de cette plateforme.

Le crime en circuit court, qui remplace le point de deal

Ce que Cédric Logelin appelle pudiquement un mode de vente qui se développe a un autre nom dans la police et la magistrature, celui d'« ubershit », un système de commande par messagerie cryptée suivi d'une livraison à domicile, calqué sur les applications de restauration rapide. « On avait des points de deal, maintenant on a de plus en plus de la livraison, avec des trafiquants et des clients qui se pensent à l'abri parce qu'ils passent par des réseaux cryptés », a détaillé le procureur.

Ce basculement n'est pas propre à Besançon. La brigade de gendarmerie du Doubs avait déjà démantelé en décembre 2024 un réseau similaire opérant depuis Pontarlier, dont les ventes avaient généré plus de 1,1 million d'euros de chiffre d'affaires via des comptes Snapchat et Telegram. La physionomie du phénomène remonte plus loin encore, à la période des confinements sanitaires, lorsque la crise liée au Covid-19 et les restrictions de déplacement ont accéléré le processus d'ubérisation des trafics de drogue, la livraison à domicile permettant de contourner les interdictions alors en vigueur.

Pour les autorités bisontines, ces réseaux constituent une cible prioritaire précisément parce qu'ils échappent au regard public. « Ce sont des réseaux qui font moins de bruit que les points de deal, donc qui passent un peu plus sous les radars, mais génèrent beaucoup de chiffre d'affaires et occasionnent beaucoup de dégâts », a souligné Laurent Perraut, qui affirme vouloir attaquer le trafic à tous les échelons. « On travaille sur toutes les couches et menons des enquêtes de longue haleine. Nul n'est à l'abri de ces investigations, même en essayant de garder l'anonymat via des messageries cryptées, on arrive et on arrivera à retrouver les auteurs. »

Ce que ce discours volontariste ne dit pas explicitement, c'est la difficulté structurelle que pose la messagerie cryptée elle-même aux enquêteurs, un obstacle suffisamment sérieux pour que la justice française ait cherché à s'attaquer directement à l'infrastructure technique du problème. En août 2024, le fondateur de Telegram, Pavel Durov, avait été interpellé à l'aéroport parisien du Bourget dans le cadre d'une enquête visant notamment la complicité de blanchiment et de trafic de stupéfiants facilité par sa plateforme, un dossier qui illustre à quel point l'application reste, malgré cette procédure, l'outil de prédilection des réseaux de type VanWeed.

La demande de fermeture du canal Telegram formulée par le parquet de Besançon s'inscrit dans ce contexte plus large d'un rapport de force inégal entre les juridictions locales et des plateformes hébergées à l'étranger, dont la coopération judiciaire reste, dans les faits, aléatoire. Le procureur l'a d'ailleurs rappelé sans détour aux clients tentés par la facilité du clic, en guise d'avertissement final. « Les clients pensent pouvoir se faire livrer leurs stupéfiants de manière plus sécurisée avec la même facilité qu'ils se feraient livrer un repas. Mais on encourt les mêmes peines, voire davantage en utilisant les messages cryptés puisqu'on est dans le crime. »
« Ils pensaient qu'ils étaient à l'abri, on est là pour indiquer qu'ils ne le sont pas »

Cédric Logelin, procureur de la République de Besançon

LE DOSSIER VANWEED EN CHIFFRES

Plus de 58 kilogrammes de stupéfiants saisis, dont 12 kg de kétamine, 29 kg de résine et 7 kg d'herbe de cannabis, 24 000 cachets d'ecstasy et 550 grammes de cocaïne Environ 600 000 euros de valeur marchande estimée, 8 830 euros en numéraire et plus de 26 000 euros de vêtements de luxe saisis Quatre mis en examen âgés de 29 à 40 ans, écroués le 19 septembre 2026, pour des faits passibles de quinze ans d'emprisonnement Plus de 50 policiers mobilisés le 16 septembre, au terme d'une enquête ouverte en août 2025

Par la rédaction • L'Appel · L'Appel
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