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Macron a-t-il porté atteinte à la France, ou la Révolution française continue-t-elle de brûler, même après la fin de la monarchie ?

La voix de ceux qui n'ont pas de voix
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Neuf ans de tempêtes, un dernier discours à New York, et une question que l'histoire tranchera mieux que l'époque : qu'a réellement laissé l'homme que la France a tant aimé détester ?

New York, 22 septembre 2026. Vingt-cinq minutes à la tribune de l'Assemblée générale, pour la dernière fois. Une phrase pour conclure neuf années : ne cédons pas à l'esprit de défaite.

Il faut commencer par ce que l'on oublie. Emmanuel Macron n'avait jamais été élu à rien avant d'être élu à tout. Ni conseiller municipal, ni maire, ni député, ni sénateur. Son parcours tenait en trois lignes : haute fonction publique, banque d'affaires, puis secrétariat général adjoint de l'Élysée et ministère de l'Économie entre 2014 et 2016.

En avril 2016, il fonde un mouvement. Treize mois plus tard, à 39 ans, il devient le plus jeune président de la Ve République, sans parti historique derrière lui, sans fief, sans réseau d'élus locaux. La politique ne l'a pas formé. Elle lui a été imposée par la victoire elle-même, avec toutes les aspérités que cela suppose.

Ce point n'est pas anecdotique, il explique le reste. Un président issu d'un appareil gouverne à travers ses relais : les élus, les syndicats amis, les notables. Un président qui n'en a pas gouverne en direct. Il décide plus vite, il s'expose davantage, et il concentre sur sa personne une colère que ses prédécesseurs pouvaient diluer dans leurs réseaux.

Macron n'a pas hérité d'une machine politique. Il en a construit une en treize mois, et c'est lui, personnellement, qui a encaissé chaque choc des neuf années suivantes.

Deux lectures s'affrontent, une seule résiste aux faits

Deux récits dominent le débat sur ces neuf années. Le premier décrit un technocrate hors-sol, président des riches, méprisant envers la France des ronds-points. Le second décrit un réformateur pris dans une succession de crises qu'aucun de ses prédécesseurs n'a eu à affronter en si peu de temps.

Le premier récit s'appuie sur des épisodes réels : la suppression de l'impôt sur la fortune en 2017, des petites phrases maladroites, la réforme des retraites adoptée par le 49.3 en 2023. Le second s'appuie sur une chronologie tout aussi réelle, et beaucoup plus lourde : les Gilets jaunes en 2018, la pandémie en 2020, le retour de la guerre en Europe en 2022, la crise énergétique qui a suivi, puis, en 2026, la guerre avec l'Iran, la fermeture du détroit d'Ormuz et un gazole à 2,41 euros le litre.

Pesés l'un contre l'autre, les deux récits ne jouent pas dans la même catégorie. Le premier juge un style. Le second mesure une époque. Aucun président depuis de Gaulle n'a dû gérer, en neuf ans, une pandémie mondiale, une guerre de haute intensité sur le continent et un conflit dans le Golfe menaçant l'approvisionnement énergétique du pays. C'est à cette aune, et non à celle des formules malheureuses, qu'un bilan présidentiel se juge.

L'emploi : le résultat que ses adversaires préfèrent taire Le chiffre le plus solide du bilan est aussi le moins cité. À la mi-2015, le taux de chômage au sens du Bureau international du travail culminait au-delà de 10 %. Fin 2022, il était tombé à 7,2 %, son plus bas niveau depuis 2008. Selon l'Insee, il fallait remonter au troisième trimestre 1982 pour retrouver un tel taux, en dehors de 2008.

Au premier trimestre 2022, le taux d'emploi des 15-64 ans atteignait 68 %, son plus haut niveau depuis que l'Insee le mesure, en 1975. Celui des jeunes grimpait à 34,6 %, un sommet depuis 1991, porté en grande partie par l'essor de l'apprentissage.

L'honnêteté impose de compléter le tableau. Le chômage remonte depuis 2025 : il atteint 8,3 % au deuxième trimestre 2026, son plus haut niveau depuis 2020. Il reste néanmoins, selon l'Insee, inférieur de 2,2 points à son pic de la mi-2015. Le point de départ et le point d'arrivée de la présidence disent donc la même chose : la France de 2026 compte moins de chômeurs, en proportion, que celle dont Emmanuel Macron a hérité.

Du plus haut de 2015 au plus bas de 2022, plus de trois points de chômage effacés. Même la remontée de 2026 laisse le pays deux points au-dessous de là où il l'avait trouvé.

L'attractivité : sept ans en tête de l'Europe Le deuxième pilier est international, et il ne dépend d'aucun sondage politique. Selon le baromètre du cabinet EY publié le 21 mai 2026, la France est, pour la septième année consécutive, la première destination européenne des investissements étrangers. En 2025, elle a attiré 852 projets, devant le Royaume-Uni avec 730 et l'Allemagne avec 548. Elle reste aussi la première en Europe pour les investissements industriels, avec 354 projets.

Le même baromètre signale des fragilités : le nombre de projets recule de 17 % sur un an, et les investisseurs réclament davantage de stabilité politique et de lisibilité fiscale. Mais la série parle d'elle-même. La France n'occupait pas cette place avant 2019. Elle l'a conquise sous sa présidence et ne l'a plus quittée, malgré la pandémie, la guerre en Ukraine et la crise parlementaire.

La voix de la France : l'héritage chiraquien assumé C'est sur la scène internationale que la comparaison avec Jacques Chirac s'impose. En 2003, Chirac refusait la guerre d'Irak et faisait entendre, à l'ONU, une voix française distincte de celle de Washington. Vingt-trois ans plus tard, le dernier discours de Macron à New York s'inscrit dans cette lignée : aucun double standard, une vie égale une vie, avec dans la même phrase Dnipro, Gaza, Bukavu et El-Fasher.

Les actes accompagnent les mots. En septembre 2025, la France reconnaissait l'État de Palestine aux côtés d'une douzaine de pays. L'initiative franco-mexicaine d'encadrement du droit de veto en cas d'atrocités de masse réunit désormais 128 États. L'initiative mondiale pour le droit international humanitaire en rassemble plus de 116. Plus de 100 milliards de dollars de droits de tirage spéciaux ont été réalloués aux économies africaines.

Sur Israël, il tient la ligne la plus exigeante : attachement explicite à sa sécurité et à son existence, et refus de l'idée que cette sécurité puisse passer par la violation de la souveraineté de ses voisins. Sur l'Ukraine, la coalition des volontaires formée avec Londres et Berlin. Sur le Golfe, une coalition multinationale pour rouvrir le détroit d'Ormuz. Peu de dirigeants européens ont porté autant de dossiers à la fois, avec aussi peu de moyens militaires comparés à ceux des grandes puissances.

Parler comme Chirac sans disposer du poids de la France de 1995 : c'est tout l'art d'une diplomatie qui a fait de la parole française un instrument de puissance.

L'Europe : le pari qui a changé la nature de l'Union Il faudra aussi compter l'Europe. Dès son discours de la Sorbonne, en septembre 2017, il plaide pour une souveraineté européenne que beaucoup jugeaient alors chimérique. En 2020, au cœur de la pandémie, il obtient avec Berlin ce que l'Allemagne avait toujours refusé : un plan de relance de 750 milliards d'euros financé par un endettement commun de l'Union.

La guerre en Ukraine a ensuite donné raison à ses avertissements sur la défense européenne, que ses partenaires moquaient quelques années plus tôt. Le vocabulaire de l'autonomie stratégique, raillé en 2017, est devenu en 2022 celui de toutes les chancelleries du continent.

Les promesses tenues que personne ne croyait possibles

Le 15 avril 2019, la flèche de Notre-Dame s'effondre sous les yeux du monde. Le soir même, le président fixe un objectif de cinq ans pour la reconstruction. Les experts parlent de quinze, voire vingt ans. La cathédrale rouvre ses portes en décembre 2024.

La même obstination se retrouve dans des combats moins visibles : l'accord sur la protection de la haute mer, porté jusqu'à ses plus de 60 ratifications et désormais en vigueur, la bataille pour interdire l'accès des moins de 15 ans aux réseaux sociaux, que l'Europe a fini par reprendre, ou encore le soutien à Mistral AI pour que la France dispose d'un acteur dans la course aux modèles d'intelligence artificielle de frontière.

Le président le plus visé de la Ve République

Aucun chef de l'État depuis 1958 n'a été attaqué aussi personnellement. En juin 2021, à Tain-l'Hermitage, il est giflé en public lors d'un déplacement. Pendant des années, chacune de ses phrases est isolée, déformée, transformée en symbole de mépris.

La violence la plus durable a visé son épouse. Née dès 2017, une rumeur transphobe l'a présentée comme un homme et assimilé leur différence d'âge à de la pédophilie. Devenue virale jusqu'aux États-Unis, elle a conduit le couple à engager à l'été 2025 des poursuites en diffamation contre la podcasteuse américaine Candace Owens. Le 5 janvier 2026, le tribunal correctionnel de Paris a condamné dix personnes pour harcèlement moral aggravé commis en ligne, à des peines allant jusqu'à six mois de prison ferme.

On a giflé l'homme, harcelé son épouse, caricaturé chacune de ses phrases. Il n'a jamais répondu par la censure ni par la violence, mais par les tribunaux.

Gouverner par gros temps : la pandémie et l'énergie Au printemps 2020, face à l'arrêt brutal de l'économie, il choisit une formule qui résume une doctrine : quoi qu'il en coûte. L'État prend en charge l'activité partielle de millions de salariés, garantit des prêts aux entreprises et évite la vague de faillites et de licenciements que connaissent alors d'autres pays. Le rebond de l'emploi dès 2021 en est la conséquence directe.

En février 2022, à Belfort, il annonce la relance du nucléaire français, avec la construction de six réacteurs EPR2 et l'étude de huit supplémentaires, après des années d'hésitation de ses prédécesseurs sur la place de l'atome. Quelques semaines plus tard, la guerre en Ukraine fait exploser les prix du gaz en Europe. L'énergie décarbonée figure aujourd'hui parmi les cinq premiers atouts cités par les investisseurs étrangers dans le baromètre EY.

Ces deux décisions ont un coût, et il apparaît dans la dette. Mais elles répondent à la question que tout chef d'État doit trancher en pleine tempête : protéger d'abord, rembourser ensuite. Il a choisi de protéger, et l'appareil productif français est sorti de la pandémie plus intact que celui de la plupart de ses voisins.

Protéger d'abord, rembourser ensuite : un choix que ses critiques lui reprochent aujourd'hui, et qu'ils réclamaient à grands cris en mars 2020.

Ce que l'autre colonne du bilan impose de reconnaître

Une analyse sérieuse ne peut pas éluder les échecs, et ils sont réels. La crise des Gilets jaunes a révélé une fracture territoriale qu'il n'avait pas vue venir. La réforme des retraites de 2023, adoptée sans vote par le 49.3, a laissé une trace profonde dans le pays. La dissolution de juin 2024 a produit une Assemblée sans majorité et une instabilité gouvernementale inédite sous la Ve République.

S'y ajoute la dette publique, qui dépasse désormais 110 % du PIB, héritage à la fois du « quoi qu'il en coûte » de la pandémie, du bouclier énergétique de 2022 et d'un déficit jamais résorbé. Ces reproches sont documentés et ils pèseront dans le jugement final.

Mais leur nature est différente de celle des acquis. Les échecs relèvent pour l'essentiel de la méthode et du calendrier. Les acquis, eux, sont structurels : un marché du travail transformé, une attractivité conquise, une voix diplomatique restaurée, une Europe qui a changé de doctrine. Les premiers se corrigent. Les seconds restent.

Le verdict que l'histoire est en train de préparer

Chaque président de la Ve République a quitté l'Élysée impopulaire, et plusieurs ont été réhabilités ensuite. Jacques Chirac, moqué en fin de mandat, est aujourd'hui l'une des figures politiques préférées des Français. Le mécanisme est connu : le temps efface les polémiques de l'instant et ne laisse subsister que les décisions qui ont duré.

Emmanuel Macron laisse davantage de décisions durables qu'aucun de ses deux prédécesseurs immédiats. Le taux de chômage le plus bas depuis quarante ans atteint sous son mandat, sept années consécutives en tête de l'Europe pour l'investissement étranger, un endettement européen commun que l'Allemagne refusait, une reconnaissance de la Palestine assumée à la tribune de l'ONU, une cathédrale reconstruite dans le délai promis.

À l'inverse, les griefs qui dominent aujourd'hui le débat, le ton, les petites phrases, l'impression de verticalité, sont précisément ceux que le temps dissout le plus vite. Personne ne résume aujourd'hui Jacques Chirac à sa sortie de 1991 sur « le bruit et l'odeur » : on retient le non à la guerre d'Irak. La même sélection opérera pour Emmanuel Macron.

La lecture la plus probable n'est donc pas celle de ses adversaires. L'homme a commis des erreurs de méthode et de ton, mais il a tenu la France debout dans la séquence la plus dangereuse qu'elle ait traversée depuis la fin de la guerre froide.

Il était arrivé sans parti et sans mandat, porté par une élection que personne n'avait prévue. Il repart après neuf ans de crises, giflé, insulté, caricaturé, mais avec un pays plus attractif, plus employé et plus écouté qu'il ne l'avait trouvé. Les colères de l'époque font du bruit. L'histoire, elle, lit les bilans.

Par T/H • L'Appel · L'Appel
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