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Lunettes et audition : l’État veut éteindre la publicité, le secteur se déchire

La voix de ceux qui n'ont pas de voix
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Le ministère de la Santé prépare la fin d'une exception réservée à l'optique et à l'audioprothèse. Les opticiens indépendants applaudissent, les grandes enseignes et les fabricants dénoncent une erreur.

« Deuxième paire offerte. » La formule, martelée à la radio et à la télévision, pourrait bientôt disparaître des ondes.

Le ministère de la Santé veut supprimer la dérogation qui autorise la publicité pour les lunettes et les appareils auditifs, deux équipements pris en charge par l'Assurance maladie. Objectif affiché : freiner des dépenses jugées excessives et contribuer au redressement des comptes de la Sécurité sociale.

En France, la publicité auprès du public est interdite pour les dispositifs médicaux remboursés, à quelques exceptions près. L'optique et l'audioprothèse en font partie. Le projet de texte, présenté le 4 septembre aux organisations professionnelles et dont l'AFP a obtenu copie, modifie l'arrêté du 21 décembre 2012 qui fixe la liste des dispositifs pouvant faire l'objet d'une publicité. Les professionnels ont jusqu'à dimanche pour transmettre leurs observations.

Un salon sous tension

Le calendrier place le dossier au cœur de la profession. Le salon international de l'optique et de la lunetterie ouvre ses portes vendredi à Villepinte, en Seine-Saint-Denis, avec plus de 1 500 marques et plus de 30 000 visiteurs attendus pendant quatre jours. L'interdiction y dominera les échanges.

Plus de 8 milliards d'euros de dépenses

Les dépenses d'optique médicale ne cessent de progresser. Elles ont dépassé 8 milliards d'euros en 2024, portées notamment par le vieillissement de la population. Plus de 70 % des Français portent des lunettes ou des lentilles, et la moitié d'entre eux au quotidien.

Le ministère parie qu'en supprimant la publicité, les Français renouvelleront moins souvent leurs équipements. Une enquête financée par le Rassemblement des opticiens de France indique que 78 % des porteurs de lunettes ont changé d'équipement parce que leur vue avait évolué ou qu'ils voyaient moins bien. Autrement dit, près d'un sur cinq a renouvelé ses lunettes sans y être contraint par sa vision.

Un porteur de lunettes sur cinq change d'équipement sans que sa vue l'exige. C'est sur ce chiffre que le ministère fonde son pari.

Les opticiens indépendants pour, les enseignes contre

La Fédération nationale des opticiens de France soutient la mesure. Selon elle, les campagnes publicitaires du secteur représentent 200 millions d'euros par an. Son président, Hugues Verdier-Davioud, dénonce un « matraquage publicitaire » qui aurait transformé les opticiens en « marchands d'accessoires ». L'interdiction, estime-t-il, permettra à l'opticien de redevenir « un acteur de santé » et de « redonner du pouvoir d'achat aux Français ».
Le Rassemblement des opticiens de France, syndicat majoritaire de la branche, qui regroupe les grandes enseignes nationales, réclame au contraire le retrait du projet et parle d'« erreur majeure ». Pour lui, interdire la publicité revient à interdire les offres promotionnelles, ce qui provoquerait une envolée des prix des lunettes et des appareils auditifs et réduirait la capacité des consommateurs à comparer. La publicité, soutient-il, entretient la concurrence et maintient une pression sur les prix.
Le Groupement des industriels et fabricants de l'optique demande lui aussi le retrait du texte. « Les lunettes ne sont ni un produit d'impulsion ni un achat de confort », fait-il valoir. Il redoute la disparition de « l'un des rares leviers de sensibilisation à la santé visuelle du grand public » et affirme que « plusieurs milliers d'emplois » pourraient être menacés dans la filière.

Les audioprothésistes rejoignent le gouvernement

La mesure vise également les aides auditives, un marché en forte croissance depuis la réforme « 100 % santé », qui a permis depuis 2020 la prise en charge intégrale de certains équipements. Le taux d'appareillage est passé de 40 % à 55 %.
Le syndicat des audioprothésistes soutient l'interdiction. Il constate que certains patients choisissent leur appareil principalement en fonction d'une promotion plutôt que de leurs besoins, et dénonce les « cadeaux, remises événementielles, ventes combinées » proposés en particulier aux personnes âgées. La publicité a sans doute contribué à la hausse de l'appareillage, reconnaît la profession, mais pas toujours au bénéfice de la santé des patients.

Un point d'accord : la prévention Partisans et opposants s'accordent sur une limite. L'interdiction de la publicité commerciale ne doit pas empêcher les campagnes de prévention qui encouragent les dépistages auditifs et les contrôles de la vue. La rédaction définitive du texte devra donc tracer la frontière entre promotion commerciale et information de santé publique.

Le ministère doit désormais examiner les observations des professionnels avant d'arrêter sa décision. Aucun calendrier d'entrée en vigueur n'a été rendu public.

Pour les grandes enseignes, la publicité est le moteur de la concurrence. Pour le ministère, elle est l'un des moteurs de la dépense. Entre ces deux lectures, 200 millions d'euros de campagnes annuelles et un peu plus de 8 milliards d'euros de dépenses d'optique attendent l'arbitrage.

Par la rédaction • L'Appel · L'Appel
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