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Léon XIV en France : quatre jours, trois villes, et une absence remarquée

La voix de ceux qui n'ont pas de voix
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Un million de fidèles attendus à Paris, 15 000 membres des forces de l'ordre, une rencontre avec des victimes d'abus. Et un président qui accueillera le pape sans assister à aucune de ses messes.

Vendredi, à l'heure où l'avion papal se posera à Orly, les cloches de France sonneront à l'unisson.

Le programme d'un premier voyage

Du vendredi 25 au lundi 28 septembre, Léon XIV effectue son premier déplacement en France depuis son élection en mai 2025. Il s'agit d'un voyage apostolique, c'est-à-dire d'un déplacement officiel lié à sa mission pastorale, effectué à l'invitation du président de la République, des évêques de France et du directeur général de l'UNESCO. Le voyage est placé sous la devise « Pour que le monde ait la vie ».

Le pape sera accueilli vendredi matin à Orly par Emmanuel Macron, avant un entretien à l'Élysée et des discours prononcés dans la salle des fêtes du palais devant les autorités politiques, le corps diplomatique et la société civile. Il se rendra ensuite au siège de l'UNESCO pour un discours consacré à l'éducation et à la culture, puis présidera les vêpres à Notre-Dame de Paris.

Samedi, une messe en plein air réunira environ 600 000 personnes attendues sur l'espace Concorde-Champs-Élysées, suivie d'une veillée avec les jeunes au Stade de France. Le pape rejoindra ensuite Lourdes, où il priera à la grotte de Massabielle et célébrera dimanche la messe sur la prairie du sanctuaire. Lundi, à Metz, il parcourra 2,2 kilomètres en papamobile, célébrera une « messe pour la paix » à la cathédrale Saint-Étienne et prononcera un discours sur l'Europe au centre des congrès Robert-Schuman, où les chefs d'État et de gouvernement des vingt-six autres pays de l'Union européenne ont été invités.

Un dispositif de sécurité d'une ampleur inédite

Le ministère de l'Intérieur parle d'un défi d'ordre public « d'une ampleur inédite ». À Paris, où un million de fidèles et de visiteurs sont attendus sur deux jours, 15 000 policiers, gendarmes, membres des forces mobiles et militaires de l'opération Sentinelle seront déployés les 25 et 26 septembre. Les démineurs, les tireurs d'élite, les motards et les unités d'intervention, BRI de la préfecture de police, RAID et GIGN, seront mobilisés. 2 500 sapeurs-pompiers de Paris assureront la couverture sanitaire avec la protection civile, la Croix-Rouge et l'Ordre de Malte.

À Lourdes, le dispositif est actif du 23 au 28 septembre. Plus de 3 000 membres des forces de sécurité y seront engagés, dont plus de 2 000 policiers en renfort et plus de 1 100 gendarmes, sans compter les militaires de Sentinelle. 50 000 personnes sont attendues samedi soir et 150 000 dimanche. Les inscriptions sont closes, le sanctuaire ayant atteint sa capacité maximale, et chaque entrée passera par des portiques de sécurité.

À Metz, dont l'agglomération compte 250 000 habitants et où l'absence de grands espaces obligera le public à se masser le long du parcours, 3 400 policiers et 971 gendarmes seront mobilisés lundi. La messe à la cathédrale réunira 12 000 personnes, dont 2 000 à l'intérieur.

Des périmètres de protection prévus par la loi antiterroriste de 2017 seront instaurés, avec fouille et palpation obligatoires pour toute personne y accédant. La visite se déroule sous la posture Vigipirate « vigilance renforcée » en vigueur depuis le 22 juin, qui met l'accent sur la menace des drones. Les autorités ne font état d'aucune menace précise visant le pape : l'ampleur du dispositif s'explique par la taille des foules et le statut de l'hôte.

Un million de personnes à Paris, 200 000 à Lourdes, 12 000 à Metz : l'État protège un culte sans le célébrer, et c'est toute la difficulté de l'exercice.

Pourquoi Emmanuel Macron n'assistera à aucune messe

C'est l'annonce qui a le plus retenu l'attention mardi. Après de longues hésitations, l'Élysée a fait savoir que le chef de l'État n'assisterait à aucune des messes du voyage. Il sera représenté samedi, place de la Concorde, par le Premier ministre Sébastien Lecornu et par Brigitte Macron. Il accueillera en revanche le pape à Orly, le recevra à l'Élysée et assistera lundi à son discours sur l'Europe à Metz.

Ce choix s'explique d'abord par un précédent. En 2023, sa présence à la messe du pape François au stade Vélodrome de Marseille lui avait valu des critiques au nom de la laïcité. Une partie de la gauche et des associations laïques avaient alors jugé qu'un président de la République, garant de la neutralité de l'État, n'avait pas à participer à une célébration religieuse.

Juridiquement, la question est moins tranchée que le débat politique ne le laisse croire. Pour la constitutionnaliste Anne-Charlène Bezzina, le chef de l'État doit s'astreindre à la plus grande neutralité religieuse, sans génuflexion, sans communion, sans baiser de l'anneau papal. Le juriste Nicolas Hervieu rappelle qu'une présence à une messe n'est pas en soi une atteinte à la laïcité, le principe de neutralité interdisant seulement de donner le sentiment d'une préférence religieuse.

Anne-Charlène Bezzina rappelle à ce propos une formule restée célèbre, attribuée au général de Gaulle : « La République ne communie pas ».

Assister n'est pas interdit, communier le serait : la frontière de la laïcité passe par le geste, non par la présence.

D'autres facteurs pèsent dans l'arbitrage. Le voyage intervient deux mois après l'adoption par le Parlement, en juillet, du droit à l'aide à mourir, soutenu par Emmanuel Macron et vivement contesté par l'Église, qui a choisi pour devise « Pour que le monde ait la vie » et doit aborder la fin de vie à Lourdes devant des malades. Des rumeurs de désaccords entre l'Élysée et le Vatican sur l'organisation de la visite ont par ailleurs circulé ces dernières semaines, sans confirmation officielle.

Les candidats, eux, seront à la Concorde

Le contraste est frappant. Plusieurs candidats à l'élection présidentielle de 2027 ont confirmé leur présence à la messe de samedi : Marine Le Pen et Jordan Bardella pour le Rassemblement national, Gabriel Attal pour Renaissance, Édouard Philippe pour Horizons et Bruno Retailleau pour Les Républicains.

À sept mois du scrutin, la place de la Concorde deviendra ainsi l'un des rares lieux où se croiseront la plupart des prétendants de la droite et du centre. Pour eux, la contrainte de neutralité qui pèse sur le chef de l'État ne s'applique pas de la même manière : ils y assisteront en tant que responsables politiques, non comme représentants de l'État.

Les autres terrains de la querelle laïque

La présence présidentielle n'est pas le seul point de friction. La privatisation temporaire d'un vaste espace public parisien pour une célébration religieuse a suscité des objections. La loi de 1905 autorise pourtant les manifestations extérieures d'un culte dans le respect de l'ordre public, et la neutralité de l'État ne signifie pas l'absence du religieux sur le territoire, souligne Anne-Charlène Bezzina.

À Metz, le tribunal administratif de Strasbourg a débouté il y a deux semaines des associations laïques qui contestaient une subvention municipale de 250 000 euros pour des écrans géants. Le juge des référés a mis en avant la portée internationale de l'événement et ses retombées économiques, dans une Moselle soumise au régime concordataire. Le sénateur communiste Pierre Ouzoulias estime que ces écrans représenteront un avantage « quasiment nul » pour les contribuables une fois le pape reparti. L'affaire reste à juger sur le fond.
Le point le plus sensible concerne l'école. Le Secrétariat général de l'enseignement catholique invite les établissements privés sous contrat à banaliser la journée du vendredi 25 septembre, consacrée aux « communautés éducatives » à l'occasion du discours du pape à l'UNESCO. L'institution précise que chaque établissement reste libre d'y participer. Nicolas Hervieu y voit une question juridiquement non tranchée, à l'articulation entre le service public de l'éducation, financé par l'État, et le « caractère propre » des établissements catholiques. Des contentieux ne sont pas exclus.

À Lourdes, la rencontre la plus délicate du voyage

Le dimanche 27 septembre, Léon XIV rencontrera en privé sept victimes de violences sexuelles commises dans l'Église. Cinq d'entre elles ont rendu publique leur identité mercredi dans un communiqué commun, en affirmant parler chacune en son nom propre et ne représenter ni l'Église ni l'ensemble des victimes.

« Dialoguer ne signifie pas cautionner. Être reçu ne signifie pas renoncer à notre exigence », écrivent-elles.

Sept personnes, sept parcours, aucune délégation : les victimes reçues à Lourdes refusent d'être la caution d'une Église qu'elles continuent d'interpeller.

La rencontre ne fait pas l'unanimité. Certains collectifs non retenus dénoncent un « mépris institutionnel » et l'opacité de la sélection. La Conférence des évêques de France assure que le groupe est représentatif : hommes et femmes, mineurs ou majeurs au moment des faits, diversité des territoires et des lieux, enseignement catholique, paroisses, congrégations. Le principal collectif de victimes de Bétharram, établissement situé à une quinzaine de kilomètres du sanctuaire et qui revendique plus de 200 victimes, avait demandé à être reçu.

Le contexte donne toute sa gravité à cette rencontre. En octobre 2021, la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l'Église avait estimé à 330 000 le nombre de mineurs victimes en France depuis 1950. Signe de la sensibilité du lieu, le sanctuaire a décidé de recouvrir les mosaïques du prêtre Marko Rupnik, accusé d'agressions sexuelles, qui ornent la façade de la basilique, et de les laisser couvertes après le départ du pape.

Le pape parlera d'éducation à l'UNESCO, de fin de vie à Lourdes, d'Europe à Metz. Le président l'accueillera, l'écoutera, mais ne s'assiéra sur aucun banc de messe. Entre ces deux positions se dessine, en quatre jours, la carte exacte de ce que la France accepte de partager avec l'Église catholique, et de ce qu'elle tient à garder à distance.

Par la rédaction • L'Appel · L'Appel
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