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Le 29 septembre, l’addition d’un gel et d’un plein

La voix de ceux qui n'ont pas de voix
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Un point d'indice figé pour la quatrième année, un gazole à 2,41 euros, une aide de 100 euros par trimestre. La mobilisation de mardi prochain se nourrit d'une équation que le gouvernement n'a pas résolue.

4,92278 euros. C'est la valeur brute du point d'indice des fonctionnaires, inchangée depuis juillet 2023, et désormais promise au gel jusqu'à la fin de 2027.

Une date fixée en juin, un détonateur allumé le 17 septembre

La journée du mardi 29 septembre n'est pas née d'un coup de colère. Les organisations syndicales de la fonction publique l'avaient inscrite à leur agenda dès le 24 juin, après l'échec des discussions salariales. Le 8 juillet, lors du rendez-vous salarial annuel, le gouvernement confirmait l'absence de mesure générale en 2026 et de revalorisation du point en 2027.

Le détonateur est venu le 17 septembre. Dans un entretien présentant les grands arbitrages du budget 2027, le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé un nouveau gel du point d'indice, avec l'objectif de dégager 2 milliards d'euros d'économies. Le soir même, la secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, parlait de « scandale » et promettait une « journée noire ».

Ce mercredi 23 septembre, elle a renouvelé l'appel, en affirmant que plus de 150 manifestations étaient déjà annoncées sur le territoire. Le chiffre émane de la CGT et ne constitue pas une estimation indépendante de la participation.

L'unanimité syndicale, le signal le plus sérieux

L'expression « journée noire » appartient à la CGT. Mais l'élément le plus significatif est ailleurs : l'appel est porté par les huit organisations représentatives de la fonction publique, CGT, CFDT, FO, UNSA, FSU, Solidaires, CFE-CGC et FA-FP. Une telle unanimité, qui associe des syndicats réformistes à des organisations de lutte, reste rare.

Elle s'explique par la nature même de la mesure. Un gel du point ne frappe pas une catégorie, il frappe les 5,5 millions d'agents publics, des trois versants, État, collectivités et hôpitaux. Selon les syndicats, plus de 860 000 agents ont dû percevoir en juin une indemnité compensatoire pour ne pas être rémunérés sous le Smic. La garantie individuelle du pouvoir d'achat, dite GIPA, qui servait de filet de rattrapage, n'est plus reconduite.

Quand la CFDT et Solidaires signent le même appel, le conflit ne porte plus sur une méthode. Il porte sur une rémunération que plus aucun mécanisme ne protège de l'inflation.

Les sapeurs-pompiers, mobilisés depuis le 8 septembre, rejoignent le mouvement. Les soignants, les enseignants et les agents territoriaux sont appelés à cesser le travail.

Le plein d'essence, second front du même conflit

Le gel du point aurait sans doute suffi à mobiliser. Il tombe pourtant au pire moment. Depuis le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient fin février, puis la fermeture du détroit d'Ormuz, le prix moyen du gazole a atteint environ 2,41 euros le litre. Le 20 septembre, 15 % des stations-service étaient en rupture sur au moins un carburant, contre 11 % deux jours plus tôt.

Le 22 septembre à Bercy, le gouvernement a présenté sa réponse. L'aide aux travailleurs dits « grands rouleurs » est prolongée : 100 euros pour la période d'octobre à décembre, avec un plafond de ressources relevé à 2 035 euros par mois pour une personne seule et un nombre de bénéficiaires potentiels porté à 5,5 millions. Les aides sectorielles sont prolongées jusqu'au 31 décembre : 0,20 euro par litre pour le gazole non routier du BTP, 0,15 euro pour l'agriculture, 0,35 euro pour la pêche. Les aides à domicile voient leurs indemnités kilométriques relevées de 38 à 40 centimes.
Le coût total est d'environ 450 millions d'euros, selon le ministre des Comptes publics. Sophie Binet a qualifié ces mesures de « goutte d'eau » et d'« usine à gaz », et réclame un blocage des prix et des marges des groupes pétroliers.

Pourquoi les aides ne règlent rien sur le fond

Le dispositif a une qualité : il est ciblé, donc budgétairement maîtrisé. Il a trois limites, qui expliquent pourquoi il ne désamorce pas la colère.

La première tient à son calendrier. Toutes les mesures s'arrêtent au 31 décembre 2026. Elles sont conçues comme un pont, non comme une réponse. Rien n'est prévu si les prix restent élevés au premier trimestre 2027, en plein hiver et en pleine campagne présidentielle.

La deuxième tient à sa logique. Le gouvernement a écarté dès le 9 septembre toute baisse générale des taxes et tout plafonnement administratif des prix. Il compense donc le symptôme, la facture à la pompe, sans agir sur sa cause, qui se trouve dans le Golfe et échappe largement à la France. La dérogation autorisant la vente de gazole d'été jusqu'au 15 novembre et la demande d'assouplissement des règles européennes sur les biocarburants relèvent de la même gestion d'urgence.

La troisième, la plus lourde politiquement, tient à la cohérence d'ensemble. Le même budget qui distribue environ 450 millions d'euros d'aide carburant prévoit 2 milliards d'économies sur la rémunération des agents publics, eux-mêmes automobilistes, souvent contraints de rouler pour rejoindre un hôpital, une école ou une caserne.

L'État rend d'une main 450 millions à la pompe et reprend de l'autre 2 milliards sur les traitements. Pour un aide-soignant qui fait quarante kilomètres par jour, les deux décisions arrivent sur la même fiche de paie.

Le Trésor lui-même subit la crise. Selon le ministère des Comptes publics, la consommation de carburant a reculé de 19 % du 1er au 21 septembre par rapport à la même période de 2025, et de 30 % entre le 11 et le 20 septembre par rapport aux dix premiers jours du mois. Moins de litres vendus signifie moins de recettes fiscales, et donc une marge de manœuvre budgétaire encore réduite pour 2027.

Journée noire ou journée ordinaire ? Les deux scénarios

Deux lectures s'opposent sur l'ampleur réelle du 29 septembre. La première anticipe une mobilisation massive, portée par l'unité syndicale, la double pression des salaires et des carburants, et l'extension possible au secteur privé à laquelle appelle la CGT. La seconde rappelle que les journées de grève de la fonction publique paralysent rarement le pays : les services minimum s'appliquent dans les hôpitaux, et chaque jour de grève coûte à l'agent un trentième de sa rémunération mensuelle, une perte difficile à assumer quand le budget carburant explose.

L'arbitrage le plus probable se situe entre les deux, avec une géographie inégale. Sur l'ensemble du territoire, la journée devrait être très visible dans les écoles, les administrations et les services municipaux, sans pour autant bloquer l'activité économique. La paralysie, si elle a lieu, se concentrera là où un réseau de transport dépend d'agents mobilisés. Et ce lieu est identifié.

Ce qui attend Paris

La CGT-RATP a déposé un préavis de grève illimitée à compter du lundi 28 septembre à 19 heures, couvrant l'ensemble des personnels de la régie. Il invoque le pouvoir d'achat et les rémunérations. Les perturbations dans le métro, le RER et les bus parisiens pourraient donc commencer dès la veille du 29.

Un préavis ne dit pas le taux de grévistes, et il émane d'un seul syndicat. Le niveau réel de perturbation ne sera connu qu'à l'approche de la date, lorsque la RATP publiera ses prévisions de trafic. Mais le caractère illimité du préavis change la nature de l'enjeu : en Île-de-France, le 29 septembre pourrait ne pas être une journée, mais le point de départ d'un mouvement dont personne ne connaît la durée.

À ces perturbations s'ajoutent, dans la capitale, la mobilisation des agents de la Ville de Paris, à laquelle appelle notamment FO, ainsi que celle des personnels des écoles et des hôpitaux franciliens.

Ailleurs en France, le 29 septembre sera une journée de grève. À Paris, il pourrait être la première journée d'un conflit ouvert à la RATP.

En Franche-Comté, les rendez-vous fixés

Dans la région, les organisations syndicales ont déjà communiqué leurs points de rassemblement. À Besançon, la manifestation partira à 13 h 30 de la place de la Révolution. Des rassemblements sont prévus à 14 heures devant la sous-préfecture de Montbéliard, à 14 heures place de la République à Vesoul, à 10 heures à la Maison du peuple de Belfort, à 10 h 30 place de la Sous-Préfecture à Dole et à 15 heures place de la Liberté à Lons-le-Saunier.

Le vrai enjeu : ce que le gouvernement dira le 30 Le gouvernement dispose encore de six jours pour tenter une annonce. Mais sa marge est étroite. Revenir sur le gel du point d'indice supprimerait 2 milliards d'économies dans un budget qui vise un déficit sous 5 % du PIB. Élargir encore les aides carburant creuserait un déficit déjà fragilisé par la baisse des recettes. Bloquer les prix contredirait la doctrine affichée par Bercy.

Le 29 septembre ne tranchera donc pas le conflit. Il en mesurera la profondeur. Si la mobilisation est forte et si le préavis de la RATP est largement suivi, l'exécutif devra choisir entre sa trajectoire budgétaire et la paix sociale, à sept mois d'une élection présidentielle.

Le point d'indice est resté à 4,92278 euros pendant que le litre de gazole passait à 2,41. C'est dans l'écart entre ces deux nombres que se joue, depuis des mois, la colère qui descendra dans la rue mardi prochain.

Par la rédaction • L'Appel · L'Appel
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