Eppie Sprung, autrefois radiée du registre des enseignants écossais pour une relation avec un élève mineur, a publié un livre illustré en 2025 pour expliquer son passé judiciaire à ses enfants. Un geste qui révèle les failles du système de rédemption pénale.
Treize ans après son arrestation en Écosse, Eppie Sprung tente de reconstruire une vie normale. Mère de deux enfants, fondatrice d'une association, elle publie désormais un ouvrage destiné aux parents confrontés à l'impossible conversation: celle du passé qui revient. Mais derrière cette apparente rédemption se cachent des questions sans réponses sur le coût vécu d'une condamnation sexuelle, sur les priorités de la justice et sur le silence que les institutions gardent.
Quelque part dans la campagne écossaise, le nom Eppie Sprung résonne comme un secret de famille. En décembre 2012, une patrouille de police en routine remarque une voiture immobilisée sur le bas-côté d'une route isolée près de Dumfries. Les vitres sont embuées. À l'intérieur, une enseignante de 26 ans, Eppie Sprung Dawson, et un adolescent de 17 ans, nu de la taille vers le bas.
L'affaire rend l'histoire brutale: cette femme, enseignante d'anglais au St Joseph's College de Dumfries, avait organisé des cours supplémentaires pour ce garçon souffrant de dyslexie. Quatre jours avant Noël, après une fête de l'école, elle l'a entraîné en voiture dans ce lieu reculé. La police les a découverts tous deux nus de la taille vers le bas, en relations sexuelles.
Six mois plus tard, face au tribunal de Dumfries, elle plaide coupable. Le chef d'accusation: contravention à la section 42 de la loi de 2009 sur les infractions sexuelles. Non pas une relation illégale en soi - l'enfant avait 17 ans et elle 26, l'âge rendait techniquement la relation légale, mais l'abus de confiance lié à sa position d'enseignante était criminel, ce qu'elle a reconnu en cour.
Le jugement: six mois d'ordonnance de travail d'intérêt général, supervision sociale et obligation d'inscription au registre des délinquants sexuels. Pas de prison. Le tribunal a appris qu'elle-même avait subi des violences sexuelles adolescente, entre 13 et 18 ans, de la part d'un homme de 29 ans son aîné.
Le moment de rupture
Eppie Sprung a été radiée du registre des enseignants en 2012. Une carrière s'effondre. Un mariage se désagrège - le divorce sera finalisé en 2016.
Mais le détail critique qui traverse le récit: ni emprisonnement, ni banissement absolu. Elle demeure libre de reconstruire. Ce que peu de systèmes carcéraux offriraient, l'Écosse l'a fourni. La question devient aussitôt: à quel prix?
Des années plus tard, devenue mère, Eppie Sprung constate qu'elle devra affronter ses enfants avec la vérité. Un jour, disent ses craintes, ils découvriront son nom sur internet, accompagné du mot « délinquante sexuelle ». Leurs amis parleront. On les exclura.
Le livre, ou l'art de raconter
En 2025, elle publie « Here, with You » avec l'illustratrice Cathy van Hoppe. Le récit met en scène deux ours - un parent et un enfant - dans une conversation sur les erreurs du passé. L'enfant pose des questions. Le parent répond.
Les profits du livre seront utilisés pour en distribuer gratuitement des exemplaires à des organisations soutenant les parents confrontés à ces mêmes dilemmes.
C'est ici que le système révèle son hypocrisie: on permet à une femme radiée de l'enseignement de publier un livre pour enfants. On finance ses organismes. On l'écoute en podcast. Mais on ne regarde jamais vraiment ce qui s'est passé, on ne pose pas les questions difficiles.
Sprung elle-même raconte qu'elle a consulté des thérapeutes du jeu et des psychologues éducatifs, et que le message unanime était: « Ne mentez pas. Le dommage vient des choses cachées, non de celles partagées. » Quand ses enfants avaient trois ans, elle a utilisé une histoire d'ours arrêté pour leur expliquer son arrestation passée. À quatre ans, sa fille a demandé, au restaurant en Malte, pourquoi elle avait été arrêtée.
Ce qu'on ne dit pas
Les données sur les enseignants frappés d'inconduite révèlent une escalade silencieuse. Entre 2018 et 2021, 24 enseignants écossais ont été supprimés du registre pour infractions sexuelles. Entre les mêmes années, 72 ont été signalés pour inconduite sexuelle, et presque un signalement par mois impliquait un élève.
Plus troublant encore: en 2022-23, 22 enseignants ont été radiés en un an, une augmentation de 30 %, chiffre le plus élevé en quatre ans. Trois ont été frappés pour relations inappropriées avec des élèves.
Mais aucun établissement ne parle du coût pour la victime - le jeune homme qui figure dans ce dossier depuis une décennie. La narration médiatique se concentre sur Sprung, sur sa rédemption, sur sa reconstruction. Ce jeune homme disparaît du récit le jour où les policiers le découvrent.
L'organisation de la seconde chance
Next Chapter Scotland, l'association qu'elle a fondée, a été établie en 2022 et est devenue organisation caritative en 2023. Financée par la loterie nationale, elle s'efforce d'aider les individus condamnés à reconstruire leurs vies, tandis que Sprung réclame des modifications des lois sur l'égalité pour empêcher les discriminations contre les personnes ayant des antécédents judiciaires.
Le paradoxe frappe: une femme radiée de l'enseignement obtient des financements publics pour aider les autres avec des casiers judiciaires. Ce n'est pas malhonnête. C'est simplement révélateur d'un système qui préfère l'histoire de rédemption à la véritable responsabilité.
Le silence des autorités
Aucune réaction officielle enregistrée du gouvernement écossais. Aucune déclaration du ministère de l'Éducation. Aucun commentaire public du General Teaching Council for Scotland, qui l'a radiée en 2013. Le système carcéral peut se permettre d'ignorer une douzaine d'années plus tard parce qu'elle ne représente plus une menace institutionnelle.
Ce qui restera invisible: les conversations que ce jeune homme a dû avoir avec ses parents. Les études qu'il a peut-être abandonnées. Les relations futures qu'une telle expérience a façonnées. Ces coûts-là ne figurent dans aucun budget public.
Après la condamnation, le difficile chemin de la rédemption
Eppie Sprung continuera probablement son travail auprès de Next Chapter Scotland. Son livre circulera entre les organismes de soutien familiaux. Ses enfants liront un jour des articles sur sa condamnation - ou peut-être pas, l'internet oubliant progressivement ce qui ne demeure plus visible. La question véritablement importante, celle qu'aucun système ne pose, sera celle-ci: à quel moment la rédemption d'une personne cesse-t-elle de dépendre du silence imposé à une autre?






