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La montagne interdite d’Iran, dernier obstacle avant la grande décision de Trump

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Deux cents mètres de granit séparent Washington d'une frappe qu'il n'a encore jamais réussi à porter.

Un puits de ventilation. Deux mètres de diamètre, peut-être moins, creusé dans le flanc d'une montagne du plateau iranien. C'est ce trou, et nul autre point du globe, qui concentre aujourd'hui la question de savoir si la guerre entre les États-Unis et l'Iran va reprendre à grande échelle.

Une bombe trop courte de trente mètres

Le problème posé aux planificateurs américains tient en un chiffre. Le GBU-57 Massive Ordnance Penetrator, la plus puissante bombe anti-bunker du Pentagone, atteint une profondeur de pénétration d'environ 60 mètres. Le complexe souterrain de Kuh-e Kolang Gaz La, rebaptisé Pickaxe Mountain par les analystes occidentaux, est enfoui selon les estimations les plus prudentes entre 78 et 145 mètres sous le sommet, à en croire les relevés publiés dès janvier 2022 par l'Institute for Science and International Security. Certaines évaluations plus récentes évoquent une profondeur encore supérieure. L'écart, dans les deux cas, dépasse largement la marge d'erreur d'un armement conçu pour percer, non pour traverser une montagne entière.

C'est ici qu'intervient la faille identifiée par Spencer Faragasso, analyste à l'Institute for Science and International Security. Le site présenterait deux puits de ventilation repérables sur les images satellite, des conduits qui n'ont pas vocation à résister à un impact direct puisqu'ils sont, par nature, des ouvertures. Frappés l'un après l'autre par plusieurs bombes tirées dans le même axe, une tactique que les spécialistes militaires désignent par l'expression de double-tap, ces puits pourraient selon lui offrir aux munitions un chemin plus court vers les galeries que la roche massive elle-même.

Nous avons identifié deux puits de ventilation qui pourraient être visés par des armes de pénétration profonde comme le GBU-57.

Spencer Faragasso, Institute for Science and International Security Cette hypothèse technique ne règle cependant rien à elle seule. Faragasso reconnaît lui-même qu'une frappe sur les entrées des tunnels, seule option immédiatement disponible sans certitude sur la localisation exacte des puits, ne ferait qu'obstruer temporairement l'accès au site sans détruire son contenu. Sceller la montagne n'équivaut pas à la vider de ce qu'elle abrite, et c'est précisément cette distinction qui sépare une frappe de communication d'une frappe de destruction.

Ce que Trump a réellement dit à Axios

Le 17 septembre, dans un entretien accordé au journaliste Barak Ravid pour Axios, Donald Trump a formulé sa position en des termes délibérément binaires. Il a évoqué une décision imminente sur la reprise ou non d'attaques massives contre l'Iran, présentée comme le seul moyen de mettre fin à un conflit ouvert depuis le 28 février 2026. Le président américain a également indiqué vouloir consulter, avant toute décision, les dirigeants de six pays du Golfe, l'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Qatar, Bahreïn, le Koweït et Oman, réunis en marge de l'Assemblée générale des Nations unies à New York.

J'ai une grande décision à prendre. Est-ce que je veux aller les anéantir ou non. C'est une grande décision. Tout peut arriver avec moi.

Donald Trump, entretien à Axios, 17 septembre 2026

Cette formulation n'est pas nouvelle dans son contenu. Trump a menacé Pickaxe Mountain à plusieurs reprises depuis juillet, promettant successivement de frapper la montagne « très bientôt » et affirmant qu'il n'y avait « rien que les Iraniens puissent faire ». Ce qui change, en revanche, c'est le calendrier qu'il associe désormais à sa décision. En subordonnant explicitement son choix à une réunion avec les six monarchies du Golfe prévue le mardi suivant l'entretien, Trump reconnaît, sans le formuler ainsi, que la variable déterminante n'est plus purement militaire.

Le précédent d'août, quand Riyad et Doha ont dit non

Ce basculement du critère technique vers le critère diplomatique trouve son origine dans un épisode que peu d'analyses ont relié à la séquence actuelle. Début août, Trump avait déjà été sur le point de relancer des opérations de grande ampleur contre l'Iran. Il y avait renoncé après que l'Arabie saoudite et le Qatar eurent exprimé leur inquiétude face au risque de représailles iraniennes contre leurs propres infrastructures pétrolières et gazières. Depuis, Washington a préféré une pression graduée, suspension des négociations directes, nouvelles sanctions économiques, maintien du blocus naval sur les ports iraniens réinstauré le 14 juillet, et concentration des moyens militaires sur la réouverture du détroit d'Ormuz plutôt que sur une reprise des frappes.

Ce précédent d'août mérite d'être lu comme un mode d'emploi plutôt que comme un simple recul tactique. Il démontre qu'un veto du Golfe, une fois formulé, a suffi à geler une décision présidentielle américaine déjà présentée comme imminente. Rien n'indique que le rapport de force ait changé depuis. Les six monarchies convoquées à New York restent les premières exposées, par leur proximité géographique et leurs infrastructures énergétiques, à toute réplique iranienne consécutive à une frappe sur Pickaxe Mountain. La réunion de mardi n'est donc pas un simple exercice d'écoute diplomatique, comme Trump la présente, mais la reconduction d'un mécanisme de veto informel qui a déjà fonctionné une fois.

La France, seule à parler aux deux camps

Paris observe cette séquence depuis une position particulière. Le 15 septembre, sur France 2, le ministre de l'Europe et des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a rappelé que la France comptait parmi les rares pays à maintenir un canal de discussion simultané avec Washington et Téhéran, les pressant l'un et l'autre à conclure un accord permettant la réouverture durable du détroit d'Ormuz.

Nous sommes l'un des rares pays à parler aux deux côtés, et nous les pressons pour qu'ils parviennent à un accord.

Jean-Noël Barrot, ministre de l'Europe et des Affaires étrangères Cette position de médiateur, construite depuis le déploiement du porte-avions Charles de Gaulle en Méditerranée au début du conflit, ne donne à la France aucun droit de regard sur la décision américaine concernant Pickaxe Mountain. Elle lui confère en revanche une capacité d'anticipation que peu de chancelleries européennes possèdent, la France recevant, par ses canaux, des signaux des deux capitales avant qu'ils ne deviennent publics. Le ministre a lui-même reconnu, dans le même entretien, l'absence de progrès tangible ces dernières semaines, sans toutefois évoquer la question spécifique de Pickaxe Mountain, une réserve qui, en creux, indique que la diplomatie française concentre ses efforts sur le détroit d'Ormuz plutôt que sur le dossier nucléaire souterrain.

Le vrai déclencheur ne sera pas militaire

Jason Brodsky, directeur des politiques de l'organisation United Against Nuclear Iran, apporte un élément de calendrier supplémentaire. Selon lui, Trump attendra vraisemblablement l'issue des élections de mi-mandat américaines avant d'arrêter sa décision finale, une lecture qui replace un choix présenté comme urgent dans un calcul de politique intérieure. Il identifie par ailleurs un second facteur, distinct du calendrier électoral, susceptible d'accélérer le processus, la confirmation par le renseignement américain d'une allégation israélienne selon laquelle des centrifugeuses d'enrichissement auraient été transférées à l'intérieur de Pickaxe Mountain.

Si les États-Unis confirment ces renseignements, cela les rapprocherait certainement du déclencheur d'une action militaire contre cette installation.

Jason Brodsky, United Against Nuclear Iran

La mise en regard de ces deux facteurs, le veto informel des monarchies du Golfe et l'attente du verdict électoral américain, dessine une hypothèse que ni Faragasso ni Brodsky ne formulent explicitement mais que leurs déclarations, une fois recoupées, rendent lisible. La capacité technique de frapper Pickaxe Mountain existe déjà, documentée depuis des mois par les images satellite du Center for Strategic and International Studies. Ce qui manque n'est donc pas une solution d'ingénierie militaire mais un alignement politique que Washington n'a, à ce jour, jamais réuni au même moment, le feu vert des voisins du Golfe, une confirmation du renseignement sur les centrifugeuses, et un calendrier électoral américain libéré de ses propres contraintes.

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Un régime qui mise sur le silence

Téhéran, de son côté, s'en tient à une ligne de démenti systématique. Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmail Baghaei, avait affirmé dès le 22 juillet qu'aucune activité nucléaire ne se déroulait à Pickaxe Mountain. Le site n'a, à ce jour, jamais été ouvert aux inspecteurs de l'Agence internationale de l'énergie atomique, ce qui prive toute affirmation, iranienne comme occidentale, de vérification indépendante. Cette opacité, loin de désavantager Téhéran, constitue paradoxalement son principal atout stratégique, chaque semaine de silence prolongeant l'incertitude sur ce que la montagne contient réellement et retardant d'autant la formation d'un consensus suffisant, côté américain et golfique, pour justifier une frappe aux conséquences régionales incalculables.

Ce que révèle vraiment l'impasse

L'image d'une bombe trente mètres trop courte a fini par occulter l'essentiel. Depuis le déclenchement de la guerre le 28 février 2026, Washington a démontré à plusieurs reprises sa capacité à frapper le territoire iranien, sans jamais parvenir à transformer cette capacité en fin de conflit durable. Pickaxe Mountain n'est pas seulement une cible militaire difficile d'accès. Elle est devenue le point où se mesure, sept mois après le début de la guerre, l'écart entre ce que l'arsenal américain peut techniquement accomplir et ce que la coalition régionale que Washington prétend défendre est prête à en assumer les conséquences.

La montagne, en définitive, n'est peut-être pas le véritable obstacle. Le granit se perce, à la deuxième ou troisième tentative si la première échoue. Ce qui ne se perce pas aussi facilement, c'est le silence prudent de Riyad et de Doha, le calendrier électoral de Washington, et l'absence persistante de preuve vérifiable sur ce que Téhéran cache réellement sous deux cents mètres de roche.

Par la rédaction • L'Appel · L'Appel
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