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Un policier radicalisé rouvre le dossier d’une menace française protéiforme et grandissante

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Néonazis, accélérationnistes, incels, militaires et policiers mêlés: seize projets d'attentats déjoués depuis 2017 dessinent une mouvance qui ne cesse de se recomposer.

Il rêvait, en ligne, d'un "ordre chrétien" restauré et d'une "armée fantôme". Dans la vraie vie, ce policier de 35 ans passait pour un fonctionnaire sans histoire.

Un policier, une imprimante 3D, une armée imaginaire

L'arrestation, le 23 août dernier, d'un policier de 35 ans affecté dans les Yvelines, soupçonné de préparer un acte terroriste et d'adhérer à une idéologie d'ultradroite radicale violente, remet au premier plan une question devenue centrale pour les autorités françaises: jusqu'où certains parcours idéologiques peuvent-ils conduire lorsqu'ils se combinent avec l'accès aux armes, la propagande en ligne et la volonté de passer à l'action?

Le policier a été mis en examen le 27 août et placé en détention provisoire. Il est notamment soupçonné de préparation individuelle à la commission d'un acte de terrorisme, de fabrication et de détention non autorisées d'armes de catégories A et B en relation avec une entreprise terroriste, ainsi que de provocation à un acte de terrorisme au moyen d'un service de communication en ligne. Les enquêteurs cherchent encore à déterminer l'étendue exacte du projet et les cibles éventuellement envisagées.

Selon les informations du Parisien, les perquisitions ont notamment permis de découvrir du matériel destiné à fabriquer des armes et des drones à l'aide d'une imprimante 3D. L'enquête aurait commencé à la suite d'un signalement effectué par un militant d'ultradroite ayant reçu des messages en ligne inquiétants d'un individu évoquant le rétablissement d'un "ordre chrétien" en Europe, des sabotages et la constitution d'une "armée fantôme". Les enquêteurs ont ensuite établi que l'auteur des messages était lui-même policier. À ce stade, il s'agit de soupçons faisant l'objet d'une information judiciaire, non d'une condamnation définitive.

Le policier travaillait au Centre d'information et de commandement de la police nationale. Dans sa vie professionnelle, il était décrit comme un fonctionnaire sans comportement particulièrement remarqué. Mais sur Internet, son activité aurait été très différente - une combinaison d'idéologie radicale, de propagande numérique, d'armes et de compétences professionnelles qui concentre précisément les questions que les services antiterroristes cherchent aujourd'hui à mieux détecter.

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Une menace que les autorités qualifient elles-mêmes de "protéiforme" L'affaire du policier des Yvelines n'est pas considérée par les autorités comme un phénomène isolé sans précédent. Dans son analyse récente, le Parquet national antiterroriste décrit la menace terroriste d'ultradroite comme une menace "protéiforme", c'est-à-dire composée de plusieurs courants et profils idéologiques. Une publication officielle de la justice française consacrée à l'évolution de la menace terroriste indique qu'en 2025 l'ultradroite violente comprenait notamment des individus se réclamant de courants néofascistes, suprémacistes blancs ou racialistes, accélérationnistes, complotistes, survivalistes et incels.

Ces courants ne sont pas identiques et ne constituent pas nécessairement une organisation commune. Mais les services de l'État observent des thèmes récurrents: sentiment d'être menacé par une transformation de la société, rejet ou hiérarchisation de certaines populations, antisémitisme, islamophobie, fantasmes de "remplacement" démographique, haine de certaines minorités et, dans certains cas, légitimation de la violence. Une recherche menée pour l'administration pénitentiaire par l'historien Nicolas Lebourg souligne que l'ultradroite violente ne forme pas un ensemble homogène, mais un champ traversé par une vision commune d'un corps social présenté comme menacé et qu'il faudrait "régénérer" par l'exclusion, la hiérarchisation ou la neutralisation de groupes considérés comme hostiles - avec une tendance récente au syncrétisme idéologique, favorisée par les échanges sur les plateformes numériques et les boucles Telegram.

« Une vision commune d'un corps social présenté comme menacé et qu'il faudrait régénérer par l'exclusion, la hiérarchisation ou la neutralisation de groupes considérés comme hostiles. »

- Nicolas Lebourg, historien, recherche menée pour l'administration pénitentiaire Seize attentats déjoués depuis 2017: ce que mesurent les chiffres du PNAT Les chiffres judiciaires permettent de mesurer l'évolution de cette menace. Selon les données transmises par le PNAT et reprises dans un rapport du Sénat, seize projets d'attentats imputables à l'ultradroite ont été déjoués depuis 2017, dont trois au cours de la seule année 2025. Le bilan officiel de la justice pour 2025 indique par ailleurs qu'au 31 décembre 2025, le PNAT suivait sept informations judiciaires relatives au terrorisme d'ultradroite et que trente-trois personnes avaient été mises en examen dans ces procédures. Les données communiquées ultérieurement au Sénat font état, au printemps 2026, de six procédures d'information judiciaire encore suivies par le PNAT, concernant vingt-six personnes mises en examen, dont trois placées en détention provisoire.

Ces chiffres ne signifient évidemment pas que toutes les personnes poursuivies ont le même niveau de responsabilité, ni que tous les projets ont abouti à une attaque. Ils illustrent plutôt l'intensité de l'activité judiciaire autour de cette mouvance - une activité qui s'est, selon les chronologies disponibles, nettement densifiée depuis 2025.

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Puget-sur-Argens: le premier attentat mortel attribué à l'ultradroite Parmi les dossiers ouverts en 2025 figure une affaire considérée comme particulièrement importante par le PNAT: l'attaque commise en mai 2025 à Puget-sur-Argens, dans le Var. Les autorités la qualifient d'attaque de type accélérationniste et la présentent comme le premier attentat mortel commis au nom de l'ultradroite en France. L'accélérationnisme constitue l'un des courants les plus radicaux observés par les services: l'idée générale est de provoquer ou d'accélérer une crise majeure, voire un affrontement violent entre groupes, afin de favoriser l'effondrement du système existant et l'apparition d'un nouvel ordre. Le dossier de Puget-sur-Argens constitue ainsi un changement important dans l'analyse du phénomène: l'idéologie ne se limite plus à des discours ou à des projets hypothétiques lorsque le passage à l'acte meurtrier est effectivement constaté.

"Milice rouge": suprémacisme et néonazisme dans le sud de la France

En mai 2025, les autorités ont également démantelé dans le sud de la France un groupe décrit comme suprémaciste et néonazi, surnommé "Milice rouge". Le dossier fait partie des procédures ouvertes par le PNAT concernant l'ultradroite terroriste. L'intérêt de cette affaire réside dans la combinaison de plusieurs caractéristiques: une idéologie suprémaciste, des références néonazies et un projet d'action violente. Elle illustre l'un des aspects de la menace surveillée par les services - le passage d'une propagande idéologique à la constitution de petits groupes susceptibles d'envisager concrètement des actions violentes.

Quand Breivik et Tarrant deviennent des modèles

Une autre procédure ouverte en 2025 concerne un mineur décrit comme fasciné par les tueurs de masse Anders Behring Breivik et Brenton Tarrant. Cette dimension est particulièrement surveillée par les services de renseignement: certains individus ne se contentent pas d'adhérer à une idéologie politique, ils cherchent également des figures considérées comme des modèles, étudient leurs actes et peuvent reprendre certains éléments de leurs manifestes. Brenton Tarrant est l'auteur de l'attentat de Christchurch en Nouvelle-Zélande en 2019; Anders Breivik a commis les attaques d'Oslo et d'Utoya en Norvège en 2011. Cette fascination apparaît dans plusieurs dossiers français de radicalisation violente et constitue un élément important de l'environnement idéologique observé par les services.

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Saint-Étienne: quand la mouvance incel rejoint la violence terroriste L'une des évolutions les plus surveillées concerne désormais la mouvance incel, notamment sa branche la plus radicalisée connue sous le nom de Black Pill. En juillet 2025, un jeune homme de 18 ans a été arrêté dans son lycée à Saint-Étienne alors qu'il était, selon les investigations, sur le point de commettre une attaque contre des jeunes femmes. Il était en possession de deux couteaux. Les investigations ont mis en évidence une adhésion à la mouvance incel et à la théorie de la Black Pill, ainsi qu'une fascination pour les tueries de masse et une obsession du passage à l'acte criminel. Des documents, dont un manifeste, ont été retrouvés dans le cadre des investigations.

Le PNAT a retenu la qualification d'association de malfaiteurs terroriste criminelle, en vue de préparer un ou plusieurs crimes contre des personnes. Selon les éléments transmis au Sénat, l'interpellation aurait vraisemblablement empêché un passage à l'acte considéré comme imminent - une affaire particulièrement importante parce qu'elle montre que les services ne considèrent plus la radicalisation masculiniste violente comme un phénomène secondaire.

La nouvelle menace masculiniste: une dizaine de jeunes sous surveillance Les informations communiquées au Sénat par la DGSI indiquent qu'une émergence très forte d'une menace terroriste masculiniste liée à la mouvance incel la plus radicalisée a été observée au cours des années 2025 et 2026. Le cas de Saint-Étienne constitue, selon les informations transmises, le premier projet d'action violente à visée masculiniste ayant donné lieu à une saisine du PNAT sous la qualification terroriste correspondante. La DGSI surveillerait actuellement une dizaine de jeunes individus susceptibles de se radicaliser violemment, tous âgés de moins de 21 ans, avec une proportion importante de mineurs. Le phénomène ne doit cependant pas être confondu automatiquement avec l'ultradroite: il existe des croisements idéologiques dans certains dossiers, mais la mouvance incel possède également ses propres références et mécanismes de radicalisation.

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AFO: quand l'ultradroite se structure sur un modèle paramilitaire L'une des affaires judiciaires les plus importantes de ces dernières années est celle du groupe Action des forces opérationnelles. Seize membres de ce groupuscule d'ultradroite ont été jugés à Paris pour association de malfaiteurs en vue de préparer des actes de terrorisme. Le groupe était issu d'une scission des Volontaires pour la France en 2017. Il se présentait sous une forme clandestine et paramilitaire, certains membres se définissant comme des "citoyens-soldats" se préparant à une éventuelle guerre civile. Les services de renseignement surveillaient AFO depuis 2018.

L'enquête avait notamment permis de découvrir des projets visant des musulmans ou des personnalités de gauche. Parmi les scénarios évoqués figuraient l'empoisonnement de produits halal et des attaques à la grenade contre des automobilistes perçus comme musulmans. Le groupe disposait également d'armes et de matériel destiné à la fabrication d'explosifs. Les arrestations avaient été rendues possibles notamment grâce à l'intervention d'un agent infiltré. Le procès s'est tenu en 2025 et les décisions rendues en septembre 2025 ont conduit à plusieurs condamnations, dont six personnes condamnées pour association de malfaiteurs terroriste à des peines de deux ans d'emprisonnement ferme, tandis que d'autres prévenus ont reçu des décisions différentes. L'affaire AFO montre donc une autre dimension de la menace: celle d'une organisation cherchant à donner une structure quasi militaire à une idéologie radicale.

Un militaire, un ancien policier, et 89 armes saisies

Un autre dossier est particulièrement intéressant pour comprendre la question de l'accès aux armes. En novembre 2023, la justice antiterroriste avait démantelé une cellule informelle de militants d'ultradroite. Parmi les personnes mises en cause figuraient notamment un militaire d'active, un ancien policier national, un jeune homme soupçonné de fabriquer des explosifs, et un adolescent attiré par des thèses nationalistes radicales.

Selon les éléments du dossier, le militaire était notamment accusé de s'être procuré des armes auprès de l'ancien policier afin de les revendre à des personnes de la mouvance ultradroite. Le dossier fait état de 89 armes saisies et de plusieurs acheteurs potentiels appartenant à cette mouvance. L'ancien policier, retraité après avoir travaillé notamment dans des services d'enquête et de renseignement, aurait possédé un buste d'Adolf Hitler; le militaire, quant à lui, aurait arboré sur son épaule un tatouage faisant référence à une division SS. Le parquet antiterroriste a requis en février 2026 le renvoi devant le tribunal correctionnel de six hommes, et une audience devant le tribunal pour enfants pour un septième mis en cause, mineur au moment des faits. Cette affaire constitue un élément particulièrement sensible dans le contexte actuel: elle montre qu'au-delà de l'idéologie, les enquêteurs surveillent également les circuits d'approvisionnement en armes au sein de certains milieux radicalisés.

« Au-delà de l'idéologie, les enquêteurs surveillent également les circuits d'approvisionnement en armes au sein de certains milieux radicalisés. »
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L'affaire Aramburu: quand l'ultradroite rencontre le meurtre Le phénomène ne se limite pas aux procédures terroristes. Depuis le 7 septembre 2026, la cour d'assises de Paris juge Loïk Le Priol et Romain Bouvier, deux anciens militants du GUD et figures des milieux d'ultradroite, dans l'affaire de la mort de l'ancien rugbyman argentin Federico Martín Aramburu, tué à Paris en mars 2022. Le procès doit durer environ trois semaines. Dans la nuit du 18 au 19 mars 2022, une altercation avait éclaté dans le quartier de Saint-Germain-des-Prés. Selon les éléments présentés au procès, Le Priol aurait tiré plusieurs coups de feu sur Aramburu, tandis que Bouvier aurait également fait feu. Le Priol est jugé pour assassinat et Bouvier pour tentative d'assassinat; deux autres personnes sont également jugées pour des faits de complicité liés à l'affaire. Les deux principaux accusés sont présumés innocents jusqu'à la décision définitive de la cour, et les débats de septembre 2026 portent notamment sur les circonstances exactes de la confrontation et sur la question de la préméditation.

Le dossier est particulièrement révélateur d'une autre dimension de l'ultradroite: l'imbrication possible entre militantisme radical, culture de la violence, armes et passage à l'acte individuel. Mais il faut souligner une distinction essentielle: le meurtre d'Aramburu n'est pas juridiquement présenté comme un attentat terroriste.

L'affaire Daillet: des réseaux conspirationnistes et séditieux Au même moment, le tribunal correctionnel de Paris juge une autre affaire impliquant des milieux d'ultradroite autour de Rémy Daillet et de l'enlèvement de la jeune Mia en 2021. Selon le PNAT, quinze personnes âgées de 28 à 74 ans comparaissent notamment pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste ou pour séquestration. Cette affaire rappelle que la menace étudiée par les autorités ne se limite pas aux groupes néonazis classiques: elle peut également prendre la forme de réseaux conspirationnistes et séditieux.

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Internet, accélérateur d'une idéologie qui se mélange

L'un des éléments communs aux dossiers récents est la place prise par Internet. Le PNAT estime que la menace d'ultradroite fait l'objet d'une attention particulière en raison de sa diffusion très dynamique sur les réseaux sociaux et les plateformes du dark web. Les espaces numériques permettent à des individus isolés de découvrir rapidement des contenus, des manifestes, des vidéos de propagande, des références historiques détournées ou les écrits de tueurs de masse. Cette évolution favorise également le passage d'une idéologie à une autre: un individu peut ainsi combiner des références néonazies, des théories complotistes, du suprémacisme racial, de l'accélérationnisme, du survivalisme ou des contenus masculinistes radicaux. C'est précisément cette capacité à mélanger plusieurs idéologies qui conduit les autorités à parler d'une menace protéiforme.

La question de l'âge constitue également un sujet de préoccupation. Une réponse officielle du ministère de l'Intérieur publiée en juin 2025 indiquait que, depuis 2023, plus des deux tiers des personnes mises en cause dans des projets d'attentats avaient moins de 21 ans - un phénomène qui concerne principalement la mouvance djihadiste, mais que les autorités observent également, dans une moindre mesure, au sein des autres mouvances radicales. Les données spécifiques à l'ultradroite montrent cependant des profils plus diversifiés: une recherche menée pour l'administration pénitentiaire sur une centaine de personnes impliquées dans des faits d'activisme ou des projets terroristes d'ultradroite conclut que les personnes poursuivies pour des faits terroristes étaient en moyenne plus âgées et plus diplômées que certains autres profils étudiés, et qu'il ne s'agit pas nécessairement de personnes totalement marginalisées socialement - les trajectoires sont diverses et peuvent être marquées par une socialisation militante progressive.

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De l'idéologie à l'action: six étapes surveillées par les services Les dossiers récents permettent de distinguer plusieurs étapes, sans qu'elles soient systématiquement présentes dans toutes les affaires. La première est la consommation de contenus radicaux: l'individu découvre des contenus idéologiques, souvent en ligne. La deuxième est l'identification à une communauté: il entre en contact avec d'autres personnes partageant certaines convictions. La troisième est la radicalisation proprement dite, lorsque des idées auparavant marginales deviennent une grille d'interprétation globale du monde. La quatrième est la glorification de la violence, où les auteurs d'attentats ou de massacres deviennent des références. La cinquième est la préparation: recherche d'armes, fabrication artisanale, repérage de cibles, constitution de groupes ou rédaction de manifestes. La sixième, enfin, est le passage à l'acte - le stade auquel les services antiterroristes cherchent précisément à intervenir avant qu'une attaque ne soit commise. Les affaires AFO, Saint-Étienne, Milice rouge, Puget-sur-Argens et désormais celle du policier des Yvelines illustrent chacune, à des degrés différents, certaines de ces étapes.

Cinq familles idéologiques, une même menace protéiforme

L'un des enseignements majeurs des données françaises est qu'il serait réducteur de parler d'une seule "idéologie d'extrême droite". Les services identifient plusieurs familles distinctes. Le néonazisme renvoie aux références au national-socialisme, au racisme biologique et à la glorification du IIIe Reich. Le suprémacisme racial correspond à une vision hiérarchisée des groupes humains et à une volonté d'exclusion ou de domination de certaines populations. L'accélérationnisme repose sur l'idée que la violence doit contribuer à accélérer l'effondrement de la société actuelle et provoquer une confrontation majeure. Le complotisme relève d'une lecture du monde fondée sur l'existence supposée de conspirations organisées contre la population. Le survivalisme radical implique une préparation à une guerre civile ou à un effondrement du système, parfois associée à l'accumulation d'armes. L'incel et la Black Pill, enfin, désignent une mouvance masculiniste radicale caractérisée, dans ses formes les plus extrêmes, par la haine des femmes, la fascination pour les tueries de masse et la glorification du passage à l'acte. Ces catégories peuvent parfois se croiser, mais elles ne doivent pas être considérées comme interchangeables.

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Quand la radicalisation touche ceux qui portent une arme légalement Les affaires récentes soulèvent une question spécifique: que se passe-t-il lorsqu'une personne radicalisée appartient elle-même à une institution ayant accès à des armes, à des techniques opérationnelles ou à des informations sensibles? L'affaire actuelle du policier des Yvelines est évidemment particulièrement sensible pour cette raison - mais elle n'est pas la première affaire où apparaissent des personnes ayant une expérience militaire ou policière. Dans le dossier de la cellule démantelée en 2023, figuraient déjà un militaire en activité et un ancien policier. Dans l'affaire AFO, certains accusés avaient également des liens avec les forces de l'ordre ou l'univers militaire.

Ces affaires ne permettent pas de conclure que les forces de sécurité françaises seraient elles-mêmes touchées globalement par l'ultradroite. Elles posent en revanche une question précise aux autorités: comment détecter suffisamment tôt une radicalisation individuelle lorsqu'elle concerne une personne ayant accès légalement à des armes ou à des compétences opérationnelles?

Ce que les chiffres disent - et ce qu'ils ne disent pas

Les chiffres disponibles sont importants, mais ils doivent être correctement interprétés: seize projets d'attentats imputables à l'ultradroite déjoués depuis 2017, dont trois en 2025; un attentat mortel attribué à l'ultradroite en 2025, à Puget-sur-Argens, selon le PNAT; six procédures judiciaires suivies par le PNAT au printemps 2026, concernant vingt-six personnes mises en examen, dont trois détenues provisoirement. Ces chiffres ne constituent pas une estimation du nombre total de personnes appartenant à l'extrême droite en France: ils concernent des procédures judiciaires liées au terrorisme et à l'ultradroite violente. Il serait donc erroné de les utiliser pour affirmer que l'ensemble des militants ou électeurs d'extrême droite seraient concernés par ces pratiques.

Une autre difficulté tient à l'absence d'une statistique simple permettant de compter toutes les personnes radicalisées. Les services de renseignement travaillent notamment à partir de signaux: publications, communications, fréquentations, acquisition d'armes, projets d'actions violentes, propagande ou liens avec des groupes connus. Le phénomène peut également évoluer rapidement: un groupe peut être dissous, tandis que ses anciens membres poursuivent leurs activités dans de nouvelles structures ou sur des plateformes numériques. L'étude de l'administration pénitentiaire souligne précisément cette capacité d'adaptation, les dissolutions successives de groupuscules et les nouvelles sociabilités numériques pouvant favoriser une recomposition permanente des réseaux.

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2025-2026: un tournant dans l'attention judiciaire Les données disponibles permettent au minimum de constater une intensification de l'attention judiciaire et sécuritaire. En 2025, le PNAT a ouvert plusieurs procédures concernant l'ultradroite, dont celles liées à Puget-sur-Argens, à la "Milice rouge", à un mineur fasciné par Breivik et Tarrant et à l'affaire de Saint-Étienne. La même période a également été marquée par le procès AFO et par le développement de nouvelles investigations concernant les réseaux masculinistes radicaux. En 2026, les dossiers se poursuivent, tandis qu'apparaissent de nouveaux profils, dont le policier des Yvelines soupçonné de préparer un acte terroriste. Et, en septembre, deux affaires très différentes se déroulent simultanément devant les juridictions parisiennes: le procès criminel de Loïk Le Priol et Romain Bouvier pour la mort de Federico Martín Aramburu, et le procès correctionnel lié au réseau autour de Rémy Daillet.

Une question désormais posée aux autorités françaises

Ces affaires ne démontrent pas l'existence d'une organisation unique contrôlant tous ces individus. Elles ne démontrent pas non plus que toutes les formes d'extrême droite seraient violentes ou terroristes. Elles révèlent plutôt un autre phénomène: une pluralité de petites communautés, de réseaux et d'individus capables de se radicaliser autour de références différentes, mais pouvant converger vers la glorification de la violence. Le défi pour les services de renseignement est donc double: identifier les individus qui passent de la parole à la préparation concrète, et repérer les moments où une radicalisation idéologique se transforme en projet opérationnel - recherche d'armes, fabrication, repérage, constitution d'un groupe ou choix d'une cible. L'affaire du policier des Yvelines concentre précisément ces questions: idéologie radicale, propagande numérique, armes, compétences professionnelles et soupçon de préparation d'un acte terroriste.

De l'affaire AFO à Puget-sur-Argens, de la "Milice rouge" au dossier de Saint-Étienne, du réseau lié à Rémy Daillet au procès Aramburu, jusqu'à l'affaire actuellement révélée concernant un policier des Yvelines, les dossiers judiciaires français montrent que l'ultradroite violente n'a pas un visage unique. Elle peut prendre la forme d'un groupe structuré, d'un réseau clandestin, d'un militant néonazi, d'un individu radicalisé en ligne ou d'une personne inspirée par plusieurs courants idéologiques à la fois. Les services français parlent désormais d'une menace protéiforme. Le chiffre de seize projets d'attentats déjoués depuis 2017, dont trois en 2025, donne une mesure de l'activité antiterroriste consacrée à cette mouvance. Mais le chiffre le plus significatif est peut-être ailleurs: dans la multiplication des profils et des passerelles entre idéologies. La question n'est donc plus seulement de savoir qui appartient à l'ultradroite. Elle est de déterminer à quel moment une idéologie radicale devient un projet violent, comment ce passage peut être détecté, et comment empêcher qu'un individu disposant d'armes ou de compétences particulières puisse passer de la propagande à l'action. C'est désormais l'un des enjeux majeurs de la lutte contre le terrorisme en France.

Par la rédaction • L'Appel · L'Appel
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