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Carburants en crise: comment le gouvernement français rattrape une débâcle énergétique

La voix de ceux qui n'ont pas de voix
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Le prix moyen du gasoil a atteint 2,390 euros le vendredi 18 septembre, alimentant une colère sociale grandissante que Macron convie les chefs de partis et candidats à la présidentielle vendredi à l'Élysée pour discuter de la situation.

En 2026, 17 millions de Français de plus de 18 ans sont en situation de précarité mobilité. La colère monte dans le secteur de la pêche depuis le 14 septembre 2026. Les pêcheurs, mobilisés depuis le 14 septembre, ont levé jeudi 17 septembre les blocus de Port-la-Nouvelle, Sète, Frontignan, Nice et Fos-sur-Mer après une réunion de six heures avec la ministre de la Mer, Catherine Chabaud. Mais l'apaisement reste fragile, tant les racines du problème - géopolitiques et budgétaires - débordent les seules aides ponctuelles.

Mercredi dernier à Sète, Quentin observe depuis le quai un chalutier blanc aux lettres noires: « Pêcheurs en colère ». Le blocus est levé, mais son regard reste dur. Si la visite de la ministre à Sète lundi 21 septembre ne convient pas aux pêcheurs, ils se tiennent prêts à ressortir l'arme du blocus.

Ce scénario éphémère de trois jours - blocages côtiers, réunions ministérielles, engagements ponctuels - résume l'impasse dans laquelle se débat Emmanuel Macron. Les prix flambent, les ménages crient au secours, les élus régionaux et syndicaux demandent des mesures, et l'exécutif distribue des aides sectorielles à titre de pansement temporaire. Sauf que dans ce jeu, personne n'ignore la vraie cause du malaise: une remontée géopolitique qui échappe à tout gouvernement français, même au plus volontariste.

Au 17 septembre 2026, le prix moyen national du gazole s'établit à 2,371 euros le litre et celui du SP95-E10 à 2,164 euros. Vendredi 18 septembre, le prix moyen du gasoil a progressé à 2,390 euros par litre, un nouveau record. Ces chiffres, bruts et abstraits en apparence, portent une charge concrète: avec des prix comparables à ceux observés au printemps 2026, 4,7 millions de ménages consacrent plus d'un mois de salaire au carburant, soit le double d'il y a cinq ans.

Les zones rurales absorbent l'essentiel du choc. Avec les prix records de septembre 2026, cette dépense représente une part substantielle de leurs revenus mensuels pour 16,7 % des ménages ruraux non périurbains. L'Insee souligne que 38 % des ménages les plus exposés sont pauvres, comparé à 10 % pour l'ensemble des ménages motorisés. C'est une géographie de l'exclusion que chaque hausse d'un centime à la pompe renforce.

Pêcheurs et paysans ne se battent pas seuls sur ce front. « Notre demande principale auprès de la ministre, c'est un blocage des prix à la pompe », a indiqué à l'AFP Ange Natoli, pêcheur à Martigues. Le relèvement de l'aide de 25 à 35 centimes par litre annoncé par le Premier ministre mercredi soir n'a pas calmé les professionnels: « ce n'est pas un geste du gouvernement, cela avait été voté il y a six mois. Et ce n'est pas suffisant du tout, ça ne correspond pas à la réalité ».
Le gouvernement, lui, sait qu'il joue sur un terrain miné. Pour 2026, « nous visons un déficit public inférieur à 5,5 %. On fait tout pour être à 5,4 % » du produit intérieur brut (PIB), affirme le ministre de l'Économie. Le gouvernement « annonce un effort très important: 54 milliards d'efforts sur les dépenses qui amènent du coup le déficit public à 5 % l'année prochaine » selon son projet budgétaire pour 2027. Le gouvernement doit trouver 10 milliards d'euros supplémentaires pour financer le service de la dette en 2027 en raison de la hausse des taux d'intérêt.

Or aider massivement les ménages sur le carburant coûte cher. Augmenter les aides pêcheurs de 25 à 35 centimes par litre, prolonger le soutien aux agriculteurs et aux entreprises du BTP jusqu'au 31 décembre - autant de décisions qui grèvent le budget sans résoudre le problème structurel. L'État gère une crise qui lui échappe.

Car la crise du carburant n'est pas française. Elle est mondiale. Le 28 février 2026, les États-Unis et Israël ont déclenché une opération militaire contre l'Iran, bombardant plusieurs sites stratégiques. En représailles, l'Iran a frappé les pays du Golfe et bloqué le détroit d'Ormuz par lequel transite environ un cinquième du gaz et pétrole mondial. Les conséquences sur les prix du pétrole ont été immédiates: le cours du baril de brut a bondi de 71 dollars le 26 février à plus de 112 dollars le 20 mars.

Depuis, la tension n'a jamais réellement baissé. Les cours du pétrole ont fortement progressé lundi sur fond de nouvelles tensions géopolitiques au Moyen-Orient et de craintes croissantes concernant la sécurité de deux voies majeures du commerce mondial des hydrocarbures: le détroit d'Ormuz et le détroit de Bab-el-Mandeb. Le Brent a gagné environ 3,2 %, pour atteindre près de 108 dollars le baril, un niveau proche de ses plus hauts des quatre derniers mois.

Vendredi 18 septembre, Emmanuel Macron a convié dans un format réservé aux chefs de parti représentés au Parlement une réunion sur les conflits au Moyen-Orient et en Ukraine et leurs conséquences en France sur la sécurité et l'énergie. Cette rencontre à huis clos, qui s'invite dans la campagne pour l'élection du printemps à laquelle le président sortant ne peut pas se représenter, est prévue à 10h30 dans la nouvelle salle de crise baptisée « Vega ».
C'est dire l'inquiétude qui monte à l'Élysée. Au sommet de l'État, on surveille en effet avec une certaine appréhension la colère sociale face à cette inflation énergétique, et les appels à la mobilisation pour le mois d'octobre, en essayant de scruter les possibles échos avec le mouvement des « gilets jaunes » qui avait terni, en 2018, le début de la présidence Macron.
L'histoire pèse sur le calcul politique. Les « gilets jaunes » avaient explosé en novembre 2018 sur la question du carburant et des taxes sur l'essence. Macron avait dû reculer, perdant la face et le capital politique nécessaire pour gouverner sereinement. Aujourd'hui, en septembre 2026, avec une présidentielle à huit mois, la donne est encore plus délicate. Le président sortant ne peut pas se représenter. Les candidats de toutes les tendances flairent un sujet porteur. Et le carburant cher n'attend pas.

Jeudi 17 septembre, avant les blocages côtiers, Macron a reçu le roi Abdallah II de Jordanie et le président libanais Joseph Aoun à Paris. Cette réunion trilatérale vise à coordonner l'action en faveur du Liban, avec comme priorité le renforcement de l'armée libanaise et des Forces de sécurité intérieure. La diplomatie énergétique, là aussi, est l'enjeu caché. Car la stabilité du Liban, la sécurité des routes maritimes, le déploiement des forces armées locales - tout cela tourne autour de la capacité à maintenir ouvertes les voies d'approvisionnement énergétique.

Le jeu s'épaissit encore de la question du Liban-Sud. Le Liban cherche un soutien international pour ses forces armées et s'emploie à éviter un vide sécuritaire au sud, suite à la décision du Conseil de sécurité des Nations unies de mettre fin au mandat de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL) le 31 décembre 2026. Or l'effondrement de la FINUL ou la reprise des affrontements en Méditerranée affecterait directement les prix du transport maritime - et donc le coût des hydrocarbures en Europe.

Le gouvernement français distribue des aides fragmentées, secteur par secteur. Les pêcheurs reçoivent 35 centimes par litre. Les agriculteurs, 15 centimes. Les entreprises du BTP, 20 centimes. Ces montants « retrouvent leur niveau maximal autorisé par la Commission européenne pour permettre aux navires de continuer à sortir en mer » selon Matignon. Mais ils ne traitent qu'un symptôme. Sébastien Lecornu a demandé une mobilisation totale du gouvernement sur l'approvisionnement et les prix. En réalité, il prépare le terrain pour justifier des économies budgétaires massives ailleurs.

Car tel est le vrai secret du gouvernement français: il finance des aides carburant ponctuelles en promettant un redressement budgétaire de 54 milliards d'euros, un gel des salaires de la fonction publique, une réforme des retraites possible. C'est un pari du tout pour le tout - apaiser la rue sur le carburant, tenir la ligne budgétaire face à Bruxelles, et tenter de finir le mandat sans que n'explose la mèche sociale à nouveau. Les marges sont étroites. Les pêcheurs l'ont montré en trois jours: elles peuvent craquer très vite.

PRIX DU CARBURANT: LES CHIFFRES A RETENIR Le gazole atteint 2,390 euros par litre en moyenne ce vendredi 18 septembre, un nouveau record Le SP95-E10 s'établit à 2,164 euros en moyenne nationale le 17 septembre Depuis une semaine, la hausse du gazole atteint 2,7 % et 41 % sur un an

Les tensions géopolitiques, vrai moteur de la crise

Le 28 février 2026, les États-Unis et Israël ont déclenché une opération militaire contre l'Iran, et cette escalade a liquidé tous les plans du gouvernement français sur les prix. En représailles, l'Iran a bloqué le détroit d'Ormuz par lequel transite environ un cinquième du gaz et pétrole mondial. Cette constriction des flux a fait grimper les cours du baril immédiatement.

Le 9 septembre 2026, le baril de Brent a repassé la barre des 100 dollars, sous l'effet de l'aggravation des tensions militaires entre les États-Unis et l'Iran et des inquiétudes concernant l'approvisionnement mondial. Cette hausse est liée aux tensions au Moyen-Orient et à la spéculation sur les marchés pétroliers.

Parallèlement, depuis le week-end du 12 septembre, les rebelles houthis contrôlent la totalité du littoral yéménite de la mer Rouge. Bab el-Mandeb voit transiter vers le canal de Suez quelques 20 000 navires par an, et désormais ces navires doivent négocier un passage à risque géopolitique. Contourner Bab el-Mandeb par le cap de Bonne-Espérance rallonge un trajet Qatar vers Europe de dix à quinze jours, ce qui immobilise des navires et réduit l'offre disponible à un instant donné.

Le mouvement pétrolier a pour conséquence directe l'inflation. La hausse du carburant se répercute sur de nombreuses activités économiques, puis sur l'ensemble des prix et contribue à alimenter l'inflation. Concrètement, cela signifie que de nombreux produits du quotidien deviennent plus chers, même pour ceux qui utilisent peu leur voiture.

Le dilemme budgétaire qui paralyse Matignon

Le gouvernement de Sébastien Lecornu se trouve pris entre deux crises: la crise énergétique qui explose et la crise budgétaire qui se creuse. Le projet de budget pour 2027 sera « très loin de l'austérité », a assuré jeudi le Premier ministre Sébastien Lecornu, qui vise un déficit public à 5 % du produit intérieur brut (PIB), mais les chiffres racontent une histoire différente. À cause du contexte géopolitique qui pousse les taux d'intérêt à la hausse, le pays va devoir trouver 10 milliards d'euros supplémentaires pour financer la dette en 2027.

Sans mesures correctives, le déficit public français pourrait atteindre 6,5 % du PIB en 2027, un niveau qui dépasserait largement le seuil des 3 % des critères de Maastricht. Cela exposerait la France à des sanctions pour déficit excessif et à une dégradation de sa note souveraine.

Lecornu a clairement indiqué que chaque ministère devrait contribuer aux économies. L'exécutif a annoncé que le projet de loi de finances inclura un effort budgétaire de 54 milliards d'euros, sans augmentation des impôts. Le Premier ministre privilégie une réduction des dépenses publiques pour éviter d'alourdir la fiscalité, dans un contexte économique déjà fragile.

Or payer des aides carburant massives et soutenir les secteurs en difficulté coûte précisément ce que Lecornu n'a pas à dépenser. Cet effort budgétaire représente environ 2 % du PIB et est comparable aux plans d'austérité de la crise de la zone euro des années 2010. Le carburant cher devient une variable d'ajustement pour un gouvernement qui doit gérer l'impossible: maintenir l'ordre social sans remettre en cause les finances publiques.

Macron convoque les politiques, l'électeur reste dehors

Cette réunion autour du chef de l'État, en présence uniquement du Premier ministre, Sébastien Lecornu, et des responsables militaires et du renseignement, est prévue à 10h30 à l'Élysée. Le format réservé - débat entre responsables politiques, renseignement militaire au sommet, salle de crise affichée - redessine les contours du pouvoir d'État en période de tension.

Sébastien Lecornu participera à cette rencontre, durant laquelle les autorités militaires et les services de renseignement présenteront les informations dont dispose le chef de l'État. Le renseignement intérieur, extérieur et militaire, le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale ainsi que la direction générale de l'énergie seront notamment associés aux échanges.

C'est une réunion en apparence technique - bilan géopolitique, données énergétiques, trajectoires. C'est, en réalité, un moment d'alignement politique. Les candidats à la présidentielle doivent comprendre que certaines variables - celles du marché pétrolier mondial, de la stabilité du Liban-Sud, du blocage d'Ormuz - ne rentrent pas dans le débat électoral. Elles sont transversales, structurelles, incontournables. Le message implicite: « Vous pouvez vous battre sur le reste, mais pas sur la géopolitique de l'énergie. »
Entre-temps, à Sète, Quentin ignore tout cela. Il a un bateau, du carburant qui coûte cher, une ministre qui a promis des engagements. Et un calendrier: la visite de Chabaud lundi 21 septembre qui déterminera si les filets remontent ou si les blocages repartent. Si la visite de la ministre à Sète lundi 21 septembre ne convient pas aux pêcheurs, ils se tiennent prêts à ressortir l'arme du blocus. « Il faut employer les grands moyens, comme on dit ».

C'est en ces termes que se joue la crise. Non pas au niveau des décisions budgétaires savantes ou des réunions de crise présidentielles, mais à celui d'un pêcheur, d'un tracteur qui n'a plus de carburant abordable, d'un ménage rural qui choisit entre le plein et le reste de ses dépenses. Le gouvernement fait preuve de mobilisation. L'État fait preuve de sérieux. Mais les prix, eux, montent - parce qu'en Iran et aux États-Unis, on se tire dessus.

Par la rédaction • L'Appel · L'Appel
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