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Sauvée d’une tentative de meurtre, elle harcèle son commissariat sauveur par téléphone

La voix de ceux qui n'ont pas de voix
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700 appels en 40 jours, jusqu'à 89 en une seule nuit: le récit d'une reconnaissance qui a fini par se briser.

Elle apportait des gâteaux au commissariat. Deux ans plus tard, elle y passait 89 appels en une seule nuit.

Un champ, un corps, des policiers de passage

Tout commence le 13 septembre 2023, dans un champ de Plaisir, aux Yvelines. Une femme, alors dans la quarantaine, y est retrouvée quasi inconsciente, rouée de coups à mains nues par son compagnon, victime de ce que la justice qualifiera de tentative de meurtre. Elle doit être intubée sur place avant une évacuation en urgence absolue. Ce qui la sauve ce jour-là tient à un hasard: des policiers se trouvaient fortuitement sur les lieux.

De cet épisode naît une reconnaissance que rien, au départ, ne laisse présager comme un problème. La femme se met à multiplier les gestes de gratitude envers les forces de l'ordre: elle apporte des gâteaux au commissariat, exprime son attachement aux agents qui lui ont sauvé la vie. Ce lien, d'abord chaleureux, va pourtant se déliter sous l'effet conjugué de l'alcool, d'un deuil récent et de l'approche d'une échéance judiciaire particulièrement lourde: le procès aux assises de son agresseur, prévu fin octobre. Une procédure distincte, ouverte pour viol durant l'été, pèsera également sur son équilibre.

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Trente à cinquante appels par jour, un pic à 89 en une nuit

Entre le 6 août et le 15 septembre 2026, le commissariat de Plaisir devient la cible d'un déferlement téléphonique. Le rythme, le plus souvent nocturne, atteint régulièrement trente à cinquante sollicitations quotidiennes, avec un pic à 89 appels en une seule nuit. Les enquêteurs recensent, sur l'ensemble de la période, près de 700 appels répartis en trois séquences distinctes - la dernière, la plus intense, comptant à elle seule plus de 300 appels passés depuis plusieurs téléphones différents.

Ces communications n'ont rien de demandes d'aide: elles mêlent insultes, propositions à caractère sexuel et propos décousus, parfois accompagnés d'un fond musical assourdissant. Chaque interpellation de la femme révèle une alcoolisation massive, avec des taux oscillant entre 1,4 et 3,2 grammes d'alcool par litre de sang. À plusieurs reprises déjà, la justice lui avait accordé une certaine mansuétude, assortie de promesses d'arrêt et d'engagements à ne plus contacter le commissariat - des engagements qui n'ont pas tenu, jusqu'à cette dernière séquence jugée de trop par les autorités.

« Je le faisais parce qu'ils m'ont sauvé la vie. C'était plus une querelle familiale. »

- La prévenue, devant le tribunal de Versailles

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"C'était vrai que c'était inapproprié"

Devant ses juges, ce mercredi, la quadragénaire affirme considérer les policiers comme des membres de sa famille - une déclaration qui suscite l'étonnement du tribunal, tant elle tranche avec les insultes proférées durant des semaines. "Je le faisais parce qu'ils m'ont sauvé la vie. J'étais désagréable quand ils n'étaient pas gentils avec moi. C'était plus une querelle familiale... Mais maintenant que j'y pense, c'est vrai que c'était inapproprié", explique-t-elle.

Le procureur de la République ne conteste pas le parcours de vie marqué par des épreuves multiples de la prévenue, mais rappelle les conséquences concrètes de ces centaines d'appels: "On lui a donné plusieurs chances et elle continue. Quand elle téléphone, d'autres attendent. Et pour des choses plus importantes et peut-être urgentes." La défense, de son côté, dépeint une femme en souffrance, admirative des policiers mais dépassée par ses excès lorsqu'elle est alcoolisée.

Une peine tournée vers les soins plutôt que vers la prison

Conformément aux réquisitions, le tribunal de Versailles prononce une peine de dix mois de sursis probatoire, assortie d'une obligation de soins psychiatriques et d'une prise en charge pour son addiction à l'alcool. Une interdiction de contact avec le commissariat de Plaisir, ainsi qu'une interdiction de s'y rendre, complètent le dispositif. Le procès aux assises concernant la tentative de meurtre dont elle a été victime doit, lui, s'ouvrir dans les prochaines semaines, du 27 au 29 octobre.

Par la rédaction • L'Appel · L'Appel
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