jeudi 08 octobre 2026, 11:56 📌 Ajouter L'Appel sur Google
⚡ DERNIÈRES
Actualités

Et si la France plongeait dans le noir pendant une heure ? Que se passerait-il ?

La voix de ceux qui n'ont pas de voix
Actualités

Sept minutes de coupure à Paris, mercredi, ont suffi à paralyser une partie du métro et des RER. La rédaction a voulu savoir ce qui se passerait réellement si la France entière basculait dans le noir pendant une heure, et si le pays est aussi prêt qu'il le prétend

Deux cent trente mille foyers plongés dans l'obscurité, trois lignes de RER perturbées, un métro ralenti. La coupure de mercredi matin n'a duré que sept minutes. Elle a pourtant suffi à révéler la fragilité d'un système que RTE présente comme l'un des plus fiables du monde. La rédaction a construit, à partir des propres plans de défense du gestionnaire de réseau et des précédents européens et américains, l'hypothèse d'un black-out national d'une heure, pour mesurer l'écart entre le discours rassurant et la réalité des vulnérabilités.

Il était un peu moins de dix heures, ce mercredi 16 septembre, quand les écrans de contrôle de plusieurs arrondissements parisiens et d'une partie des Hauts-de-Seine et du Val-d'Oise sont passés au noir. Sept minutes plus tard, le courant était revenu partout. RTE a évoqué des travaux de maintenance sur le réseau, présenté ses excuses, et fermé le dossier. Deux cent trente mille foyers avaient été privés d'électricité. La ligne 13 du métro, le tramway T2 et plusieurs RER, dont le RER B et le RER D, ont mis l'après-midi entière à retrouver un fonctionnement normal, la SNCF n'annonçant un retour à la normale qu'à 13h30.

Sept minutes de coupure. Une demi-journée de perturbations dans les transports. C'est ce rapport disproportionné entre la cause et la conséquence qui a conduit la rédaction à poser la question que personne, dans les communiqués officiels, n'ose vraiment formuler. Si un incident aussi bref peut dérégler autant de systèmes, que se passerait-il si la coupure durait non pas sept minutes, mais une heure, sur l'ensemble du territoire.

Il faut être clair sur la méthode. Ce qui suit est une hypothèse construite, un exercice journalistique d'anticipation, et non une prévision de ce qui va se produire. Mais elle s'appuie exclusivement sur les mécanismes réels décrits par RTE lui-même, sur les précédents historiques français, et sur deux effondrements électriques survenus ailleurs en Europe et aux États-Unis au cours des dernières années.

Ce que RTE appelle un incident généralisé

Dans le vocabulaire de l'opérateur, un black-out total ne porte pas ce nom anglicisé. On l'appelle un incident généralisé. Le président du directoire de RTE, Xavier Piechaczyk, revendique pour son réseau, long de plus de cent mille kilomètres de lignes à très haute et haute tension, le statut de l'un des systèmes les plus fiables du monde en matière de qualité d'approvisionnement.

Cette confiance n'est pas aveugle. Un ancien directeur de RTE, André Merlin, avait mis en garde l'Assemblée nationale en 2023 en des termes que la rédaction juge nécessaire de rappeler.

«Il est assez imprudent d'affirmer que la France ne connaîtra jamais de black-out», avertissait sobrement André Merlin, ancien directeur de RTE à l'Assemblée nationale en 2023.

RTE lui-même ne dit pas autre chose en interne, reconnaissant qu'aucun expert du secteur ne peut garantir l'impossibilité totale d'un effondrement, quelle que soit la solidité du mix électrique national. Le pays a d'ailleurs déjà connu deux effondrements majeurs. La France a subi deux pannes géantes en 1978 après la rupture d'une ligne très haute tension en Lorraine et en 1987 après un incident à la centrale thermique de Cordemais. Deux précédents que les communiqués actuels ne mentionnent jamais, alors qu'ils prouvent que le scénario n'est pas une pure fiction.

Plus récemment, le réseau a frôlé la catastrophe sans que le grand public en soit vraiment informé. Le 1er avril et le 23 octobre 2025, le réseau électrique français a frôlé le blackout. En quelques minutes, la production d'électricité solaire et éolienne a chuté de 10 puis 8 gigawatts, l'équivalent de dix réacteurs nucléaires. Aucune coupure n'a finalement eu lieu, mais RTE a dû puiser dans des réserves d'équilibrage considérables pour compenser cette chute brutale de production renouvelable. C'est précisément ce type d'épisode, invisible pour l'usager mais suivi de très près en salle de contrôle, qui rend la question du black-out national d'actualité et non purement théorique.

Minute zéro, minute soixante

Reconstituons, heure par heure, ce que produirait une coupure généralisée d'une heure sur le territoire français, en s'appuyant sur les dispositifs que RTE décrit lui-même dans ses documents publics.

Dans les premières secondes, si le déséquilibre entre production et consommation devient critique, RTE ne se contente pas d'attendre. Le gestionnaire dispose d'un dispositif d'interruptibilité qui lui permet de couper, sans préavis, certains très gros consommateurs industriels volontaires et rémunérés pour cela. En cas de situations critiques d'exploitation du système électrique, le plan de défense du réseau public de transport permet à RTE de prévoir la participation des fournisseurs au dispositif d'interruptibilité avant l'activation du délestage automatique de consommation, ce dispositif permettant d'interrompre certains consommateurs industriels en moins de cinq secondes. C'est un premier fait que le grand public ignore largement, ce sont d'abord de grandes usines, payées pour cela à l'avance, qui absorbent le choc, pas les particuliers.

Si cela ne suffit pas, la France peut aussi s'appuyer sur ses voisins. De par sa position centrale, la France est bien plus interconnectée au réseau européen, considérée comme un carrefour électrique, elle est reliée à six États voisins, l'Allemagne, la Belgique, l'Espagne, l'Italie, le Royaume-Uni et la Suisse. Avant tout scénario catastrophe, la France peut compter sur trente-sept lignes d'interconnexion avec ses voisins européens pour éviter une pénurie totale d'électricité. Depuis 2026, RTE a en outre modernisé sa méthode d'anticipation des déséquilibres. Cette révolution technique, officialisée par la Commission de régulation de l'énergie, repose sur la création de nouvelles réserves de secours ultra-réactives, activables en seulement treize minutes.

Si, malgré ces filets, l'écart entre offre et demande continue de se creuser, le plan de sauvegarde entre en jeu, avec des délestages ciblés et pilotés à la main par les opérateurs. Puis, en dernier ressort, l'automatisme prend le relais. RTE a installé deux automates, pour les zones nord et ouest, capables de délestages de consommation localisés et juste nécessaires, qualifiés de barrière ultime pour éviter un effondrement du système, ils prévoient d'isoler la zone concernée du reste du réseau pour éviter la propagation du problème, en parallèle de coupures ciblées d'électricité et de la protection des centrales nucléaires.

C'est là que se situe la vraie différence entre l'incident de mercredi et l'hypothèse d'un black-out national. Une coupure comme celle de Paris, liée à des travaux de maintenance sur un tronçon localisé, se répare en quelques minutes parce qu'elle ne concerne qu'un morceau isolé du réseau. Un effondrement généralisé, lui, obéit à une tout autre logique de reconstruction. Le gouvernement l'a d'ailleurs confirmé noir sur blanc à l'Assemblée nationale à propos des coupures programmées destinées à éviter précisément ce scénario. Ces coupures prendraient la forme de coupures locales, ciblées et temporaires d'une durée de deux heures, pour certains usagers raccordés aux réseaux publics de distribution d'électricité, afin d'éviter un effondrement du réseau. Deux heures, pas sept minutes. C'est l'ordre de grandeur que les pouvoirs publics eux-mêmes retiennent pour un délestage tournant, bien avant d'en arriver à un effondrement total.

Si le pire se produisait malgré tout, la sortie de crise ne se ferait pas non plus d'un coup. Le document technique de RTE sur la sûreté du système électrique est sans ambiguïté. Une conjonction exceptionnelle d'événements défavorables peut conduire, malgré la mise en œuvre par RTE de tous les moyens d'actions à sa disposition, y compris les actions de sauvegarde et de défense, à un effondrement total ou partiel du réseau, qu'on caractérise en France par la notion dite d'incident généralisé, RTE devant alors restaurer un fonctionnement normal du réseau public de transport, ce qu'on appelle la reconstitution du réseau. Cette reconstitution se fait par îlots stables reliés progressivement les uns aux autres, jamais par un simple redémarrage global.

Le noir derrière l'écran

Pendant cette heure hypothétique, les effets ne seraient pas homogènes sur le territoire, mais certains secteurs plieraient plus vite que d'autres.

Les réseaux mobiles seraient les premiers à céder. Sur les réseaux mobiles, les antennes-relais d'Orange possèdent une batterie permettant de tenir durant vingt minutes, au bout de dix à trente minutes suivant l'utilisation, l'antenne ne fonctionne plus. La France compte pourtant soixante-deux mille tours de téléphonie mobile, mais leur autonomie collective reste dérisoire face à une heure de coupure. Ces tours, équipées de batteries permettant d'assurer la continuité de leur fonctionnement, n'ont qu'une autonomie d'environ une demi-heure, alors que, dans le pire scénario, les interruptions de fourniture d'électricité pourraient durer jusqu'à deux heures. L'ampleur réelle de cette dépendance s'est déjà vérifiée hors contexte de black-out national. Lors de la tempête Ciaran du 1er novembre 2023, un opérateur mobile a constaté que 90 % de ses sites indisponibles l'étaient en raison de la pénurie d'électricité.

Les distributeurs de billets et les terminaux de paiement, entièrement dépendants du courant, s'arrêteraient dans la foulée, tout comme les pompes des stations-service, purement électriques et incapables de fonctionner sans alimentation. Les systèmes de paiement électronique, terminaux bancaires et distributeurs automatiques de billets seraient paralysés, la sécurité publique se trouverait compromise avec l'extinction de l'éclairage public et la mise hors service des systèmes de surveillance, augmentant les risques de criminalité et d'accidents, et les services d'urgence auraient plus de difficulté à se coordonner et à être contactés par la population.

Les hôpitaux, en théorie, seraient le maillon le plus protégé. La loi oblige la plupart des hôpitaux, cliniques et maisons de retraite à assurer leur propre alimentation en cas de coupure du réseau public d'électricité, la plupart des moteurs étant alimentés au fioul, stocké dans des cuves capables d'assurer autour de trois jours d'autonomie électrique. Les services critiques comme les blocs opératoires ou les réanimations sont alimentés par des générateurs de secours capables de prendre le relais en quelques secondes. Mais cette théorie a déjà connu un accroc documenté. Dans un centre hospitalier de 1739 lits, les deux lignes ERDF sont tombées en panne et les groupes électrogènes, programmés pour se déclencher automatiquement, n'ont pas fonctionné, la mise en marche de ces groupes ayant dû être réalisée manuellement par l'électricien d'astreinte. L'absence de preuve d'un dysfonctionnement systémique ne signifie pas l'absence de risque résiduel, et ce précédent le démontre.

« Il est assez imprudent d'affirmer que la France ne connaîtra jamais de black-out »

André Merlin, ancien directeur de RTE, devant l'Assemblée nationale

Deux effondrements qui parlent pour la France

La rédaction n'a pas eu besoin d'imaginer un pays entier privé de courant. Deux exemples récents suffisent à mesurer ce que cela signifierait vraiment, et ils désignent aussi, en creux, ce qui protège la France mieux que d'autres.

En Espagne et au Portugal, le 28 avril 2025, un effondrement a touché toute la péninsule ibérique et une partie du sud-ouest de la France pendant près de dix heures. L'enquête menée par l'organisme européen des gestionnaires de réseau a conclu à une combinaison de facteurs techniques. L'enquête conclut que le black-out résulte d'une combinaison de nombreux facteurs interagissant entre eux, notamment des oscillations, des lacunes dans le contrôle de la tension et de la puissance réactive, des différences dans les pratiques de régulation de la tension, des réductions rapides de production et des déconnexions de générateurs en Espagne, ainsi qu'une capacité de stabilisation inégale, ces facteurs ayant provoqué des hausses rapides de tension et des déconnexions en cascade, à l'origine du black-out. Le bilan humain a été lourd, avec sept morts en Espagne et un mort au Portugal, pour un pays dont le réseau était pourtant réputé robuste. RTE a lui-même reconnu la nécessité d'en tirer les leçons. Le gestionnaire du réseau de transport d'électricité indique ainsi qu'il intégrera le retour d'expérience du black-out ibérique dans la mise à jour de son plan de protection et de reconstitution du réseau.

Aux États-Unis, le Texas a offert un contre-exemple encore plus sombre en février 2021, non pas à cause d'un effondrement technique soudain mais d'une vague de froid extrême que le réseau n'avait pas anticipée. Le bilan humain y a été considérablement plus lourd qu'en Europe. Selon l'État du Texas, ce nombre serait d'environ 246 décès, cependant selon un article de BuzzFeed News, il serait plutôt de 700 morts, ces morts étant causées en grande partie par des hypothermies, et il y a eu des pertes financières estimées à plus de 130 milliards de dollars. La cause structurelle de cette catastrophe, presque unique au monde, tient à un choix politique délibéré. Le Texas a un réseau isolé du reste du pays pour éviter les régulations fédérales, ce qui rend difficile les transferts d'électricité provenant d'autres endroits.

C'est précisément l'inverse de la situation française. Là où le Texas s'est volontairement coupé de ses voisins pour échapper à la réglementation fédérale, la France a construit, depuis des décennies, un maillage de trente-sept interconnexions transfrontalières. Ce choix d'ingénierie, largement invisible dans le débat public, est sans doute la meilleure protection du pays contre un effondrement de type texan. Il ne dit en revanche rien sur le risque d'un effondrement de type ibérique, provoqué par l'instabilité inhérente à un mix électrique de plus en plus dépendant des énergies renouvelables intermittentes, un risque que la France a elle-même frôlé deux fois en 2025.

Ce que les communiqués ne disent jamais

Aucun des communiqués publiés mercredi par RTE, Enedis ou la SNCF n'a mentionné le mot le plus sensible du secteur, celui de cybersécurité. C'est pourtant devenu, selon l'Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information elle-même, la menace structurante à laquelle le pays doit désormais se préparer.

L'année 2025 s'est terminée sur un événement qui devrait collectivement alarmer, une série d'attaques informatiques coordonnées à visée destructive contre les infrastructures électriques polonaises, une première pour un État membre de l'Union européenne, alors que de tels événements constituent désormais le quotidien ukrainien, l'objectif étant clairement de provoquer des coupures d'électricité et de chauffage pour un nombre conséquent de citoyens. L'agence en tire une conclusion sans détour pour la France. Cet événement dresse le spectre du scénario redouté auquel la France se prépare, un scénario central dans lequel le pays ferait face à une augmentation massive d'ici 2030 des attaques dites hybrides, dont les cyberattaques constituent un pan majeur, avec des effets concrets voire destructeurs sur les infrastructures critiques.

Le secteur électrique n'est pas une cible parmi d'autres. Le secteur énergétique représente déjà plus de 8 % des cyberattaques recensées, et le seul segment électrique concentrerait près de 44 % des incidents, devant le pétrole et le gaz. Certains groupes affiliés à des intérêts russes ont même changé de cible depuis peu. Des groupes pro-russes comme Z-Pentest Alliance ciblent désormais de petites installations industrielles, énergies renouvelables et secteur de l'eau, en exploitant des automates dont les interfaces de gestion sont exposées sans authentification.

Voilà ce que le calcul officiel du timing révèle en creux. Poser publiquement la question d'un black-out national aujourd'hui, en septembre 2026, n'est pas un exercice gratuit d'anticipation. Il intervient après deux quasi-accidents domestiques en 2025, après une première attaque étatique contre un réseau électrique européen, et après un rappel, par un ancien dirigeant de RTE lui-même, que l'impossibilité du scénario n'a jamais été garantie. Le silence des communiqués de mercredi sur ces éléments de contexte n'est pas un oubli, c'est un choix de communication de crise classique, qui consiste à traiter chaque incident isolément pour éviter d'ouvrir le débat plus large sur la résilience structurelle du système.

Il existe aussi un angle financier que le grand public ignore largement. Les industriels qui acceptent de couper leur consommation en cas de tension extrême, via les dispositifs d'interruptibilité ou d'effacement, sont rémunérés pour ce service. Les sites lauréats de l'appel d'offres interruptibilité s'engagent à voir leur consommation interrompue lorsque le réseau électrique est en état d'urgence, et ce afin d'éviter d'avoir recours au délestage. Les ménages, eux, ne perçoivent aucune compensation avant plusieurs heures de coupure. En clair, dans l'architecture actuelle du système électrique français, ce sont d'abord les grands industriels qui sont payés pour absorber le choc, et les particuliers qui, en dernier recours, subissent le délestage sans contrepartie immédiate.

CE QUE LES ORDRES DE GRANDEUR RACONTENT

Paris, 16 septembre 2026, coupure locale liée à des travaux de maintenance, sept minutes, 230 000 foyers, transports perturbés jusqu'à l'après-midi Péninsule ibérique, 28 avril 2025, effondrement continental lié à une instabilité de tension, environ dix heures, sept morts en Espagne et un mort au Portugal Texas, février 2021, effondrement lié à une vague de froid et à l'isolement volontaire du réseau régional, plusieurs jours, entre 246 et 700 morts selon les sources France, plan officiel de délestage tournant en cas de tension extrême, coupures locales de deux heures par zone, dernier recours avant tout effondrement généralisé

Une heure dans le noir : un scénario techniquement improbable

Au terme de cette reconstitution, une chose doit être dite sans détour. L'idée d'une France plongée d'un bloc dans le noir pendant une heure, comme un interrupteur géant qu'on abaisse d'un coup, ne correspond pas à la réalité technique du système. Les automates de RTE, les trente-sept interconnexions européennes, le dispositif d'interruptibilité industrielle et les réserves activables en treize minutes forment un empilement de protections qui rend ce scénario précis hautement improbable, bien plus improbable qu'au Texas où l'isolement volontaire du réseau a transformé une vague de froid en catastrophe humaine.

Le risque réel n'est pas celui d'un effondrement brutal et total, mais celui d'un scénario ibérique, une dégradation progressive de la stabilité du réseau liée à la part croissante des énergies intermittentes, combinée à une attaque hybride ciblée sur des points précis du réseau, à l'image de ce qui a visé la Pologne fin 2025. Ce risque-là est réel, documenté par l'ANSSI elle-même, et il ne se traduirait pas par une heure de noir national mais par des coupures régionales, ciblées, potentiellement répétées, dont la coupure parisienne de mercredi n'est qu'une version bénigne et involontaire.

Les lignes de faille à surveiller

Trois évolutions permettront de vérifier, dans les mois qui viennent, si cette lecture tient. La plus probable concerne la fréquence des incidents de type Ciaran ou du 1er avril 2025, ces épisodes où la production renouvelable chute brutalement en quelques minutes. Si RTE en recense d'autres avant l'hiver, cela confirmera que la tension structurelle sur le réseau s'aggrave à mesure que le mix électrique se décarbone plus vite qu'il ne se sécurise.

Une autre évolution à surveiller touche directement à la cybersécurité. Le prochain rapport annuel de l'ANSSI, attendu au premier trimestre 2027, dira si les attaques contre des automates industriels mal protégés, du type observé en Pologne, se sont multipliées sur le sol français, ou si elles restent circonscrites à des cibles périphériques comme les installations d'énergies renouvelables et les réseaux d'eau.

Reste une inconnue plus lointaine, mais lourde de conséquences si elle se confirmait, celle de la mise à jour du plan de protection et de reconstitution de RTE annoncée après le retour d'expérience ibérique. Si ce plan révisé, une fois publié, reconnaît explicitement une vulnérabilité aux phénomènes de surtension rapide que l'architecture actuelle n'est pas équipée pour interrompre, cela changerait sensiblement l'évaluation du risque pour la France elle-même, qui partage avec l'Espagne une dépendance croissante au solaire et à l'éolien.

En attendant ces réponses, la coupure de mercredi restera ce qu'elle était, un incident mineur et localisé. Mais elle aura au moins servi à rappeler que dans un pays qui n'a pas connu de panne géante depuis 1987, la question n'est pas de savoir si le système est solide, elle est de savoir combien de temps il le restera face à des menaces que les communiqués de presse ne mentionnent jamais.

Par la rédaction • L'Appel · L'Appel
Réactions des lecteurs

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Partager :
100%