L'ex-international, au chômage depuis son passage éclair à Feyenoord, plaide coupable après quatre-vingt-dix minutes de zigzags sous protoxyde d'azote sur le M25 et le M3
Il aura fallu une caméra-piéton, six bouteilles de gaz hilarant et un portail métallique éventré pour que la chute de Raheem Sterling devienne judiciaire. Mardi 15 septembre 2026, l'ancien ailier de Liverpool, Manchester City, Chelsea et Feyenoord a plaidé coupable devant le tribunal de Basingstoke pour conduite dangereuse, possession de protoxyde d'azote et refus de fournir un échantillon sanguin, après avoir semé la panique sur les autoroutes du Hampshire le 28 mai.
Huit heures quarante-cinq, le 28 mai 2026. Un Lamborghini Urus noir de 270 000 livres quitte la voie rapide du M3 près de l'échangeur de Minley, dans le Hampshire, défonce un portail métallique et s'immobilise, pneus arrachés. À l'intérieur, un homme en tee-shirt, assis côté passager, deux bonbonnes de gaz sur les genoux et un ballon dégonflé à ses pieds. C'est ainsi que la police retrouve Raheem Sterling, quelques minutes après l'impact.
Les images de la caméra-piéton, diffusées à l'audience, montrent un policier ouvrir la portière et lâcher, presque badin, qu'il peut poser cela. Une image de la caméra-piéton de l'arrestation de Sterling à 9h15 le montre dans la voiture avec deux bonbonnes sur les genoux tandis que l'officier lui dit de reposer les objets. Sterling s'exécute, glisse les canettes derrière son siège, puis reste muet quand on lui demande qui conduisait au moment du choc. Il finit par lâcher qu'il souhaite passer un appel.
Quatre-vingt-dix minutes à zigzaguer
Le scénario n'a rien d'un accident isolé. Selon l'accusation, la scène a débuté bien avant le choc final. Sterling a plaidé coupable lors d'une comparution au tribunal de Basingstoke le mardi, pour avoir conduit dangereusement un Lamborghini Urus sur le M25, le M3, l'A327 et Minley Road avant de s'écraser le 28 mai. Un automobiliste alerte la police après avoir vu, dès 1h10 du matin, le même véhicule entrer en trombe sur le parking d'un McDonald's avec, à la vitre, un ballon rose gonflé. Sept heures plus tard, un autre témoin observe la voiture zigzaguer entre les voies pendant une demi-heure, frôlant à plusieurs reprises le terre-plein central, pendant que son conducteur porte un ballon blanc à sa bouche.
Une automobiliste, Fiona Jennings, raconte avoir d'abord cru voir un airbag déployé tant le ballon devant le visage du conducteur était volumineux. Ce ballon était si grand qu'elle n'imaginait pas comment le conducteur pouvait voir la route devant lui, et elle a qualifié sa conduite d'absolument épouvantable, exprimant une inquiétude sincère à l'idée qu'il puisse tuer quelqu'un.
Le choc final survient en pleine canicule. La police du Hampshire et de l'île de Wight a précisé que les poursuites faisaient suite à une collision impliquant un seul véhicule sur le M3 sud, près de l'échangeur de Minley, le 28 mai, sans qu'aucun autre véhicule ne soit impliqué ni qu'aucune blessure ne soit signalée.
Le corps qui trahit, le silence qui accuse
Au poste de police de Basingstoke, Sterling échoue aux tests d'impairment les plus élémentaires, incapable de porter son doigt à son nez ou de marcher un pied devant l'autre. L'accusation dépeint un homme éteint, presque absent. Le procureur Simon Jones décrit ses paupières tombantes, sa fébrilité, sa sensation de froid glacial en plein pic de chaleur à 33 degrés, des signes qu'il attribue à l'imprégnation par le gaz.
C'est à ce moment que Sterling passe aux aveux partiels. Pendant la procédure, il a révélé au personnel de garde à vue qu'il avait un problème avec le protoxyde d'azote. Mais lorsqu'il s'agit de fournir un échantillon de sang, la coopération s'arrête net. Un prélèvement sanguin ne pouvait être effectué qu'avec son consentement, qu'il n'a pas donné, expliquant vouloir d'abord obtenir un avis juridique, ce que le sergent de police a interprété comme un refus délibéré de répondre clairement.
Le procureur y voit une stratégie. À la sortie de voiture, Sterling avait coopéré sans exiger d'avocat. Dès que l'enquête s'est tournée vers la recherche de stupéfiants, cette coopération a cessé net, une bascule que l'accusation présente comme la preuve d'une conscience aiguë de sa propre culpabilité plutôt que d'une confusion sincère. Lors de l'interrogatoire qui a suivi, Sterling a reconnu avoir été le conducteur mais n'a répondu que par des refus de commenter sur les faits de conduite, son avocat Jason Bartfeld KC concédant qu'il s'agissait d'un cas de catégorie maximale en raison d'une altération par moments sérieuse.
Le test préliminaire, lui, l'innocente sur un point précis. Sterling s'est soumis à un alcootest au bord de la route, négatif, et à un test préliminaire de dépistage de drogues, qui n'a révélé ni cannabis ni cocaïne. Ce n'était ni l'alcool ni la cocaïne qui l'avaient rendu incapable de tenir sa trajectoire pendant quatre-vingt-dix minutes. C'était un gaz vendu en supermarché jusqu'en 2023, encore largement perçu comme anodin.
Ce que la loi ne dit pas de ce que le corps encaisse
Le protoxyde d'azote n'est classé stupéfiant en Angleterre que depuis trois ans. Depuis le 8 novembre 2023, les usagers réguliers en récidive encourent jusqu'à deux ans de prison et les revendeurs jusqu'à quatorze ans, dans le cadre d'une classification du gaz comme substance de classe C au titre du Misuse of Drugs Act de 1971. Le texte visait au départ les regroupements de rue et les canettes abandonnées dans les parcs, un problème de nuisance urbaine plus qu'une menace routière.
Mais le corpus scientifique cité par les autorités britanniques pointe des dégâts plus profonds. Un usage lourd et régulier de la drogue expose à des risques sanitaires significatifs, notamment l'anémie et, dans les cas les plus sévères, des lésions nerveuses ou une paralysie. Le ministère de l'Intérieur va plus loin encore dans ses documents officiels. Un usage intensif de protoxyde d'azote peut entraîner des dommages neurologiques graves et même la mort, par perte de conscience suivie d'asphyxie.
C'est précisément ce risque, invisible sur un alcootest, que la défense de Sterling tente de minimiser à l'audience, plaidant que le gaz n'affecte les capacités que par brèves séquences et ne présente pas la même dangerosité que l'alcool ou le cannabis. L'argument se heurte à un fait que l'accusation martèle, celui d'une conduite maintenue sur plusieurs dizaines de kilomètres et sur plus d'une heure, bien au-delà d'un simple accès de vertige.
« Elle n'imaginait pas comment le conducteur pouvait voir la route devant lui, et a qualifié sa conduite d'absolument épouvantable »
Fiona Jennings, automobiliste témoin
La lente déchéance d'un enfant prodige
Il y a cinq ans, Sterling incarnait l'un des visages de la génération dorée anglaise, buteur décisif contre la Croatie, la République tchèque et l'Allemagne lors de l'Euro 2020, finaliste à Wembley. Aujourd'hui, à 31 ans, il est sans club, son nom ne circule plus que dans les colonnes judiciaires et les rumeurs de Major League Soccer.
La trajectoire sportive raconte, à sa manière, cette érosion. Son passage à Chelsea s'est étalé de 2022 à 2026 pour 59 apparitions et 14 buts, entrecoupé d'un prêt raté à Arsenal en 2024-2025 où il n'a inscrit aucun but en 17 matches, avant une pige tout aussi stérile à Feyenoord en 2026, huit apparitions, zéro but. Chelsea avait annoncé son départ en tant qu'agent libre fin janvier 2026, remerciant Sterling pour sa contribution et lui souhaitant bonne chance pour la suite de sa carrière.
Son aventure néerlandaise, présentée en février comme une renaissance possible aux côtés de Robin van Persie, a tourné court. Le joueur de 31 ans a eu du mal à retrouver son rythme après une période d'inactivité à Londres, ce qui a débouché sur un impact frustrant sur le terrain, et il n'a plus figuré que de manière marginale avant ses adieux à la mi-mai. Aujourd'hui libre de tout contrat, son nom circule du côté de Charlotte FC. L'attaquant anglais de 31 ans est actuellement sans club depuis la fin de son passage à Feyenoord, et peut donc négocier librement avec les clubs américains.
Sur le plan international, la rupture est plus nette encore. Capé à 82 reprises pour 20 buts, il n'a plus porté le maillot des Three Lions depuis un passage de onze minutes contre la France en quart de finale du Mondial 2022. Quatre ans d'absence, quatre ans durant lesquels l'image publique construite avec soin, la distinction de MBE reçue en 2021 pour son engagement contre le racisme dans le sport, la fondation caritative lancée la même année, puis l'académie RS7 ouverte en 2025 pour former de jeunes footballeurs, s'est retrouvée percutée de plein fouet par les images d'une caméra-piéton.
Ce n'est pas la première fois que la vie privée de Sterling s'invite dans l'actualité pour de mauvaises raisons. En décembre 2022, en pleine Coupe du monde au Qatar, son domicile du Surrey avait été cambriolé, l'obligeant à rentrer précipitamment en Angleterre. Des bijoux et des montres estimés à 300 000 livres avaient alors été dérobés. À l'époque, il était victime. En mai dernier, sur cette portion d'autoroute du Hampshire, il est devenu l'auteur des faits qui l'exposent désormais à une peine de prison.
Une audience suspendue, un chiffre qui plane
Le tribunal de Basingstoke n'a pas prononcé de peine mardi. L'affaire a été ajournée jusqu'en novembre, dans l'attente de rapports préalables au prononcé de la sentence. Sur le papier, le risque encouru reste théorique mais réel. Pour une conduite dangereuse jugée devant un tribunal, la peine maximale prévue par la loi anglaise est de deux ans d'emprisonnement, à laquelle s'ajoutent une interdiction de conduire obligatoire et un repassage du permis en version prolongée.
Ce que le dossier ne dit pas, faute pour l'accusation comme pour la défense de l'avoir rendu public à ce stade, c'est l'ampleur réelle de la consommation de Sterling avant le 28 mai, ni les mesures thérapeutiques qu'il aurait entreprises depuis. Son avocat a évoqué devant la cour des démarches volontaires pour faire face à ses difficultés, sans en détailler la nature exacte, une zone d'ombre que seul le rapport présentenciel de novembre pourra combler.
Reste une question que personne, dans l'enceinte du tribunal, n'a posée à voix haute mardi. Celle de savoir si, à 31 ans, sans club, sans sélection nationale depuis quatre ans et désormais avec un casier judiciaire, l'un des visages les plus reconnaissables du football anglais des années 2010 aura encore un terrain où rejouer, ou seulement un tribunal où revenir.
CE QUE DIT LA LOI ANGLAISE SUR LE PROTOXYDE D'AZOTE
Depuis le 8 novembre 2023, la possession de protoxyde d'azote destiné à être inhalé est un délit de classe C au titre du Misuse of Drugs Act de 1971 Les usagers réguliers en récidive encourent jusqu'à deux ans de prison, une amende illimitée ou les deux, tandis que les revendeurs risquent jusqu'à quatorze ans Les autorités sanitaires britanniques associent l'usage intensif du gaz à l'anémie, à des lésions nerveuses, à la paralysie et, dans les cas extrêmes, à la mort par asphyxie






