Dans l'Algarve, un ancien champion de rallye français et sa compagne roumaine ont été tués par celui qui veillait sur leur propriété depuis sept ans
Vendredi 11 septembre, à Odiáxere, dans la commune de Lagos, Jean-Marie Grenier, 79 ans, et Milena, sa compagne de 62 ans, sont retrouvés sans vie dans une citerne d'eau attenante à leur piscine. Le gardien du couple, un Brésilien de 45 ans employé depuis sept ans, est écroué le lendemain. Récit d'un week-end où l'Algarve a basculé dans l'horreur.
Le téléphone sonne un peu avant treize heures, ce vendredi 11 septembre, quelque part dans la région de Lagos. À l'autre bout du fil, un homme parle vite, mal, par bribes. Il demande qu'on vienne le chercher près de la maison de ses patrons, à Odiáxere. Son interlocuteur, un ami, ne comprend pas tout, mais il comprend l'essentiel : quelque chose de grave vient de se produire.
L'ami n'ira pas le chercher. Il appelle la GNR, la gendarmerie portugaise, et lui rapporte ce discours confus, presque inaudible.
Ce que cet homme a entendu ce matin-là, selon les informations rapportées par le quotidien Jornal de Notícias, ressemblait à un aveu de meurtre. Son interlocuteur, c'est Natalino Cordeiro, 45 ans, ressortissant brésilien, gardien depuis sept ans de la propriété de Jean-Marie Grenier et de sa compagne Milena.
Presque au même moment, une autre alerte remonte jusqu'aux gendarmes de Lagos. La sœur de la victime de 62 ans les prévient également, faute de pouvoir la joindre. Deux signaux distincts, deux voix inquiètes, convergent vers la même adresse.
La GNR se déplace jusqu'à la villa de Vale de Coitos. Personne ne répond. Les gendarmes contactent alors la Police judiciaire, seule habilitée à enquêter sur un homicide. Le suspect, lui, est repéré errant dans la rue, non loin du domicile.
Les inspecteurs de Portimão arrivent sur place vers 17h30. Ce n'est que vers 19 heures qu'ils localisent les corps, dissimulés dans une citerne de faible dimension, environ quarante centimètres sur quarante, qui alimente en temps normal la piscine de la propriété.
Sur les cadavres, des emballages de produits chimiques ont été déversés, dans une tentative visible d'accélérer leur décomposition. Le tableau que découvrent les enquêteurs, la Police judiciaire elle-même le résume en trois mots dans son communiqué : un cadre d'extrême violence.
Extraire les deux corps de cet espace exigu réclame des heures. L'opération ne s'achève que vers une heure du matin, samedi, tant le lieu où ils avaient été dissimulés et leur état rendaient l'intervention longue et complexe, précise la PJ. Les pompiers de Lagos prêtent main-forte aux techniciens de scène de crime pendant toute cette nuit.
Jean-Marie Grenier, 79 ans, présentait des blessures à la tête compatibles avec un coup porté à l'aide d'un objet contondant. C'est ainsi que la police judiciaire décrit, sans plus de détails sur l'arme utilisée, la manière dont lui et sa compagne ont été frappés avant de mourir.
Sa compagne s'appelait Milena. Roumaine, âgée de 62 ans, elle partageait depuis vingt ans la vie de cet ancien pilote de rallye devenu ostéopathe dans cette région du sud du Portugal où tant de retraités français ont fini par poser leurs valises. Leur maison de Vale de Coitos, dans la paroisse d'Odiáxere, servait aussi de cabinet, celui que Jean-Marie Grenier avait baptisé JMG Clínica.
Ce couple n'était pas anonyme dans la région. Les patients, les voisins, les habitués du village le connaissaient. Et dans le Lot, en France, un autre monde le connaissait aussi, celui des pistes de terre et des spéciales chronométrées.
Car avant d'être ostéopathe en Algarve, Jean-Marie Grenier avait été pilote. En 1976, sur une Alpine A310 blanche, il remporte la toute première édition de la Ronde du Quercy, ancêtre de l'actuel Rallye du Quercy, avec Jean-Jacques Pignères à ses côtés. L'année suivante, il termine deuxième de la même épreuve.
Sa carrière se poursuit pendant plus d'une décennie sur des terres et des bitumes très divers, au volant de Peugeot 504, de Porsche, de Ford Escort RS2000, de Talbot Lotus ou même d'une Ferrari 308 GTB. À partir de 1984, il se lie à la marque Citroën, engageant une CX puis une BX sur les épreuves de terre françaises et portugaises, avec un neuvième rang au classement général du Tour du Portugal en 1985 et un quatrième rang au Rallye de l'Algarve en 1994.
C'est peut-être là, sur ces routes de terre du sud portugais qu'il a arpentées en course dès le milieu des années 1980, que Jean-Marie Grenier a fini par poser ses valises pour de bon.
Sept ans avant sa mort, le couple avait été victime d'un cambriolage marqué par la violence. C'est dans ce contexte, selon les informations recueillies par le Jornal de Notícias, que Natalino Cordeiro avait été engagé comme gardien de la propriété, censé veiller sur leur sécurité.
Les voisins interrogés par la presse portugaise dessinent le portrait d'un homme qui consommait de l'alcool fréquemment et se plaignait parfois de manquer d'argent, tout en entretenant, disent-ils, une relation cordiale avec ses employeurs. Rien, dans ce tableau, qui laissait présager un tel dénouement.
Quand la GNR l'intercepte finalement dans les rues d'Odiáxere, Natalino Cordeiro a sur lui environ cinq mille euros en liquide et des bijoux que les enquêteurs présument appartenir aux victimes. Il n'a, selon la Police judiciaire, aucun antécédent judiciaire connu.
Cet argent pose immédiatement une question à laquelle l'enquête n'a, pour l'heure, pas répondu. S'agit-il du mobile du crime, un vol qui aurait dégénéré en double meurtre, ou d'un geste commis après coup, une fois les deux corps déjà dissimulés dans la citerne ? La Police judiciaire elle-même reconnaît que le mobile des crimes demeure inconnu.
Le samedi 12 septembre, Natalino Cordeiro est présenté au juge d'instruction criminelle de Portimão pour son premier interrogatoire judiciaire. La décision tombe rapidement : détention provisoire, la mesure de contrainte la plus sévère prévue par le droit portugais, pour deux crimes d'homicide qualifié et un crime de profanation de cadavre. Il est ensuite transféré à l'établissement pénitentiaire de Silves.
L'enquête, confiée au département d'investigation criminelle de Portimão, se poursuit pour établir les circonstances exactes des faits, le mobile et l'éventuelle implication d'autres personnes, précise la Police judiciaire, qui n'exclut donc pas, à ce stade, que Natalino Cordeiro n'ait pas agi seul.
Du côté français, l'ambassade à Lisbonne confirme suivre le dossier en lien avec les autorités portugaises. Dans le Lot, où Jean-Marie Grenier avait couru et gagné, la nouvelle de sa mort a circulé vite. La Dépêche du Midi, qui l'a interrogé par le passé, titre sur les mots d'un proche pour qui il représentait un grand frère.
Le club automobile de l'Algarve, qui l'avait vu concourir sur ses terres pendant des années, et les organisateurs du Rallye du Quercy, qui l'attendaient encore cette année pour célébrer les cinquante ans de sa première victoire, ont chacun rendu hommage à cet homme que tout le monde décrivait comme jovial.
Il ne viendra pas. Dans une propriété d'Odiáxere, sous un soleil d'Algarve qui n'a rien changé à l'affaire, une citerne de piscine a gardé pendant des heures le secret d'un meurtre commis par celui qui, depuis sept ans, était censé protéger la maison.
CHRONOLOGIE D'UN WEEK-END NOIR
Vendredi 11 septembre, vers 13h : un ami du suspect puis la sœur de la victime alertent la GNR, sans réponse au domicile du couple Vendredi, 17h30-19h : la Police judiciaire arrive sur place et découvre les corps dans une citerne de piscine Samedi 12 septembre, tôt le matin : arrestation de Natalino Cordeiro, placé en détention provisoire dans la journée Le mobile du double homicide reste inconnu, l'enquête se poursuit sur d'éventuelles complicités






