Deux jours après le déraillement d’un TER Nomad, le ministre ouvre une enquête technique tandis que le parquet refuse encore le mot sabotage
Un autorail de la ligne Rouen-Caen a quitté les rails vendredi soir près de l’usine Renault de Cléon, blessant quarante-quatre des cent quatre-vingt-six passagers. Un morceau de ferraille de deux cent cinquante à trois cents kilogrammes gît au centre de l’enquête. Le parquet de Rouen tempère, les élus parlent d’acte criminel, le trafic reste coupé.
Deux jours après le choc, le ministre des Transports Philippe Tabarot a annoncé dimanche l’ouverture d’une enquête technique du Bureau d’enquêtes sur les accidents de transport terrestre. Cette procédure indépendante vient s’ajouter à l’instruction judiciaire déjà confiée à la police judiciaire de Rouen. Elle vise à établir les circonstances précises de l’accident survenu vendredi 11 septembre vers 19 h 45.
Le trafic ferroviaire demeure interrompu entre Rouen et Elbeuf dans les deux sens. Les rames accidentées n’ont pas encore été relevées. La SNCF a mis en place des cars de substitution et des trains limités au tronçon Caen-Elbeuf à partir de 16 heures.
Un obstacle métallique au milieu des voies
Le TER Nomad, formé de deux autorails X 76500, reliait la gare de Rouen-Rive-Droite à Caen avec cent quatre-vingt-six personnes à bord. Près de Cléon, entre Tourville et Elbeuf-Saint-Aubin, le convoi a heurté un objet métallique identifié depuis comme un morceau de rail. Une voiture s’est couchée sur le flanc. Plusieurs autres ont quitté les rails.
Selon une source policière citée par Le Parisien, le train circulait à 140 km/h au moment de l’impact. Le président de la région Normandie, Hervé Morin, a indiqué de son côté que la vitesse maximale autorisée sur ce tronçon était de 120 km/h. Un train était passé une heure plus tôt sans rencontrer d’obstacle. Aucun chantier de maintenance n’était signalé.
Le parquet de Rouen, par la voix du procureur Sébastien Gallois, a d’abord retenu comme hypothèse principale la présence de cette pièce sur un des rails. Les causes de sa présence restent inconnues. Plus tard, le magistrat a précisé qu’aucun élément ne permettait d’évoquer un acte de malveillance commis avec l’intention délibérée de faire dérailler le train, et encore moins un attentat.
« L’hypothèse la plus probable aujourd’hui est un acte que l’on peut qualifier de criminel »
Hervé Morin, président de la région Normandie
Quarante-quatre blessés, une jeune femme hors de danger
Une passagère de dix-huit ans a été évacuée en urgence absolue par hélicoptère vers le CHU de Rouen. Son pronostic vital n’est plus engagé. Les craintes d’une infirmité grave ont été écartées. Les quarante-trois autres personnes ont été prises en charge en urgence relative. La plupart ont regagné leur domicile. Quelques-unes restaient hospitalisées samedi.
Cent trente sapeurs-pompiers, cinq équipes médicales et quatre-vingts véhicules ont été mobilisés. Le préfet Jean-Benoît Albertini a déclenché le plan Orsec nombreuses victimes. La maire de Cléon, Mélanie Delacour, a ouvert la salle La Traverse pour accueillir les passagers indemnes, en état de choc. Les derniers ont quitté les lieux vers 3 h 45.
Le conducteur a subi des tests d’alcoolémie et de dépistage de stupéfiants, tous négatifs. La boîte noire du train a été saisie. Des experts judiciaires ont été désignés. Des auditions de passagers, de témoins et de personnels ferroviaires sont en cours.
La ligne coupée, le réseau sous tension
Fabien Villedieu, secrétaire fédéral de SUD-Rail, a estimé dimanche que l’on était passé à côté d’une catastrophe très grave. Un train qui se couche, a-t-il souligné, n’est plus un simple déraillement dans le ballast. Il aurait pu y avoir des morts.
La SNCF a exprimé sa solidarité envers les voyageurs blessés et ses agents. Elle a promis de coopérer pleinement à l’enquête. Les médias internationaux, de l’Associated Press à la BBC, ont relaté dès samedi la piste d’un possible sabotage.
Ce que les autorités ne disent pas encore, c’est d’où provenait exactement ce morceau de rail de plusieurs mètres et de trois cents kilogrammes. Le calcul politique est lisible. Les élus locaux, comme Hervé Morin, parlent déjà d’acte criminel pour rassurer une population choquée. Le parquet, lui, refuse de franchir le pas tant que l’intention n’est pas établie. L’écart entre le discours et les faits demeure entier.






